‹ Lectures a l'AcademieChapitre 129 sur 200 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Et qui de ses aïeux reçut pour héritage Le sanglant souvenir de trois cents ans d’outrage.

ALMERA, avec coli'rp.

Ne parlez pas de lui !

D. LOPEZ, arec lenteur et l’observant.

Quelle agitation!

Un homme comme vous, de notre nation.

Honorer Guerrero d’une telle colère !

A LM É R A

Guerrero ! le voilà, ce nom qui m’exaspère.

D . LOPEZ, très-vivement.

Vous le haïssez donc?...

ALMÉRA. •

Si je le haisl

Alors.

Parlons vite de lui. D’où viennent vos transports 9 ALMÉRA.

Depuis cinq ans entiers je combats ce sauvage,

Et vous me demandez d’où’ peut venir ma rage!

Mais n’est-il pas défait? fugitif?

A LM ÉRA.

Défait ! lui I

Quel bras l’a donc défait, et quand donc a-t-il fui ? Il n’a plus de soldats : ses amis, cœurs vulgaires. Se lassant de le suivre en de si rudes guerres, L’ont lâchement quitté; mais lui, qui l’a défait?

GUERRE RO

Fugitif? comme Argas, dont Morillo disait :

Tremblez, il vient de fuir!... Mon Dieu, pour toute grâce, Le rencontrer enfin seul à seul, face à face,

Et pouvoir le tuer, ou mourir sous son bras î L’honneur même, l’honneur ne m’arrêterait pas 1 Et, dût l’enfer punir un crime si farouche,

Je le poignarderais jusqu’en ma propre couche.

Quel affront de cet homme avez-vous donc reçu ? Pourquoi...

Pourquoi?... C’«st... c’est... qu’il m’a toujours vaincu Dieu semble condamner certains cœurs à la haine I Pour adversaire icq toujours il me l’amène,

Toujours pour m’écraser sous ses nouveaux exploits!

Je le vaux en courage ; il m’a fait fuir cinq fois !

Je tombe entre ses mains ; son insolente audace Me rend la liberté, la vie... il me fait grâce!

Me faire grâce, à moi, don Louis d’Alméra!...

Jamais, jamais ce cœur ne lui pardonnera !

D. LOPEZ, souriant.

Je serais plus clément, mais dans votre défaite Guerrero n’est pour rien, c’est le sort qui l’a faite.

A LME RA.

C’est lui! c’est son génie! ah! ne me flattez point!

Car, pour que ma douleur atteigne au dernier point,

Ce génie infernal, j’en reconnais l’empire,

Je le maudis tout haut, mais tout bas je l’admire. Moi-même je me fais un dieu de mon vainqueur,

Nulle part il n’est grand comme en mon propre cœur.

Je voudrais être lui !■

Page 1