ACTE II
Et, quand de son amour j’appris les purs mystères,
Je m’écriai toutbas:mon Dieu!... leurs cœurs sontfrères. Mais elle est Espagnole et toi fils d’indiens :
Tout est dit, ce seul mot a brisé vos liens.
Au lion dévorant s’il faut une compagne,
Va chercher une fille au fond de la montagne ;
Une fille de pâtre, à l’esprit aguerri,
Et contre l’Espagnol de haimrbien nourri;
Une fille semblable à ta vaillante mère,
Qui, le jour où du peuple éclata la colère,
Me dit : « Voici ton arme, » et me la prépara.
Mais la fille d’un duc!... cet amour te perdra.
GUER RERO.
Me perdre?... m’assurer dans mon œuvre immortelle !
Je ne combats jamais que l'œil fixé sur elle.
Depuis un an, depuis qu’elle vit seule en moi,
Ai-je oublié mon peuple? ai-je trahi ma foi?
N’ai-jo point pas à pas parcouru cette terre,
Pour y ressusciter le souffle de la guerre?
Ici même... demain... ah!... que vienno demain;
Qu’en un champ de bataille, une épée à la main,
Par le soleil levant j’entre dans la carrière,
Avec l’Espagne en face et mes pasteurs derrière,
Soyons deux contre dix en ce terrible jeu,
Que notre liberté du combat soit l’enjeu,
Et vous verrez alors si l’amant dans mon âme A tué le guerrier!
DAVALOS.
Oui!... la guerre!... ta flamme!...
Toujours des passions et jamais le devoir.
Hélas! je vois plus loin que je ne voudrais voir.
Ton nom est grand, mon fils, ta vie est éclatante.
GUERRERO
De tout autre que moi tu dépasses l’attente ;
Mais j« cherche ton cœur sous tes brillants hauts faits;
Et du libérateur, tel que je le rêvais,
Je ne reconnais pas la sainte et noble marque.
Enfant, je t’ai nourri des hommes de Plutarque ;
Tu pris bien leur génie... as-tu pris leur vertu?
Dans le fond de ton cœur portes-tu, nourris-tu,
Cet amour du pays, brûlant, 'aveugle, unique,
Uui tout entiers nous donne à la cause publique?
Ou, le soin de ta gloire échauffant seul ton cœur,
N’es-tu pas un guerrier plus qu’un libérateur?
GUERRERO
Moi !... mon père!...
Pardonne un soupçonneux contrôle ; Mais mon cœur est si fier de ton sublime rôle !
Sais-tu bien ce qu’en toi je retrouve, ô mon fils !
Tous mes souhaits comblés! tous mes désirs remplis!
Je ne formais qu’un vœu lorsque j’étais jeune homme : Délivrer mon pays !... et dans les murs de Rome,
Une nuit, à genoux sur le mont Palatin,
Au ciel je demandai ce glorieux destin.
Ah ! Dieu, qui m’entendit, combla mon espérance Comme il créa le monde, avec magnificence 1 Ce rôle que mes vœux lui demandaient pour moi,
Mon fils, ô mon cher fils, il te le donne à toi !
Toi! sauvant mon pays! non, jamais sur la terre,
Nul no sut comme moi ce quo c’est qu’être père!
GUE R E RO
Des pleurs!... ah! sous vos yeux, émule des Brutus, Toutes mes passions deviendront des vertus!...
Il se Jette dnns scs brns, et l'embrasse.