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En dépit des progrès de la civilisation, le vieux monde ] (résente encore, sur quelques points, des types des pliases diverses que la propriété a parcourues. En comparant les peuples entre eux, tout observateur peut reconnaître ([lie leur prospérité est en raison directe de l’extension et (les garanties qu’ils donnent au droit de propriété. L’Orient est immobile et semble frappé de stérilité ; l’Oc- ( ident, qui se prête à toutes les combinaisons du génie humain, accumule et multiplie les richesses. Voyez les tribus arabes : elles vivent, comme au temps de Moïse et (le Mahomet, campées sur le sol qu’elles partagent annuellement entre leurs membres, n’élendant pas la pro- ](riété au delà des fruits d’une récolte, faisant métier du ](illage et toujours en danger d’être dépouillées. Ont-elles ( onquis un pouce de terre sur le désert? n’ont-elles pas, î.u contraire, en devenant de plus en plus misérables, dé- ^ asté ou laissé dévaster presque sans ressource une grande partie de l’Asie et de l’Afrique, là où germèrent (les moissons abondantes, où s’établirent de puissants loyaumes, et où brillèrent de superbes cités? Prenez en- ! uite les contrées dans lesquelles la propriété se trouve de lait ou de droit limitée à l’usufruit: la Turquie, la Perse (îtrinde; le sol est fécond, le climat invite à la produc- 1 ion, et pourtant les produits sont misérables. Les popuations \ivent dans la pauvreté et dans l’ignorance. Le défaut de moralité égale l’absence de sécurité. La société jiaraît constamment chanceler sur sa base; elle n’a pas c,n elle la force de résistance, et elle manque de point (l’appui. En Europe enfin, où la propriété est héréditaire, la richesse et les lumières semblent être échues à chaque jieuple, dans la proportion des garanties plus ou moins complétas dont il entoure la transmission des héritages. La Russie, avec d’immenses étendues de pays et avec une ](opulation de soixante millions d’hommes, ne pourrait ])as payer la moitié du budget que supporte aisément la
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Grande-Bretagne; et dans les contrées soumises encore au régime de la confiscation, les terres, à qualité égale, ne valent pas la moitié de ce qu’elles valent en France, en Belgique on en Hollande.’
Ainsi, l’hérédité est nécessaire à la propriété, comme la propriété elle-même à l’ordre social; c’est l’hérédité qui, en permettant l’accumulation des richesses, crée le capital et féconde par là le travail des hommes. Les lois de tous les peuples libres et industrieux la consacrent ; mais elle est tellement indispensable au développement de la famille et à la marche des sociétés, que si elle n’était pas la conséquence invincible' de la nature humaine et de l’état social, si elle n’existait pas en un mot, il faudrait l’inventer.
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Les adversaires de la propriété se partagent en sectes qui la nient d’une manière absolue, et en sectes qui, sans afficher la prétention de la détruire, veulent en transformer la nature ou en corriger les effets. Celles-ci ont proposé divers systèmes, tels que l’association des travailleurs, le droit au travail et la banque d’échange ; celles-là tmdent plus ou moins directement à la communauté des biens et par conséquent des familles, et ont joui seules, dans les temps de commotions politiques ou sociales, d’une sorte de popularité.
Cette popularité se conçoit. Le peuple n’a qu’un petit r ombre d’idées, et il lui faut des idées simples, il est logicien avant tout. Vous pouvez surprendre et abuser des esprits cultivés, mais peu assurés d’eux-mêmes, avec les rêveries de Saint-Simon ou de Fourier ; mais si vous dites aux masses que nul n’a le droit d’occuper le sol et que la propriété individuelle est une usurpation, elles ne s’arrêt iront pas à moitié chemin ; elles ne se contenteront pas (] 'abolir l’hérédité ou de rechercher les moyens de rendre lu travail attrayant, et elles iront droit à la conclusion Irgitime qu’entraîne la négation de la propriété, à savoir, la communauté des biens.
Dans la crise révolutionnaire que nous venons de tra- V irser, les ouvriers et les paysans, que les prédications du socialisme avaient égarés, ne suivaient ni le drapeau
(1) Tiré des Mélanges.
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de M. Considérant ni celui de M. Proudhon, ils étaient simplement communistes. Les disciples de Fourier n’ont trouvé personne qui consentît , après l’expérience de Condé-sur-Vègre, à leur apporter, pour la reconstruction du phalanstère, son capital et ses bras. Owen au contraire dans la Grande-Bretagne et M. Cahet en France ont recruté sans peine des hommes qui s’aventuraient même au delà des mers pour réaliser l’utopie antisociale, qui allaient mourir de misère à la Nouvelle-Harmonie ou dans la république iCarienne.
En dehors de ces tentatives récentes, il existe plusieurs agrégations d’hommes, dans lesquelles on a cherché à introduire, quoique imparfaitement et sous des formes diverses, la communauté des biens. Je ne parlerai pas des communautés religieuses, dans lesquelles on s’interdit également l’accumulation du capital et la reproduction de l’espèce. Celles-là évidemment sont des exceptions et des anomalies placées en dehors du monde, qui ne peuvent servir de type à aucun ordre social ; elles accomplissent, comme on l’a fait remarquer, le suicide chrétien. C’est une manière de mourir avant le temps ; ce n’est pas un mode de vivre. Il existe à la vérité en Russie des communes dans lesquelles chaque année on partage à nouveau les terres cultivables entre les habitants; mais ceux-ci disposent comme ils l’entendent de la récolte qu’ils ont semée, et chacun demeure propriétaire de sa maison, de ses bestiaux, ainsi que de son capital d’exploitation. C’est la tradition de la vie nomade se continuant dans la vie sédentaire. Encore ce système ne peut-il durer quelque temps, l’amélioration du sol étant sans intérêt pour le laboureur, et devenant par conséquent impossible, qu’à la condition d’une population stationnaire ou dont le surplus serait absorbé par l’émigration.
Tous les exemples de communisme dont l’histoire dépose n’ont abouti qu’à des essais incomplets, informes
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et éphémères. Tels qu’ils sont, ils prouvent, en face des sociétés fondées sur la propriété et qui celles-là prospèrent, qu’aucun ordre n’a pu s’établir sur la base contre m ture de la communauté des biens.
Au reste, un état social mixte ne se conçoit pas. Ou il fait que l’homme travaille pour lui-mêmeet acquière ainsi la propriété, ou il faut qu’il travaille pour la communauté qi i, recueillant les fruits de son travail, se chargera de pc urvoir à ses besoins. Dans ce dernier système, l’homme m peut mettre en réserve et individualiser ni ses intérêts ni ses affections. La communauté des biens conduit nécessairement à la communauté des femmes. « Ou tout CI propre, ou rien, dit avec raison M. Thiers; alors rien, ni le pain, ni la femme, ni les enfants; tout en commun, le travail et la jouissance. »
Le communisme détruit la personnalité humaine, la liberté, le travail et la famille.
Le communisme supprime la liberté. Pour éviter les miuvaises chances à l’homme, de peur qu’il ne rencontre la pauvreté en courant après la richesse, on l’oblige à tr ivailler pour la communauté qui lui distribue la nourri ure, les vêtements et un abri ; mais c’est à condition d’aumilier sa volonté devant la volonté commune, de faire abnégation de son jugement et de ses penchants, d(i suivre littéralement l’ordre qui lui est donné, d’être mathématicien quand il voudrait cultiver la poésie ou riiistoire, d’être tisserand ou forgeron quand il voudrait la jourer les champs; enfin de se laisser opprimer en tout icTips par une égalité grossière. On traite ainsi l’espèce iuimaine comme une ruche d’abeilles ou comme un rassemblement de castors. On oublie que l’homme suit m.turellement, non pas un instinct irrésistible et fatal, mais une loi morale à laquelle il conforme librement ses ados; que la liberté consiste à pouvoir se tromper et à pouvoir souffrir; que c’est là ce qui élève notre nature
au-dessus de celle des animaux; et que, pour supprimer la liberté individuelle, il faudrait pouvoir annuler la responsabilité.
Le communisme détruit le travail; car il décourage l’ouvrier en éloignant le but que l’ouvrier veut atteindre. L’homme qui exécute une tâche a besoin de croire, en y consacrant toutes ses facultés, qu’il obtiendra une rémunération proportionnée à ses efforts; il y mettrait la main bien mollement s’il pouvait craindre qu’un ouvrier moins habile ou moins laborieux reçût le même salaire. Or, l’égalité des salaires est la conséquence inévitable de la communauté. Ce n’est pas tout: dans la communauté, le mobile du travail manque. On ne compte ni son temps ni sa peine quand on s’efforce de produire pour soi ou pour sa famille. Mais en sera-t-il de même quand il faudra produire pour cet être de raison qu’on appelle la société? La plus simple connaissance du cœur humain enseigne que, si le législateur a raison de généraliser et d’élever la notion du devoir, il ne saurait trop individualiser celle des mobiles intéressés. Vous pouvez dire à un citoyen : « Va te faire tuer pour ton pays! » Vous serez mal reçu à lui dire : « Veille et prodigue tes forces pour enrichir la société. » Dans les sociétés où la propriété est admise et où le travail profite à celui qui s’y livre, c’est tout au plus si Ton parvient à procurer du pain à tout le monde ; mais une société communiste, endormant le zèle et glaçant les facultés de ses membres, ne tarderait pas à mourir de faim. Les tribus qui vivent à l’état sauvage, dans les savanes de l’Amérique ou dans les steppes de l’Asie, mettent à peu près toutes choses en commun ; aussi, quand la lamine vient les frapper, peu s’en faut que les races ne s’éteignent.
La famille n’est pas seulement un centre d’affections, embrassant la destinée de l’homme depuis le berceau jusqu’à la tombe, elle est aussi un groupe d’intérêts.
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