‹ Lecture publiqueChapitre 6 sur 7 · PRE · texte numérisé non relu

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et une espèce de frayeur secrète la saisissait

chaque fois qu’elle le voyait prendre son fusil et sortir. Un jour elle lui en fit la remarque. Il répondit, d’un air qui voulait éloigner tout soupçon de l’esprit de sa femme, ‘“ qu’il faisait cela pour s'amuser, et qu’autant valait ce jeu-là qu’un autre.” , Bien qu’il n’en eut plus l’espérance, il fut donné à Cardinal de voir sa femme et deux de ses chers enfants, à une heure avancée, la veille de sa mort. La scène qui eut alors lieu défie toute description. Un père, un mari innocent, une mère, une épouse, des .

enfants en bas âge qui se font les derniers adieux, qui se donnent les derniers baisers, les derniers embrassements sur les marches d’un échafaud dont la hideuse charpente se balance dans les airs en attendant sa vieti-

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me

eur, Mais on n’ôsait jamais en franchir le

dt À

mel Se conçoit-il au monde de spectacle

plus navrant? La mort, l’horrible mort

empoigne dans ses serres déchainées l’in-

fortuné patriote; ses enfants, son épouse

veulent l’arracher aux étreintes funestes ; ils le tiennent par les habits, le tiennent par le bras, se cramponnent à son cou pour disputer au boureau sa proie ; leurs cris déchirants

percent l’air, retentissent dans la prison et

vont ge émouvoir les gardiens et les

ont l’épouvantable devoir est d’étre sans entrailles. Mais tirons le rideau sur ce tableau saisissant. Il y a ici des mères

géôliers

et des épouses, des maris et des pères Ils sentent et savent ces grandes et atroces doulèurs mieux que je ne pourrais les leur pein-

re ; leur cœur, trop sensible et délicat, ne peuvent spores a vue de semblables caamités. Îl en est, d’ailleurs, de certaines douleurs comme de certains lieux jadis consacrés par le paganisme pour leurs Fuietes ; on en approchait en tremblant, on en regaxs dait l’extérieur avec une respectueuse fray-

seuil de peur de devenir lu proie des esprits malfaisants qui y trônaient. Les grands malheurs de l’humanité présentent souvent cet aspect terrible ; il suffit de Les indiquer pour en sentir toute l’immensité ; et, sans entrer dans aucun détail descriptif, l’on ne peut comprendre la noirceur et l’infâmie de Ceux qui les infligent, et l’on reste stupéfait de la force et de la grandeur d’âme de ceux qui les subissent sans mourir.

Entre-les mille et'une lacunes dont sont parsemées mes deux biographies, il en existe une que je déplore beaucoup et qu’il m’a été impossible de combler. De ia correspondance de Duquet, de ces lettres précieuses, émouvantes, encore toutes baignées de ses larmes, qu’il écrivit dans ses erniers ins+ t

4 À sa vieille et vénérés;.mère, à ses sa da 1 Te noté ae, Tout #4

carté où anéanti. Nous devons en

vouloir aux auteurs de cette disparition : ile nous font tout perdre! Qu’ellés devaient être belles ces lettres, remplies de son âme, de ses pleurs, de son agonie, qu’il faisait arvenir à des personnes qu’il adorait, dont il était le seul appui, et qu’il allait laisser dans la plus profonde des misères ! Duquet, dans ses derniers jours, avait rapidement changé. Il avait, de grand cœur, fait à sa patrie le sacrifice de sa vie, et, sil eût été sans mère et sans eœurs, il serait mort content. Mais la pensée de sa mère, vieille déjà, toujours en pleurs et à la veille d’être jetée dans la plus profonde des adversités, e torturait sans cesse et lui faisait perdre tout autre souci. Le léger incarnat qui ornait autrefois ses joues, cet air souriant et sympathique qui en avait fait le plus aimabe jeune homme, étaient complètement disparus. On ne voyait plus ses lèvres ef-

Duquet alla demander sa grâce à Colborne.

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fleurées que par le sourire de la plus tristé mélancolie. Ma mère, s’écriait-1l souvent ‘ ma pauvre mère, que va-t-elle devenir ‘ Qui prendra soin de ses vieux ans ?”?

Qu’il aimait sa rnère, ce noble et jeune pa:

triote ! | ï Sa douleur était si grande qu’il ne pouvait trouver du soulagement qu’en Dieu. Il priait, il priait sans cesse, il priait ardemment. On lui avait donné, entre autres objets de piété, une image de Notre-Dame des Sept Douleurs, ce représentant du sublime de la maternité affligée. Nuit et jour, il tenait en mains ce précieux souvenir de la douleur de la Mère de Dieu ; il l’arrosait de ses larmes abondantes ; ii demandait à Marie de consoler sa mère,. de lui donner les forces nécessaires pour supporter le mg à mot de son ‘s si jeune, de son fils pour lequel elle av un abîme d’afflictions.

#Deux ;ours avant la mort de son fils, Mme.

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