II
fZ. ■ ,
jî ; r |r-
■'-if
Ab
.-'à El
N ‘^ çigr.g.1 f 'îi('
•/iM
<~^Ssr- ►
» iS'-T
% » st-r
~ Vf*
•ïi
âi
jtectables ! Il faut bien qu’il y ait un terme fixe où ce qui ( st, par cela seul qu’il est, soit déclaré légitime et tenu pour bon, sans quoi voyez quel procès s’élèverait sur toute la surface du globe ! »
11 convient d’ajouter cependant que la conquête et l’usurpation ne sont pas un fait constant ni exclusif, quoique l’on puisse le supposer en voyant dominer par les j.rmes, sur la scène du monde, tantôt les Assyriens, tantôt les Perses, tantôt les Grecs, tantôt les Romains et tantôt les barbares du Nord, qui se dépossédaient successi- ^ ement les uns les autres. Non, la violence n’a pas marqué l’origine de toutes les propriétés. M. Thiers, après avoir avancé, contre le témoignage de l’histoire bien com- ))rise et bien interprétée, que toute société présentait au îébut ce phénomène de Voccupation plus ou moins violente^ lîxplique à merveille, dans les lignes qui suivent, comment il se fait que la plus grande partie des propriétés foncières dérivent du travail :
« Le monde civilisé n’est pas une vaste usurpation, et, malgré les barbaries du régime féodal, malgré les boule- ' versements de la révolution de 1789, la propriété foncière l'emoiite en France, et pour la plus grande partie, à l’orijine la plus pure. Les champs que les Romains enlevèrent lux Gaulois étaient peu considérables, car le sol était à )eine cultivé, et il ressemblait aux forêts que les Amériîains concèdent aujourd’hui aux Européens. Les Barbares le trouvèrent dans un état peu différent. Mais c’est surtout pendant les siècles qui ont suivi, et sous le régime féodal, que le défrichement a commencé et s’est continué ;ans interruption; ce qu’indique le nom de roture, venant lie ruplura, donné à toute propriété qui avait le défrichement pour origine. Toute terre roturière venait par conséquent du travail le plus respectable, et c’était le plus qrand nombre ; car beaucoup de terres anoblies avec le sernps, à cause de celui qui les possédait, avaient com-
mencé par être des terres roturières. Depuis, sous une longue suite de rois, d’excellentes lois avaient rendu la transmission régulière, et le commerce, lorsqu’il voulait acquérir des domaines fonciers, les achetait à beaux deniers comptants des possesseurs roturiers ou nobles. Nous pouvons donc, nous autres Français, posséder nos terres en pleine tranquillité de conscience, fussions-nous même acquéreurs de biens nationaux; car, en définitive, on paya ces biens avec la monnaie que l’État lui-même donnait à tout le monde, que tout le monde était obligé d’accepter de ses débiteurs, et enfin, quelques scrupules restant à la Restauration, elle a consacré 800 millions à
les dissiper (1). »
La propriété entraîne l’inégalité des conditions dans l’état social, et l’inégalité des conditions n’est elle-même que le reflet des différences que la nature a mises entre les hommes. Tous les hommes n’ont pas la même force musculaire, ni le même degré d’intelligence, une égale aptitude ni une égale application au travail. Par cela seul qu’il en existe de plus forts, de plus habiles, et, s il faut le dire aussi, de plus heureux que d’autres, il y en a qui marchent d’un pas plus rapide et plus sûr dans les voies de la richesse. La propriété n’aggrave pas ces irrégularités naturelles, mais elle les traduit en caractères durables et leur donne un corps. Dans l’origine, celui qui cultive mieux possède davantage. Quel intérêt la société auraitelle à l’empêcher? Le plus habile et le plus robuste cultivateur, en enrichissant sa famille, augmente la somme générale des produits et enrichit par conséquent la société. L’égalité des conditions, le partage égal des propriétés et l’égalité des salaires sont trois formes d’une même idée, ce qui revient à dire que le plus fort ne doit pas produire plus que le plus faible, et que la pensée de l’homme éclairé
(1) De la propriété, livre I, chap. xit.
■if - .
lit' V
rj •
I loit s’abaisser au niveau de cellede l’homme ignorant ; ce se- ] aitlimiter la production, comprimer l’intelligence, étoufier dans leurs germes les lettres, les sciences et les arts.
Le droit de posséder a pour conséquence nécessaire le ‘ droit de disposer des biens que l’on possède, et de les Iransmettre soit à titre onéreux, soit à titre gratuit, de les échanger, de les vendre, de les donner entre-vifs ou jiar testament, et finalement de les laisser en héritage.
La propriété implique l’hérédité. L’homme est ainsi fait ( u’il veut se survivre à lui-même. Le soin de sa propre conservation s’étend à celle de la famille; il travaillerait lieaucoup moins pour lui, s’il ne travaillait en même 1emps pour les siens. La propriété, réduite à l’usufruit,
] c’aurait que la moitié de sa valeur pour les individus et (le son utilité sociale.
Cette pensée est exprimée dans de très belles pages, que j’aime mieux emprunter ici que chercher à refaire:
L’homme n’ayant que lui-même pour but s’arrêterait au milieu de sa carrière, dès qu’il aurait acquis le pain de ! a vieillesse, et, de peur de produire l’oisiveté du fils, vous auriez commencé par ordonner l’oisiveté du père! Mais (îst-il vrai d’ailleurs qu’en permettant la transmission hél éditaire des biens, le fils soit forcément un oisif dévorant ilans la paresse et dans la débauche la fortune que son )ère lui léguera? Premièrement le bien, dont vivra l’oisiveté supposée de ce fils, que représente-t-il après tout? in travail antérieur, qui aura été celui du père; et, en împêchant le père de travailler pour obliger le fils à travailler lui-même, tout ce que vous gagnerez, c’est que le ils devra faire ce que n’aura pas fait le père. Il n’y aura 3as eu un travail de plus. Dans le système de l’hérédité, lu contraire, au travail illimité du père se joint le travail illimité du fils, car il n’est pas vrai que le fils s’arrête parce que le père lui a légué une portion plus ou moins îonsidérable de biens. D’abord il est rare qu’un père lègue
à son fils le moyen de ne rien faire. Ce n’est que dans le cas de l’extrême richesse qu’il en est ainsi. Mais ordinai-
rement, dans la plupart des professions, ce n'est qu’un point de départ plus avancé dans la carrière que le père ménage à son fils en lui léguant son héritage. Il l’a poussé I plus loin, plus haut ; il lui a donné de quoi travailler avec J de plus grands moyens, d’être fermier quand lui n’a été I que valet de ferme, ou d’équiper dix vaisseaux quand lui ne pouvait en équiper qu’un, d’être banquier quand il ne . fut que petit escompteur, ou bien de changer de carrière,
! de s’élever de l’une à l’autre, de devenir notaire, médecin, avocat, d’être Cicéron ou Pitt, quand il ne fut luimême que simple chevalier comme le père de Cicéron, ou cornette de régiment comme le père de M. Pitt. f « De même qu’il songeait à ses enfants et à cette idée devenait infatigable, son fils songe aussi à ses propres enfants, et à cette idée devient infatigable à son tour. Dans le système de l’interdiction de l’hérédité, le père se serait arrêté, et le fils également. Chaque génération bornée ; dans sa fécondité, comme une rivière dont on retient les eaux par un barrage, n’aurait donné qu’une partie de ce qu’elle avait en elle, et se serait interrompue au quart, à i la moitié du travail dont elle était capable. Dans le système de l’hérédité des biens, au contraire, le père travaille tant qu’il peut, jusqu’au dernier jour de sa vie ; le fils qui était sa perspective en trouve une pareille dans ses enfants, et travaille pour eux comme on a travaillé pour lui, ne s’arrête pas plus que ne s’est arrêté son père, et tous, penchés vers l’avenir comme un ouvrier sur une meule, font tourner, tourner sans cesse cette meule d’où s’échappent le bien-être de leurs petits-enfants, et non seulement la prospérité des familles, mais celle du genre humain »
(1) De la propriété^ par M. Thiers, livre I, chap. x.
in
fâ' *’i '
S^îi ■"«: ‘ *