‹ Lectures a l'AcademieChapitre 181 sur 200 · ACTE J II · texte numérisé non relu

ACTE J II

Comment !

ISABELLE

GUERRE HO

Éclate donc, triste et fatale histoire!...

Et toi, qui sans frémir m’interroges ici,

Voici mon cœur ouvert... Viens donc et plonges-yl

Je tremble.

ISABELLE

GUERRERO

Dans mon sein se débat et m’accable Une passion sombre, égoïste, coupable.

ISABELLE. A

Coupable! Juste ciel !

GUERRERO

Mon père est enchaîné, L’esclavage avilit mon peuple infortuné,

Eh bien! ce que je pleure et qui me desespère,

Ce n’est pas seulement mon pays et mon père:...

C’est mon essor brisé, c’est ce repos de mort,

C’est ma part d’autrefois dans les grands coups du sort. Disons tout, c’est la guerre enfin, j’aime la guerre !

Au cri de liberté, je me levai naguère,

Mais la poudre en mon sang passa dans le combat.

Je partis patriote et je revins soldat !

L’homme devient si grand sur les champs de bataille! Vivre au sein de la mort, défier la mitraille,

Dompter la faim, la soif, la peur, et ressentir L’ivresse du joueur, l’extase du martyr!...

Et voilà le destin du vulgaire profane,

Du soldat... Mais le chef, l'âme qui guide et plane,

Le général qui voit, qui tient dans son pouvoir Mille bras pour agir, mille cœurs pour vouloir,

GUERRERO

Qui seul présent partout, et roi de la carrière,

Se sent vivre à la fois dans une armée entière,

Qui, semblable au soleil sur l’orage roulant,

Domine du regard ce tumulte sanglant,

Le gouverne,... et se dit à chaque ordre qu’il donne : Du sort de l’univers je dispose, j’ordonne,

Je suis Dieu pour une heure!... Oh! qui vous a goûtés Sublime enivrement, sanglantes voluptés,

Vous appelle et vous suit partout d’un cœur avide,

Et vous laissez dans l’âme un insondable vide.

Et moi ?

ISABELLE

GUERRERO

N’accuse pas ma tendresse et ma foi :

Sans toi, je serais mort; je me tuais sans toi !

Un serrement de main, un regard, un sourire,

Ont cent fois en mon sein apaisé mon délire;

Mais le démon fatal s’est réveillé cent fois.

Pour vaincre son pouvoir, pour étouffer sa voix,

A genoux, j’implorai l'assistance suprême;

J’invoquai les vertus, l’honneur, les vices môme.... Ainsi que les vertus, les vices m’ont trahi 1

ISABELLE

Quoi! par l’amour du jeu, quand soudain envahi...

GUERRERO

Eh bien ! le jeu, le jeu, ce fléau sans remède Qui détruit tout, dit-on, dans le cœur qu’il possède, Qui fait que l’on n’est plus ni père, ni mari,

Que l’on n’est que joueur, le jeu n’a pas tari Un seul des pleurs amers où ma douleur se noie :

J’ai perdu sans regret, et j’ai gagné sans joie,

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