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78 LlîCTURES CHOISIES D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
Le communisme, en détruisant les inlérôls, tend à ébranler les affections qui s’y rattachent. Abolissez les limites de la propriété, et vous effacez, ou peu s’en faut, les lin ites de la famille. Dans le régime de la communauté, un mari qui aime sa femme, un père qui chérit ses enfai ts, ne pouvant absolument rien pour eux, est soumis à une torture de tous les instants. La communauté encourage, engendre même l’indifférence des parents pour les en antset des enfants pour les parents. Elle étouffe ou glace les sentiments, pour ne laisser de place qu’aux appétits.
y^es monstruosités du communisme s’ajustent les unes auî autres. C’est un édifice hideux à voir et inhospitalier pour l’homme, mais dont toutes les parties se rapportent du moins à un plan d’ensemble. C’est une société fantastique, si l’on veut, et placée dans les conditions de l’absurde, mais enfin une société nouvelle qui aspire à su iplanter la vieille société. Le socialisme, au contraire, daas les variations infinies qu’affecte l’esprit de secte, n’(!st qu’un communisme inconséquent. Il laisse subsister la société actuelle en cherchant à y introduire des éléments qu’elle repousse et des germes de mort. Les socialistes admettent la propriété, mais ils attaquent le capital, la concurrence et la liberté de disposer, les conditions, er un mot, en dehors desquelles la propriété n’a rien de di rable.
J’ai traité ailleurs la question du droit au travail, et je m3 bornerai à rappeler ici que M. Proudhon, en disant : « Donnez-moi le droit au travail, et je vous abandonne la propriété, »en a prononcé la condamnation la plus sévère.
Dans le système de l’association, qui a été consacré n(»n seulement par des réunions libres d’ouvriers, mais pf r des prêts d’argent faits par l’État, l’on se pi'oposait d( soustraire les ouvriers à ce que l’on appelait alors la tyrannie du capital, et le travail aux effets de la concurrence.
Une association de capitalistes se conçoit; car le capital est le levier à l’aide duquel, dans les régions de l’industrie et dans celles du crédit, on soulève les montagnes. Un concert d’intérêts entre des capitalistes et des entrepreneurs d’industries ou des directeurs du travail semble tout aussi naturel ; car il y a là des forces diverses qui viennent concourir au même but, et dont chacune ajoute à la puissance des autres. A la rigueur et dans des circonstances exceptionnelles, un effet utile peut résulter de la réunion- du capital et du talent avec le travail mécanique, suivant la formule de Saint-Simon. Mais agglomérer des ouvriers et les associer entre eux, c’est méconnaître la vraie matière de l’association qui suppose la
combinaison de forces diverses.
Les machines les plus ingénieuses et les plus puissantes ont besoin d’un moteur. Le travail humain a deux moteurs dont il ne saurait se passer, le capital et l intelligence. Il y a folie à prétendre que 1 on peut supprimer sans inconvénient, soit dans l’industrie, soit dans 1 agriculture, l’intervention des capitalistes et celle des entrepreneurs, des patrons. Les associations d ouvriers se donnent un gérant par l’élection ; mais l’élection est le plus mauvais de tous les moyens pour découvrir la capacité, et l’investiture que l’on reçoit de ses égaux ne confère ni les lumières ni l’expérience. En outre on ne conduit bien et l’on ne fait prospérer une entreprise qu’avec le stimulant et avec les inspirations de l’intérêt privé. Les associations d’ouvriers les mieux dirigées ont manqué visiblement de cet instinct commercial qui développe les affaires, qui en éclaire et qui en assure la marche. Une réunion d’ouvriers travaillant sans l’assistance des patrons, c’est le travail sans direction, une machine sans moteur, la révolte des bras contre la tête, et, pour tout dire, l’anarchie.
Toute industrie a besoin d’un capital ; car c’est le ca-
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gne, est resté indifférent devant les promesses du banquier de réchange, et n’a pas trouvé 200,000 francs à lui offrir : en attendant l’influence de la contrainte, la combinaison sous la forme spontanée et libre a complètement échoué. L’établissement est mort d’inanition, avant d’expirer sous le ridicule.
Examinons cependant le système, comme s il était encore à expérimenter. M. Proudhon prétend décréter le bon marché et supprimer le numéraire; à ce prix, tous les maux de riiumanilé seront guéris, et nous entrerons dans un âge de bonheur sans mélange, que j appellerais volontiers l’âge d’or, pâc une réminiscence classique, sans l’horreur de M. Proudhon pour 1 emploi des métaux
pi al qui fournit les outils, le fonds de roulement et les m àlières premières. Or les ouvriers n’ont que leurs bras à mettre en commun. 11 faut que le capital leur vienne de quelque paît; ils le demanderont certainement à rillat, s’ils ne le reçoivent pas librement des capitalistes. L’Etat cependant n’est riche que de la richesse commune. Le trésor public se forme du produit des contribi.tions acquittées par chaque citoyen. Le gouvernement n’a pas le droit de s’en servir pour commanditer certaines combinaisons, une classe de citoyens au détriment d(s autres. Au fond, l’Etat, prêtant ou donnant le capital à des ouvriers associés, deviendrait un véritable ei trepreneur d’industrie. Ce serait lui qui ferait concurrence aux capitalistes et aux patrons avec les fonds de tout le monde. Il n’y a qu’un pas d’un pareil régime au monopole, à la communauté; et ce pas serait bientôt fr mchi.
Il convient de remarquer encore que le système de Tfissociation entre ouvriers, qui a été imaginé dans l’intérêt des ouvriers des grandes industries, ne saurait convenir à ceux de l’agriculture qui occupe en France 2^: millions d’hommes. Ainsi l’État commettrait une inji stice, il ferait de plus une détestable spéculation, et il la ferait dans l’intérêt de quatre à cinq cent mille perse nnes, que les doctrines socialistes ont perverties et Constituées, d’une manière à peu près permanente, à l’état d hostilité contre l’ordre public.
Reste le système de la réciprocité, la Banque du peuyle : cei système n’est pas une innovation; il se compose de doux éléments déjà éprouvés, qui ont fait couler beaucoup de sang et de larmes, le maximum et les assignats. L auteur a voulu recommencer l’expérience sur nouveaux frais. Il a ouvert, dans un moment où la passion politique vouait à son aide, la souscription à la Banque du peuple» Mais ce peuple, qui verse des millions à la caisse d’épar-
de l'argent? Il s’agit de réduire, par une décision de la puissance législative, tous les revenus, tels que loyers de maisons, fermages de terres, intérêts de capitaux, salaiies de toute nature; puis cela fait, et par voie de compensation, l’on diminuera d’une quantité proportionnelle la valeur des choses. Le prix des consommations s affaiblissant en même temps et au même degré que les salaires, il y aura une sorte de réciprocité. Mais quel sera le résultat, et quel but veut-on atteindre? Évidemment cette combinaison doit avorter. Car il ne dépend ni du pouvoir qui représente la société, ni des individus qui la composent, de fixer arbitrairement le prix des choses. On peut rogner par un décret le traitement des fonctionnaires publics, et c’est une besogne dont la révolution de Février s est acquittée à la satisfaction, je pense, des niveleurs égalitaires. Mais on ne détermine à volonté ni la valeur des services ni celle des objets de consommation. Le ti avait et les matériaux du travail se payent plus ou moins cher sur le marché, selon qu’ils sont plus ou moins demandés. 11
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iiV a pas de décret qui permette d’éluder l’inflexible loi du rapport de l’offre à la demande. IMais en supposant l’impOiSible, que gagnerait-on au succès du système? Si les salaires sont réduits dans la proportion exacte de la rédu:tion opérée sur le prix des choses, on ne s’en trouvera ni bien ni mal, car il n’y aura rien de changé. Personne n’en sera ni plus riche ni plus pauvre. La somme des jouissa ices restera la môme ainsi que celle des besoins. Ce se 'a pour ainsi dire le mouvement sur place; on aura pr s une grande peine, on aura fait mouvoir tous les rojages de la machine sociale, pour accomplir une opéra don qui est un pur jeu de l’esprit.
Après le bon marché, vient l’échange. 11 s’agit de créer m e vaste banque qui ait pour gage la production entière di pays, comme la dette publique et comme l’impôt. Cttte banque sera ouverte à tout travailleur qui, sur sa demande, en recevra le papier dont il a besoin. Le papier de la banque ayant cours, comme le numéraire que l’on prétend remplacer, le travailleur pourra se procurer ainsi le» moyens de produire et de jouir. C’est le crédit universel, le crédit fait à tout le monde, à ceux qui ne produisent pas, aux incapables comme aux habiles, aux part sseux comme aux ouvriers diligents, et aux fripons comme aux gens honnêtes. C’est le crédit offert indistinctement aux premiers venus; car le système s’est intf rdit de refuser, et au premier refus, le papier d’échange aurait tous les inconvénients que l’on reproche au numén ire. Une banque, sur de tels principes, n’aurait ni le d ’oit ni le pouvoir de limiter ses émissions; elle succomb3rait bientôt à une dépréciation inévitable. M. Proudhon s’indignait comme d’une injure d’un rapprochement entre If banque d’échange et les assignats. Il avait tort; ce sont h s inventeurs des assignats qui auraient le droit de se p.aindre. Les assignats, en elfet, ayant une hypothèque s )éciale, offraient, jusque dans l’abîme de la dépréciation,
une valeur quelconque au porteur. Les bons d’échange, hypothéqués sur la foi publique, dans un gouvernement socialiste, au milieu du discrédit général et de la ruine
universelle, ne représenteraient plus rien.
En voilà bien assez, pour un travail qui doit être sommaire, sur les divers systèmes que l’on oppose à la propriété. Ces systèmes ont fait bien du mal. Quelques-uns, après avoir commencé par être des rêves, ont fini par être des crimes. Au lieu de remuer des idées, de prétendus réformateurs ont secoué sur le monde la torche qui allume les appétits et qui échauffe les passions. On a troublé ainsi, pour longtemps peut-être, les esprits en Europe , mais on n’a pas ébranlé, quoi qu’on ait dit et quoi qu on ait entrepris, au milieu de la tourmente sociale, les fondements inébranlables de la propriété. Les socialistes de nos jours ne feront pas ce que les Jacques au moyen âge et les Anabaptistes au seizième siècle n’ont pas pu faire. Comme toutes les institutions qui servent de base a l’ordre social, la propriété est en progrès. Elle marche, elle s’étend, et elle comble chaque jour de ses bientai s ceux-là mêmes qui la maudissent. 11 n’y a de moralité et de richesse que là où la propriété se trouve solidement assise et fortement garantie : c’est, les yeux fixés sur le passé de la propriété, que l’économie politique en proclame le principe et en défend l’avenir.
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