UN RÊVE DE JEUNE HOMME
De plus suave à l’âme, à l’âme ainsi qu’aux yeux !
C’est plus tendre, plus doux, cela vous aime mieux ;
Et ce que je demande au ciel, quand je le prie,
C’est que mon enfant m’aime avec idolâtrie...
Comme je l’aimerai!... Puis, quel ravissement,
Quand, assis le matin à son foyer fumant,
Son vieux Shakespeare en main, on relit la Tempête ,
De voir tout à coup poindre au-dessus de sa tète Une figure d’ange, un beau front d'Àriel,
Qui, sur vous abaissant deux yeux tout pleins de ciel,
Se penche à votre épaule, et puis avec mystère
Vous embrasse et vous dit tout bas : Bonjour, mon père !
Alors, sur son épaule on retient ce beau front,
Et l’on suit par dessous ce regard triste et long,
Et, sur ces beaux cheveux que tendrement on baise ,
On promène la main, en lui disant : Mauvaise !
Ma fille !... tout mon cœur se trouble à ce seul nom ! Quand je deviendrai père, ah ! je serai si bon !
Qu’ai-je dit?... elle est là... je la vois... elle existe!
Le caractère gai, mais le cœur plutôt triste,
Une douce allégresse en ses yeux brillera ,
Si ce n’est cependant quand elle chantera...
La ipusique doit être une mélancolie !
Elle sera bien belle, oui, bien belle... et jolie !...
Elle aura des yeux bruns... non, plutôt des yeux bleus , De grands yeux bleus bordés de cils noirs ! les cheveux Toujours mis en bandeaux, pour dessiner sa tête !
Sans jamais faire un vers, son cœur sera poëte !
Elle aimera la Bible, et le Dante, et Milton !
Elle s’appellera... Je te dirai son nom
Quand je pourrai nommer celui d’une autre femme.
Comme sur son beau front on lira sa belle âme!...
Et sa taille si souple !... et ses bras !... et ses doigts!...