ACTE III
GUERRERO
Mon bonheur se suffit, et n’a pas plus besoin De l’encens du flatteur que de l’œil du témoin.
n. LOPEZ, & part.
Ne pourrais-je arracher un seul cri de son âme?
Haut.
Pardon... Peut-être ici trop de zèle m’enflamme.
A part.
Ils tardent bien !
On entend une musique militaire et des instruments de (pierre. A part.
Enfin!
GUERRERO, avec un léger tressaillement.
Qu’entends -je? quels accords?
D. LOPEZ, négligemment.
Ah ! quelque régiment qui va joindre son corps.
n feint de s'éloigner de quelques pas, et observe Guerrero. La musique
continue.
GUERRERO, écoutant, et i part.
Ce bruit m’émeut toujours.
D. LOPEZ, l’observant.
Son regard étincelle !
La musique s'approche.
GUERRERO, écoutant avec plus d'attention et à voii basse.
Je connais cette marche.
Il pâlit.
GUERRERO, toujours & part.
Oui, c’est celle
Que l’ennemi jouait à mon premier combat.
GUERRERO
O. LO P £ Z, à part.
Il pâlit, j’en suis sûr.
La musique s'approche toujours.
GUERRERO, à part.
Malgré moi mon cœur bat,
A ce grand souvenir de ma première gloire!
D. LOP EZ, à part.
C’est le moment... Allons!
Il descend d’un pas vers Guerrero, et s’adressant à lui.
Quel beau chant de victoire!
C’est le chant des dragons de Rosas Montaigu.
GUERRERO, avec un cri étouffé.
Rosas! c’était leur chef!... c’estlui que j’ai vaincu !
Ah! le grand jour renaît tout entier!
Us musique éclate avec plus de force. Don I.opez s’approche encore plus de Guerrero.
Que naguère.
On vous eût vu frémir à ces accents de guerre !
GUERRERO, se contenant.
Oui, naguère!
D. LOPEZ, regardant par-dessus la haie.
Je vois flotter les étendards.
GUERRERO, à part.
Je voudrais les revoir!
D. LOPEZ, avec une sorte d'exaltation.
Leurs larges plis épars
Semblent à ces beaux chants se bercer dans la plaine..
A Guerrero.
Quel spectacle! Et penser qu’il vous agite à peine...
Que vos rivaux vaincus s’approchent... qu’ils sont là!...
Avec énergie.
Qu’un coup d’œil vous rendrait... Les voilà ! les voilà !
La musique éclate avec force.
GUERItEHO, emporté malgré lui.
Ah ! dût sous moi la terre entrouvrir ses entrailles , Il le faut! -
D. LO PE Z, à part.
Hennis donc, ô cheval de batailles !
GUERRERO, s'élançant du côté des troupes.
Grand souvenir!
D, LOPEZ, l'arrêtant.
O ciel! est-ce vous qui parlez?
GUERR ER O, revenant b lui, et avec véhémence.
Qu’ai-je dit? qu’étes-vous? qu’est-ce que vous voulez? De quel droit dans mon cœur osez-vous donc descendre? Qui vous permet de voir, de soupçonner, d’entendre,
De parler?
D. I.OPEZ.
Ah! laissons ce langage emprunté;
Plus de voile entre nous, place à la vérité!
J ai vu , j ai vu jaillir le sang de la blessure,
Et je viens en sauveur pour guérir la torture.
GUERRERO
Loin de moi !
n. «LOFEZ.
Votre cri ne m’a rien révélé :
Je vous savais trop grand pour être consolé.
L’aigle a besoin du ciel, je le rouvre à ses ailes.
Vous!
GUERR ERO.
GUERRERO
Où vont ces vaisseanx? ces troupes, où vont-elles? Le savez-vous?
Oui! oui!
r>. LOPEZ.
Dès demain, s’élançant...
GUERRERO
Sur notre Bolivar!...
Oui! Peut-être... en passant...
Pour un jour! Il suffit, pour dissiper sa bande, Qu’en quelque port voisin notre flotte descende!... Mais quand les révoltés, au seul bruit de nos pas, Se seront dans leurs bois dispersés sans combats... Alors... alors,... rêvez, inventez une guerre D’où peut-être naîtra le salut de la terre,
Pour laquelle César n’eût pas été trop grand.
Laquelle?
GUERRERO, malgré lui.
Pour rival, cherchez un conquérant Dont le nom... Mais je n’ose en dire davantage...
Je rêvais un grand chef devant un grand ouvrage... Mais je vous blesserais en poursuivant... Pardon :
Je m’arrête et me tais.
GUERRERO, avec force.
Où marchent-ils?
Non!... non!