‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 14 sur 69 · TV · texte numérisé non relu

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Plus tard, toutes les facultés s’accroîtront de concert.

La réflexion et l’expérience auront appris à notre insulaire à mieux opérer; le premier instrument lui-même lui fournira les moyens d’en fabriquer d’autres et d’accumuler des provisions avec plus de promptitude.

Instruments, matériaux, provisions, voilà sans doute J

3e que Robinson appellera son capital; et il reconnaîtra j

iisément que plus ce capital sera considérable, plus il asservira de forces naturelles, plus il les fera concourir à ses travaux, plus enfin il augmentera le rapport de ses sa- .isfactions à ses efforts.

Plaçons-nous maintenant au sein de l’ordre social. Le Capital se composera aussi des instruments de travail, les matériaux et des provisions sans lesquels, ni dans l’isolement ni dans la société, il ne se peut rien entreprendre de longue haleine. Ceux qui se trouveront pouri^usde ce capital ne l’auront que parce qu’ils l’auront créé par leurs eübrts ou par leurs privations, et ils n’auront j ait ces efforts (étrangers aux besoins actuels), ils ne se seront imposé ces privations qu’en vue d’avantages ulté- •ieurs, en vue, par exemple, de faire concourir désormais jne grande proportion de forces naturelles. De leur part, céder le capital, ce sera se priver de l’avantage cherché, îe sera céder cet avantage à d’autres, ce sera rendre service. Dès lors, ou il faut renoncer aux plus simples éléments de la justice, il faut même renoncer à raisonner, ou il faut reconnaître qu’ils auront parfaitement le droit de ne faire cette cession qu’en échange d’un service librement débattu, volontairement consenti. Je ne crois pas qu’il se rencontre un seul homme sur la terre qui conteste ' l’équité de la mutualité des services^ car mutualité des ser- ’ ices signifie, en d’autres termes, équité. Dira-t-on que la 1 ransaction ne devra pas se faire librement, parce que relui qui a des capitaux est en mesure de faire la loi à celui qui n’en a pas? Mais comment devra-t-elle se faire?

CAPITAL ET INTÉRÊT

A quoi reconnaître V équivalence des services, si ce n’est quand, de part et d’autre, l’échange est volontairement accepté? Ne voit-on pas d’ailleurs que l’emprunteur, libre de le faire, refusera, s’il n’a pas avantage à accepter, et que l’emprunt ne peut jamais empirer sa condition ? Il est clair que la question qu’il se posera sera celle-ci : L’emploi de ce capital me donnera-t-il des avantages qui fassent plus que compenser les conditions qui me sont demandées? ou bien : L’effort que je suis maintenant obligé de faire, pour obtenir une satisfaction donnée, . est-il supérieur ou moindre que la somme des efforts auxquels je serai contraint par l’emprunt, d’abord pour rendre les services qui me sont demandés, ensuite pour poursuivre cette satisfaction à l’aide du capital emprunté? — Que si, tout compris, tout considéré, il n’y a pas avantage, il n’empruntera pas, il conservera sa position; et, en cela, quel tort lui est-il infligé? Il pourra se tromper, dira-t-on. Sans doute. On peut se tromper dans toutes les transactions imaginables. Est-ce à dire qu il ne doit y en avoir aucune de libre? Qu’on aille donc jusque-là, et qu’on nous dise ce qu’il faut mettre à la place delà libre volonté, du libre consentement. Sera-ce la contrainte, car je ne connais que la contrainte en dehors de la liberté? Non, dit-on, ce sera le jugement d’un tiers. Je le veux bien, à trois conditions. G est que la decision de ce personnage, quelque nom qu’on lui donne, ne sera pas exécutée par la contrainte. La seconde, qu’il sera infaillible, car pour remplacer une faillibilité par une autre ce n’est pas la peine; et celle dont je me défie le moins est celle de l’intéressé. Enfin, la troisième condition, c’est que ce personnage ne se fasse pas payer; car ce serait une singulière manière de manifester sa sympathie pour l emprunteur que de lui ravir d’abord sa liberté et de lui mettre ensuite une charge de plus sur les épaules en compensation de ce philanthropique service. Mais laissons la

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iS LECTURES CHOISIES D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

(luestion de droit, et rentrons dans l’économie politique.

Un capital, qu’il se compose de matériaux, de provisions ou d’instruments, présente deux aspects : TUtilité €t la Valeur. J’aurais bien mal exposé la théorie de la

aleur, si le lecteur ne comprenait pas que celui qui cède tn capital ne s’en fait payer que la valeu7\ c’est-à-dire le s îrvice rendu à son occasion, avec la peine épargnée au cessionnaire. Un capital, en effet, est un produit comme i:n autre. Il n’emprunte ce nom qu’à sa destination ultér eure. C’est une grande illusion de croire que le capital s Dit une chose existant par elle-même. Un sac de blé est i n sac de blé, encore que, selon les points de vue, l’un le vende comme revenu et l’autre l’achète comme capital, l’échange s’opère sur ce principe invariable : valeur pour valeur, service pour service; et tout ce qui entre dans la chose d’utilité gratuite est donné par-dessus le marché, attendu que ce qui est gratuit n’a pas de valeur, et que la valeur seule figure dans les transactions. En cîla, celles relatives aux capitaux ne diffèrent en rien des autres.

Il résulte de là, dans l’ordre social, des vues admirables e . que je ne puis qu’indiquer ici. L’homme isolé n’a de cap .tal que lorsqu’il a réuni des matériaux, des provisions e . des instruments. Il n’en est pas de môme de l’homme social. 11 suffît à celui-ci d’avoir rendu des services^ et d avoir ainsi la faculté de retirer de la société, par l’appar(il de l’échange, des services équivalents. Ce que j’appolle l’appareil de l’échange, c’est la monnaie, les billets à ordre, les billets de banque, et même les banquiers. Q aiconque a rendu un sef'vice et n’a pas encore reçu la satisfaction correspondante est porteur d’un titre, soit pourvu de valeur, comme la monnaie, soit fîduciaire, ccmme les billets de banque, qui lui donne la faculté de

retirer du milieu social, quand il voudra, où il voudra, et SC us la forme qu’il voudra, un service équivalent. Ce qui

CAPITAL ET INTÉRÊT

n’altère en rien, ni dans les principes, ni dans les effets, ni au point de vue du droit, la grande loi que je cherche à élucider : Les se7'vices s échangent conti'e les services. C’est toujours le troc embryonnaire qui s’est développé, agrandi, compliqué, sans cesser d être lui-même.

Le porteur du titre peut donc retirer de la société, à son gré, soit une satisfaction immédiate, soit un objet, qui, à Ln point de vue, ait le caractère d’un capital. C’est ce dont le cédant ne se préoccupe en aucune façon. On examine Y équivalence des services, voilà tout.

Il peut encore céder son titre à un autre pour en faire ce qu’il voudra, sous la double condition de la restitution et d’un service, au temps fixé. Si l’on pénètre le fond des choses, on trouve qu’en ce cas le cédant se prive en faveur du cessionnaire ou d’une satisfaction immédiate qu il recule de plusieurs années, ou d’un instrument de ti avait qui aurait augmenté ses forces, fait concourir les agents naturels, et augmenté à son profit le rapport des satisfactions aux efforts. Ces avantages, il s’en prive pour en investir autrui. C’est là certainement rendre service, et il n’est pas possible d’admettre, en bonne équité, que ce service soit sans droit à la mutualité. La restitution pure et simple, au bout d’un an, ne peut être considérée comme la rémunération de ce service spécial. Ceux qui le soutiennent ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas ici d une vente, dans laquelle, comme la livraison est immédiate, la rémunération est immédiate aussi. Il s’agit d’un délai . Et le délai, à lui seul, est un service spécial, puisqu’il impose un sacrifice à celui qui l’accorde, et confère un avantage à celui qui le demande. Il y a donc lieu à rémunération, ou il faut renoncer à cette loi suprême de la société : Service pour sei'vice. C’est cette rémunération qui prend diverses dénominations selon les circonstances : loyer, fermage, 7'ente, mais dont le nom générique est

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Pour se déterminer à former un capital, il faut prévoir avenir, lui sacrifier le présent, exercer un noble empire >ur soi-même et sur ses appétits, résister non seulement à appât des jouissances actuelles, mais encore aux aiguilons de la vanité et aux caprices de l’opinion publique, oiijours si partiale envers les caractères insouciants et jrodigues. Il faut encore lier les effets aux causes, savoir )ar quels procédés, par quels instruments la nature se aissera dompter et assujettir à l’œuvre de la production.

: 1 faut surtout être animé de l’esprit de famille, et ne pas 1 eculer devant des sacrifices dont le fruit sera recueilli par les êtres chéris qu’on laissera après soi. Capitaliser, c’est ])réparer le vivre, le couvert, l’abri, le loisir, l’instruction, l’indépendance, la dignité aux générations futures. Rien (le tout cela ne se peut faire sans mettre en exercice les

vertus les plus sociales, qui plus est, sans les convertir en labitudes.

S il y a de la sociabilité morale dans la formation du capital, il n’y en a pas moins dans son action. Son effet propre est de faire concourir la nature; de décharger 1 homme de ce qu il y a de plus matériel, de plus muscul.iire, de plus brutal dans l’œuvre de la production; de f lire prédominer de plus en plus le principe intelligent; d’agrandir de plus en plus la place, je ne dis pas de 1 oisiveté, mais du loisir; de rendre de moins eu moins impérieuse, par la facilité de la satisfaction, la voix des besoins grossiers, et d’y substituer des jouissances plus

é evées, plus délicates, plus pures, plus artistiques, plus sj)irituelles.

Ainsi, à quelque point de vue qu’on se place, qu’on cons. dère le Capital dans ses rapports avec nos besoins qu’il e inoblit, avec nos efforts qn’il soulage, avec nos satisfactions qu il épure, avec la nature qu’il dompte, avec la lï ()ralité qu il change en habitude, avec la sociabilité q i il développe, avec l’égalité qu’il provoque, avec la li-

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berté dont il vit, avec l’équité qu’il réalise par les procédés les plus ingénieux, partout, toujours et à la condition qu’il se forme et agisse dans un ordre social qui ne soit pas détourné de ses voies naturelles, nous reconnaîtrons en lui ce qui est le cachet de toutes les grandes lois proj videntielles : l’Harmonie.

IfÉCESSITÉ D’ACCROITRE LA PRODUCTION ET LE CAPITAL POUR AMÉLIORER LE SORT DES CLASSES POPULAIRES (1).

(llicliel CheTalier)

Michel Chevalier, né à Limoges, le 13 janvier 1806, mort en 1880, s’est signalé par son esprit d’initiative dans les grandes questions économiques. Il a mis d’abord ses connaissances spéciales d’ingénieur au service de l’importante question des chemins de fer qu’il avait étudiée aux États-Unis. Il remplaçait Rossi dans sa chaire d’économie politique au Collège de France, et il abordait les problèmes d’application dont la s dution importait à l’amélioration de la condition sociale. En 184-S, il combattait, dans des Lettres sur l'organisation du travail, les utopies de Louis Blanc et d’autres socialistes. Il s est depuis lors occupé de la question monétaire à laquelle il a consacré divers écrits. Mais c’est surtout à la défense de h. liberté commerciale qu’il s’est voué avec persévérance, une grande connaissance des faits et un talent remarquable d exposition et de discussion. Sa situation importante sous le s îcond empire lui a permis de donner aux principes de la liberté du commerce international un commencement de s inclion officielle dans les fameux traités de commerce dîlbCO, auxquels il prit avec Richard Cobden la principale P irt.

Je regarde comme établi que de toutes les causes pour lesquelles un si grand nombre de nos concitoyens vivent d ins une déplorable pauvreté, la principale peut s’expriir er en ces termes : La France ne produit pas assez I Sous l’empire de circonstances assez multiples, le travt.il de 35 millions de Français ne crée pas les approvi-

[1) Lettres sur l' Organisation du travail.

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