‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 30 sur 69 · TT · texte numérisé non relu

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des économistes modernes, au premier rang desquels brille Turgot, ont réussi à introduire dans la pratique des nations les règles sur lesquelles repose la fixité des espèces métalliques.

Ces règles sont consacrées par nos lois, qui ont relié le système monétaire au principe immuable du système métrique. Le rapprochement auquel l’Exposition universelle a donné le signal devra amener une entente commune pour l’adoption d’un type uniforme des poids et mesures.

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et d’une échelle précise pour la correspondance établie entre les monnaies des divers États.

Mac-Culloch assigne à cet écrit la date de 1610 à 1635 ; il dit, dans la préface de cette publication :

«Itis thecarliest work in the english languagc, that give a general view of the origin of money, the materials of which it lias been formed, its uses, and the abuses to which it lias been subjected, »

Dans son Traité do 1626, Cotton s’attache à combattre l'erreur, commune alors, qui attribuait la valeur de la monnaie à la volonté du prince : « Heresy that the value of coins was to a considérable extent dépendent on the stamp by which they were impressed. » La substance de la monnaie en détermine la valeur intrinsèque ; elle doit être une marchandise reconnue et certifiée, pour remplir la fonction monétaire. (L. W.)

ROLE ET UTILITÉ DU CRÉDIT (1)

(Charles Coquel^n).

Charles Coquelin, né à Dunkerque le 27 novembre 1803, mort en 18S2, un des principaux écrivains du Dictionnaire de l économie politique, a publié un livre remarquable sur le Crédit e'ies Banques* II y soutient la thèse de laliberté des banques.

1 est regrettable que cet économiste de grand mérite ait été enlevé par la mort au moment où commençait une réputation çui n’aurait fait que s’accroître et dans le plein développenent de ses facultés. Outre sa valeur spéciale comme savant, Charles Coquelin exposait avec beaucoup de force, d’abondance ingénieuse et de méthode, les enseignements de la snenceet ses propres idées. Il a publié dans la Revue des Deux-Mondes, Journal des Économistes, etc., des articles nom- Ireux, notamment en faveur de la liberté du commerce, et i. montre dans ses études la connaissance, non seulement des tnéories, mais celle des faits qu’il avait étudiés d’une manière très attentive.

Quoique bien peu de gens comprennent les effets magiques du crédit et sachent mesurer toute l’étendue de sa jiuissance, il n’est personne qui ne connaisse l’emploi de <;e mot et le sens ordinaire qu’on y attache. Dans l’ac- ( eption la plus générale, le crédit, c’est la confiance, ( n tant qu’elle s’applique aux relations commerciales, li’acte par où cette confiance se manifeste le plus ordinairement, c’est le prêt, c’est-à-dire l’avance d’un capital faite par celui qui le possède à celui qui le demande, moyennant l’obligation contractée par ce dernier de le

(1) Tiré de : le Crédit et les Banques, chap. ii.

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rembourser plus tard. On dit que le crédit règne dans un pays, quand les prêts s’y font abondants et faciles, quand les détenteurs des capitaux les livrent fréquemment et sans beaucoup de peine, dans la confiance d’un remboursement futur. On dit de même d’un particulier qu’il a du crédit quand il trouve facilement des prêteurs.

Mais il ne faut pas croire, comme cela n’arrive que trop souvent, que le plus grand effet du crédit soit de faire passer l’argent, ou même, pour parler d’une manière plus générale, les capitaux, des mains des capitalistes proprement dits dans celles des travailleurs. A voir la manière dont on raisonne ordinairement sur ce sujet, il semblerait que ce fût là son unique but, ou la seule application dont il fût susceptible. C’est, au contraire, la plus rare et la moins digne d’être observée. Dans tout pays, le plus grand nombre des actes de crédit se consomment dans le cercle même des relations industrielles, c’est-à-dire de travailleur à travailleur, de commerçant à commerçant. Le producteur de la matière première en fait l’avance au fabricant qui doit la mettre en œuvre, en acceptant de lui une obligation payable à terme. Ce dernier, après avoir exécuté le travail qui le concerne, avance à son tour et aux mêmes conditions cette matière déjà préparée à quelque autre fabricant, qui doit lui faire subir une préparation nouvelle, et le crédit s’étend ainsi de proche en proche, d’un producteur à l’autre, jusqu’au consommateur. Le marchand en gros fait des avances de marchandises au marchand en détail, après en avoir reçu lui- même du fabricant ou du commissionnaire. Chacun emprunte d’une main et prête de l’autre, quelquefois de l’argent, mais bien plus souvent encore des produits. Ainsi se fait, dans les relations industrielles, un échange continuel d’avances qui se combinent et s’entre-croisent dans tous les sens. C’est surtout dans la multiplication et

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l’accroissement de ces avances mutuelles que consiste le développement du crédit, et c’est là qu’est le véritable siège de sa puissance....

Le crédit, dit-on, ne crée pas les capitaux et ne peut rien ajouter à la richesse effective d’une nation (1). C’est ce que nous verrons bientôt. En attendant, peut-on nier que, dans le système qu’on vient de voir, le capital productif de chaque industriel ne soit finalement accru ? et s’il en est ainsi pour chacun en particulier, comment n’en serait-il pas de même pour l’ensemble ? Il faut remarquer, d’ailleurs, que tout ceci n est pas une hypothèse; c’est un fait qui se passe au grand jour, et dont chacun peut vérifier autour de soi l’exactitude. Ce système d’avances mutuelles entre producteurs se pratique journellement, couramment, avec plus ou moins d’extension, dans tout pays commerçant, et ses effets sont trop clairs, trop frappants, pour qu’on les mette en doute. C’est grâce à ce système que chaque négociant peut, selon l’étendue du crédit dont il jouit ou les habitudes du pays qu’il habite, doubler, tripler, quelquefois décupler la masse de ses affaires, c’est-à-dire opérer sur des valeurs deux, trois, quatre, dix fois plus fortes que sa fortune réelle, sans qu’aucun d’eux souffre des crédits accordés à ses voisins. (Ju’on nie tant que l’on voudra, en thèse générale, la possibilité d’un accroissement de valeurs par l’effet du crédit, ces faits-là subsistent. Si l’économie politique, telle qu’on l’a faite, n’explique pas le phénomène, tant pis pour elle ; mais il ne faut pas, en s’autorisant d’une théorie

suspecte, nier des faits évidents.

Tel est donc l’effet direct nécessaire du crédit, considéré dans les relations commerciales, qu’il augmente la somme des valeurs sur lesquelles chaque industriel opère et, partant, la puissance productive de tous

(1) Cela est et reste vrai en ce sens que le crédit suppose toujours un capital préexistant. (H. B.)

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« Le crédit, dit J. -B. Say, ne crée pas les capitaux, c’est-à-dire que, si la personne qui emprunte pour employer productivement la valeur empruntée acquiert par là l’usage d’un capital, d’un autre côté, la personne qui prête se prive de l’usage de ce même capital. » D’où J. -B. Say conclut, avec une apparence de raison, que l’exercice du crédit n’opère qu’un déplacement de capital et ne procure au fond que de médiocres avantages. C’est ce qu’il faut voir.

Rien qu’à lire ce qui précède, on voit d’abord que J. -B. Say n’a considéré, dans le grand phénomène du crédit, que le seul cas du prêt fait à un industriel par un capitaliste. Il a suivi en cela l’erreur commune, qui semble tout rapporter à ce seul fait. On vient de voir que c’est là le cas le moins général, le moins intéressant et le moins digne d’être observé. Dans l’hypothèse où il se place, il est très vrai que le capitaliste qui prête se prive de l’usage du capital prêté. Il aurait pu l'employer luimême à former un établissement, à faire des expéditions lointaines, à spéculer sur les marchandises, à escompter; il renonce à cet usage du capilal pour en faire jouir l’emprunteur. Il n’y a donc pas alors accroissement, mais seulement déplacement de capital; ce qui est gagné d’un côté est évidemment perdu de l’autre, et tout ce qu’on peut dire, avec J. -B. Say, en faveur de ce déplacement, c’est que l’industriel qui reçoit le capital en prêt saura probablement le faire valoir un peu mieux que ne l’a fait son possesseur. Mais tout change quand on considère le crédit là où est son véritable siège, dans les avances mutuelles des producteurs. Ce qu’un producteur avance à un autre, ce ne sont pas des capitaux; ce sont des produits, des marchandises. Ces produits, ces marchandises, pourront devenir et deviendront sans doute, entre les mains de l’emprunteur, des capitaux agissants, en d’autres termes, des instruments de travail ; mais ils ne sont

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actuellement, entre les mains de leur possesseur, que des produits à vendre, et partant inactifs. De là une différence

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admet, comme nous le faisons toujours, que le vendeur, tout en livrant ses marchandises à crédit, a néanmoins

sensible d’un cas à l’autre, différence telle qu’elle renverse toutes les données du problème.

Si l’on veut se rendre compte des effets magiques du crédit, il faut toujours distinguer avec soin, dans les objets qui constituent la richesse d’un peuple, ce qui est produit ou marchandise de ce qui est agent de travail ou capital productif. Tous ces objets, on les confond souvent sous la dénomination commune de capitaux. On a raison quand on ne veut que dresser le bilan d’un peuple, car toute marchandise est capital, tout capital est marchandise, et tout cela fait indistinctement partie des fortunes particulières et de la richesse publique; mais quand on considère la puissance productive, c’est autre chose. Tant qu’un objet reste entre les mains de celui qui l’a produit, il n’est que marchandise; capital si l’on veut, mais capital inactif, inerte. Loin que l’industriel qui le détient en tire aucun avantage, c’est pour lui un fardeau, une cause incessante d’embarras, de faux frais et de pertes : frais de magasinage, d’entretien et de garde, intérêts des fonds et le reste, sans compter le déchet ou le coulage que presque toutes les marchandises subissent quand elles sont longtemps dans l’inaction. Que ces objets sortent donc de ses magasins par une vente à crédit, pourra-t-on dire qu’il se prive de leur usage ? Non, puisqu’ils ne lui étaient plus utiles que pour la vente. Loin de là, il n’aura fait que se débarrasser d’un inutile fardeau. Et cependant, si l’on suppose que ces produits passent de ses magasins, où ils dormaient, dans ceux d’un autre industriel qui pourra les appliquer au genre de travail qui lui est propre, de marchandise inerte qu’ils étaient, ils deviendront pour ce dernier un capital actif. Il y aura donc ici un accroissement de capital productif d’un côté, sans aucune diminution de l’autre. Bien plus, si l’on

reçu en échange des billets qu’il lui est loisible de négocier sur-le-champ, n’est-il pas clair qu’il se procure par cela même le moyen de renouveler à son tour ses matières premières et ses instruments de travail pour se remettre à l’œuvre ? Il y a donc ici double accroissement de capital productif ; en d’autres termes, puissance acquise des deux côtés, et ce n est pas le vendeur ou prêteur qui a gagné le moins à cette opération.

Il semble pourtant qu’il y ait quelque chose de paradoxal à prétendre que, par le seul effet du crédit, chacun se trouve ou plus riche ou mieux pourvu qu’auparavant (1), car, enfin, ces valeurs en plus, que nous mettons si libéralement aux mains de tous, d’où sortent-elles? Est-ce le crédit qui les a produites ? Le crédit, être moral, peut-il rien créer, rien enfanter? Et, s’il n’a rien créé, peut-il faire autre chose que de déplacer les capitaux ? En quel sens lui appartiendrait-il d’augmenter en quoi que ce fût les ressources particulières ou la fortune publique ? Voilà l’objection dans toute sa force. Par ce qu’on vient de voir, elle est déjà presque résolue.

Non, sans doute, vulgairement parlant, le crédit ne produit rien ; mais, sans ajouter par lui-même aucune valeur nouvelle à la masse des valeurs qu’un pays possède, n’augmente-t-il pas tout au moins son capital productif, s il rend seulement à des emplois féconds toutes celles des valeurs qui dorment inactives ? Considérez la situation d’un pays tel, par exemple, que la France. Parcourez les ateliers, les magasins, vous trouverez partout des masses considérables de marchandises invendues.

(l) En effet, I auteur, qui veut surtout montrer la fécondité du crédit, n insiste pas assez sur ce que le crédit, au fond, n’est si fécond que par le passage d’un capital des mains qui n’emploient pas le capital

Nul doute qu’en tout temps leur importance ne surpasse de beaucoup celle du numéraire qui peut exister dans le pays. Elles sont à charge à leurs possesseurs, qui s’agitent en tous sens pour les vendre. Toutes ces marchandises pourtant, excepté celles qui sont destinées à la consommation définitive, pourraient être fructueusement employées par d’autres industriels, pour qui elles deviendraient, à leur grande satisfaction et à l’avantage du pays, ou des matières premières ou des instruments de travail. Au lieu de cela, elles chôment en attendant les acheteurs. Sans doute elles s’écouleront un jour, mais lentement, à la longue, et jusque-là quelle perte de temps et de travail ! Supposez que, par l’effet d’une baguette magique, tous cesproduits trouvent à l’instant leurs preneurs; que, d’une part, les magasins encombrés se vident; que, de l’autre, tous ceux qui sont capables d’utiliser les produits existants soient pourvus; qu’en un mot, toute la masse des marchandises à vendre passe rapidement, sans lenteurs et sans obstacles, de l’état de produit inerte à celui de capital actif, quelle activité nouvelle dans le pays ! quelle exaltation soudaine de la puissance productive ! et bientôt quel accroissement de la richesse I La baguette magique, c est le crédit, et cette transformation rapide est précisément le bienfait qu’il réalise.

Les bienfaits du crédit procèdent, en effet, de ce seul fait, qu’il active le service des capitaux (1). Il les ramène sans cesse vers des emplois féconds; il abrège le temps de leur inertie, de leur sommeil, et multiplie en quelque sorte leur puissance reproductive. C’est ce qu’on exprime ordinairement parce mot énergique, activité de la circulation^ mot bien connu, quoique rarement compris dans sa portée. Tout cela, réduit à sa plus simple expression, revient donc à dire que le crédit amène une circulation

(1) C’est là en effet tout le mystère. L’auteur a un peu trop l’air de combattre les économistes qui ne disent que cela au fond. (H. B.)

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plus générale et plus active. Mais que de choses dans ces seuls mots! Pour l’homme qui sait voir, tout est là : puissance productive, travail, richesse, bien-être de tous et de chacun.

C’est à l’aide de ce mot activité de la circulation qu’on peut expliquer ce phénomène, autrement inexplicable, de négociants et industriels faisant tous, à l’aide du crédit, dix fois plus d’affaires qu’ils n’en feraient privés de ce secours. Ils font dix fois plus d’affaires ; est-ce à dire que les valeurs existant entre leurs mains soient, dans un moment donné, dix fois plus considérables qu’elles ne le seraient sans le crédit? Assurément non; cela veut dire seulement que, dans un intervalle de temps donné, le négociant ou le producteur a dix fois, au lieu d’une, renouvelé ses matières ou ses produits; qu’au lieu de laisser ses capitaux stérilement enfouis dans une masse incommode de marchandises à vendre, il a profité de leur prompt écoulement pour décupler sa production; qu’enfin, grâce aux facilités qu’il accorde aux autres et à celles dont il use lui-même, ou il a augmenté dix fois le nombre de ses instruments de travail, ou il a fait rendre à chacun d’eux, par un emploi plus actif, des fruits dix fois plus abondants. Voilà tout le mystère, aussi simple dans ses termes que fécond dans ses résultats.

On peut cependant se demander encore par quelle mystérieuse influence le crédit opère tous ces miracles, et s’il ne serait pas possible d’obtenir les mêmes résultats par le seul emploi du numéraire. Peut-être ce que je viens de dire ne suffira-t-il pas pour lever à cet égard tous, les scrupules. Si l’on voulait s’en rapporter au seul témoignage de ses yeux, il n’en faudrait pas davantage. On verrait clairement, en effet, que dans leurs opérations journalières, par les ventes qu’ils se font réciproquement à crédit, et par l’échange de leurs obligations, les industriels augmentent en réalité la masse de leurs affaires et,

par conséquent, la puissance productive de chacun d’eux. Et que faut-il de plus que ce fait évident? Mais il y a des préjugés obstinés qui résistent même à ce témoignage des yeux. Pour achever de les dissiper, il faudra pénétrer plus avant dans le sujet, ou le prendre de plus haut. Il faudra mettre à nu, pour ainsi dire, tout le mécanisme industriel ; montrer comment la circulation des produits, quand elle roule sur le seul emploi du numéraire, est toujours lente, embarrassée, pénible, et pourquoi le crédit seul peut la débarrasser de ses entraves.

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