‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 4 sur 69 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

livres d’où nous les avons tirées. C’est ce qui achève de leur donner le caractère éminemment usuel et populaire que nous venons d’indiquer. La plupart réunissent enfin un autre mérite, le caractère moral. Un vrai trésor de morale est offert en effet dans ces enseignements sur le travail, l’économie, l’épargne, les consommations. Il y a là tout un code de pré' ceptes et de lois pour une démocratie laborieuse. Cette sorte de « manuel civique » , par le côté spécial et de première importance qu’il embrasse, a bien aussi son prix aujourd’hui.

J’ai écarté les vivants de ce choix d’auteurs célèbres pour éviter les omissions ou les citations trop complaisantes. Quand ils auront disparu, ceux qui se chargeront de grossir ce volume verront s’il y a lieu de tirer quelque extrait de leurs livres. Jusque-là nous récusons l’œuvre trop délicate de passer le ciseau dans l’œuvre de nos contemporains, rien n étant plus périlleux au point de vue des amours^ propres. On risquerait de ne satisfaire personne, les exclus se plaignant d’un oubli qui leur semblerait injurieux, les élus trouvant qu’on aurait pu faire un choix meilleur ou plus complet dans leur œuvre qu’on aurait mutilée. Mais nous avons cité souvent des morts d’hier, morts, non pas tous peut-être immortels devant la postérité, mais en possession d’une véritable notoriété, et qui ont élucidé tel ou tel point d’une manière particulièrement heureuse ou utile. A défaut d’une galerie exclusivement composée de grands hommes, de génies supérieurs, j’offre une collection de bonnes pages où l’expérience, le savoir, la raison et très souvent le talent ont mis fortement leur empreinte. Chacun de leurs auteurs, ceux du dix-huitième

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^ siècle, et ceux de notre temps qu’hier encore nous voyions mêlés dans nos rangs ou marchant à notre tête pour nous guider, chacun, dis-je, de ces écrivains, inégaux par les titres et divers par les mérites, est ici l’objet d’une courte notice. Les lecteurs sauront ainsi à qui rapporter ces pages détachées et de quel ensemble d’idées elles dépendent. Quelques lignes de biographie, un jugement bref et motivé sur le caractère de l’œuvre accomplie, suffisent à apprendre aux uns, à rappeler aux autres, ce qu’il est necessaire de savoir. Qu’on n’accuse pas ces notices d’une excessive bienveillance, d’une trop grande libéralité d’éloges. Bienveillantes, elles le sont certainement. Nous avons connu personnellement plusieurs, la plupart même de ceux qui furent nos contemporains; nous avons pu apprécier de près leurs efforts pour faire avancer la science économique ou pour la répandre, et pour en assurer les utiles applications. Quant à la louange, elle est toujours contenue loin du ton outré qui prévaut aujourd’hui dans la critique, à moins qu’il n’y soit remplacé par le dénigrement. Après cela peut-être trouvera-t-on, au milieu de tant d’idées fausses qui courent, que c’est un éloge presque sans pareil de présenter toute une série d’hommes ayant écrit sur les choses sociales comme autant d’esprits sages qui ont su exprimer d’une façon scientifique et saisissante, et non sans courage, des vérités souvent méconnues et peu goûtées. Cet éloge si simple ne serait-il pas en effet le comble de l’éloge? En ce cas nous n’y serions pour rien. Si en effet cette

1 sagesse tirait une partie de son haut prix de ce qu’elle est devenue assez rare aujourd’hui, il ne faudrait voir là qu’une confirmation d’une des lois de l’éco-

PRÉFACE

nomie politique qui donne aux choses une \aleur relative, indépendamment de leur valeur absolue.

Que si l’économie politique n’a produit que cinq ou six noms tout à fait grands dans l’ordre scientifique, on doit considérer en effet qu’elle n’est pas très ancienne comme corps de science, et peut-être le champ de ses études n’offre-t-il pas une carrière indéfinie de découvertes. Ce n’est point ici comme en physique ou en chimie. Le monde économique, ainsi qu’il est établi dans plusieurs morceaux de ce volume, présente, sous des combinaisons extrêmement variées, qui diffèrent selon les pays et que le temps enfante successivement, un mécanisme naturel dont l’étude n’est peut-être pas inépuisable, quoiqu’il n’y ait pas très longtemps qu’on ait tenté d’en faire l’objet d’une observation méthodique et complète. C’est ce qui expliquera aux lecteurs de ce recueil que les noms cités ne remontent pas au delà du dix-huitième siècle. Il importe, en effet, que ceux qui ne sont pas tout à fait au courant du développement historique de l’économie politique le sachent bien : l’économie politique, comme formant une classe de faits spéciaux, objet de lois et de règlements, est sans doute fort ancienne, elle a même existé toujours depuis qu’il y a des sociétés et des législateurs; mais l’économie politique, comme corps de science régulière^ portant sur l’étude de la richesse envisagée comme un objet spécial, ayant ses principes et ses lois, est au contraire une science moderne. Elle a été entrevue dans l’antiquité par le génie d’un Aristote, mais non menée à fin, comme une œuvre d’ensemble. Pour la première fois dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, la méthode analytique s’est attachée aux phénomènes

compliqués de production, de la circulation, de la distribution et de la consommation des produits. On

!ne doit pas perdre un seul instant de vue la distinction que nous venons de faire. Elle est fondamentale. Elle seule peut nous éclairer sur ce qu’est l’économie politique et sur ce qu’on doit entendre par un économiste. On se fait souvent là-dessus des idées si bizarres! Tel tire de son imagination une combinaison de crédit qui commence tout justement par méconnaître les principes les plus essentiels du crédit, économiste ! Tel organise le travail sur un plan chimérique, économiste ! Tel autre, moins utopiste et même très sensé et très zélé philanthrope, découvre un moyen de réduire le piix des consommations comestibles pour les ouvriers associés, de rendre moins coûteuse la distribution des secours donnés aux pauvres, économiste aussi celui-là, puisqu’il réalise des économies! L’erreur est grande pourtant. L’auteur d’un système social qui s’élève contre des faits d’expérience, contre des vérités inéluctables, n’est pas un économiste. Celui qui trouve un expédient heureux n’a pas droit non plus à cette qualification d un ordre tout scientifique. La découverte des lois du corps social et du corps humain ne se confond

pas avec la satisfaction de leurs besoins. La science, l’art,

1 empirisme ne sauraient être pris l’un pour l’autre.

.Cela dit, je souhaite bonne fortune à ce petit volume , je le puis sans amour-propre d’auteur, puisque je n y suis pour rien. Puissent les jeunes gens qui le liront y trouver une initiation facile à des vérités qu’il n’est pas plus permis d’ignorer que de mé- ; connaître, et s’épargner par là bien des écoles fu- , nestes pour la société et pour eux-mêmes ! Puissent aussi les hommes d’un âge plus mûr se confirmer par

préface.

la force des démonstrations dans ces sages principes, condition à la fois de Tordre et du progrès économique et social, et de toute pacification dans les esprits divisés par des erreurs dangereuses et de cruels ma I lentendus ! Notre société a un tel besoin d idces ] vraies, qui rapprochent les âmes comme elles concilient les intérêts! La bonne, raisonnable, heureuse démocratie est à ce prix. Hors de là, rien que troubles stériles, souffrances certaines. Puissent enfin tous en fermant ce recueil où ce qu’il y a de plus clair et de plus décisif en matière economique est condense, quoique d’une manière incomplète, arriver à se dire ;

« Quoi! l’économie politique, n’est-ce que cela? Lnc science, dites-vous, mais tout au plus, c est le bon sens, c'est la sagesse, c’est l’expérience ! On entrevoit sans doute quelques théories fortes ou raifinees ; mais les vérités fondamentales ressortent d’une observation que tout le monde est apte à confirmer. Nous nous disions déjà tout cela au fond ; mais nous aimons qu’on nous le dise. » C’est ainsi que devant certaines œuvres littéraires très simples, mais accomiffies, chacun se dit avec une inexpérience naïve qu il en aurait bien fait autant. Le vœu que nous énonçons pour l’économie politique de se confondre avec le bon sens paraît être modeste, on voit qu’il ne 1 est pas tout à tait autant qu’il en a l’air; mais c’est celui que nous formons dans l’intérêt d’une science qui s adresse

à tous et do notre cher pays.

Hexri B.AUDRILLART.

D’ÉCONOMIE POLITIQÜE

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