ADIEUX DE JEANNE D’ARC
L’ardeur qui loin de toi m’entraîne Ce n’est pas, cher et doux pays,
Un vain désir de gloire humaine :
L’Esprit commande, j’obéis!
Celui qui descendit de la montagne sainte,
Celui qui, du milieu dos flammes d’un buisson. Interpella Moïse, et, gourmandant sa crainte,
Lui dit : Marche vers Pharaon !
Celui qui, pour briser l’orgueil des idolâtres, Choisit pour son champion l'humble fils de Béthlé, Celui qui fut toujours propice aux pauvres pâtres, Dans l’ombre des forêts celui-là m’a parlé !
« Aux soins d’une main étrangère,
« M’a-t-il dit, laisse tes agneaux ;
« Demain, en d’autres champs, bergère,
« Tu vas guider d’autres troupeaux.
« L’acier d’une cotte de mailles « Pèsera sur ton faible sein,
« Et le gant de fer des batailles « Chargera ta débile main.
« Pour toi, jamais d’amour! ton âme « Jamais d’une terrestre flamme « Ne brûlera, même à l’autel 1...
« Jamais tes yeux ne verront luire « De l’hymen le jour solennel,
« Et nul enfant au doux sourire « Ne s’épanouira sur ton sein maternel...
« Mais libre par toi, ta patrie,
« Relevant sa tète flétrie,
« Enfin respirera, par toi,
« Du joug de la race étrangère.