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202 LECTURES CHOISIES D’ÉCONOiMIE POLITIQUE.
régions de l’Ouest et du Centre ont gardé leurs anciennes dimensions : de même, les moyennes fermes de la Flandre française, et d’une partie des contrées du Nord et de l’Est, n’ont que sur peu de points perdu en étendue • de même encore les grandes fermes qui approvisionnent 1 ans de céréales ne sont pas tombées pour faire place à de plus nombreux et moins vastes centres de production,
Gen estpas, pourtant, quebeaucoup decesfermesn’aient
ete vendues en détail. Dans la Beauce, les morcellements ont été nombreux; ils ne l’ont pas été moins dans les plaines de la Normandie, où de tout temps avaient existé des lots de terre détachés ; mais là rien, dans les mutations qui se sont accomplies, n’a porté atteinte au régime établi. La culture est restée dans ses cadres ou les a agrandis. Les fermiers ont loué les terres provenant des fermes démembrées ; ils les ont annexées à des faire-valoir dont l’extension leur étdt profitable, et il en est qui ont rnainlenant à compter avec plusieurs propriétaires.
Il n est pas douteux cependant que les moyennes et les petites cultures soient celles qui ont conquis et continuent a conquérir le plus de terrain. Est-ce à la division des héritages, au morcellement des terres, qu’il faut l’attribuer ? 11 est, nous le croyons, un cas spécial, celui dans lequel le sol appartient aux hommes mêmes qui le cultivent, où il a pu en être ainsi; dans tous les autres, le changement est venu de causes purement agricoles de causes dont l’activité eût été la môme sous tous les régimes qui n’eussent pas comprimé trop violemment l’essor de l’ordre social.
Depuis trente ans surtout (I), la France a réalisé des progrès d’une admirable rapidité. Sur tous les points de son territoire la population s’est accrue ; les villes ont grandi, et partout se sont répandus l’activité et le bien-
(I) Il faut dire aujourd’hui soixante. (H. B.)
t INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE CULTURE. 203
^ être. Qu’en est-il résulté ? C’est que de nouveaux besoins,
Ien sollicitant les efforts du travail agricole, sont venus en modifier la direction et les formes. Ce ne sont pas seulement les racines et les plantes légumineuses ou potagères qu’il a fallu multiplier, afin de satisfaire aux exigences croissantes de la consommation ; les produits destinés aux usages industriels ont rencontré des demandes plus nombreuses et plus soutenues.
C’est là ce qui a tant accru la sphère de la petite culture. Plus les plantes sarclées, plus les végétaux dont la délicatesse et le prix élevé imposent beaucoup de soins et de main-d’œuvre ont pris place à côté des anciennes productions, plus la petite culture a reçu d’encouragements, plus elle a enrichi ceux qui en subsistaient, et il est vrai de dire qu’elle a marché du même pas que l’aisance et les créations des arts manufacturiers.
J \ Une autre cause n’a pas peu contribué à l’étendre. C’est elle qui s’est emparée de la majeure partie des terres maigres et arides qui demeuraient à peu près incultes dans les siècles passés. La grande culture ne pouvait lui j disputer avec avantage des fonds dont l’exploitation labo- I rieuse exigeait l’accumulation de nombreux travaux sur les mêmes points. Ces sortes de fonds lui sont restés, parce que seule elle avait le pouvoir d’en tirer des produits assez chers pour en solder la mise en rapport, et de I là encore l’agrandissement progressif de son domaine.
) Yenons maintenant au seul genre de culture que puis- I sent atteindre dans ses formes quelques-uns des résultats I de la liberté complète des aliénations et des partages. > Nous voulons parler des cultures exercées par les propriétaires eux-mêmes. Déjà des plaintes fréquentes se sont élevées à cet égard : on a cité des exemples de champs trop morcelés pour admettre des soins féconds, de cultivateurs s’obstinant à confiner leurs labeurs sur des pièces trop éparses, sur des patrimoines trop réduits, et se laissant
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saisir par l’indigence. C’est là un mal qui, en effet, s’est produit sur quelques points; mais le mal est-il bien redoutable? Nous ne le pensons pas, car il tient à des causes évidemment passagères ; et d’ailleurs, quand il dure et s’aggrave, vient un moment où il cesse de lui-même (1).
Les classes rurales, peut-être parce qu’elles ne leur sont devenues accessibles que récemment, ambitionnent avec une ardeur parfois excessive les jouissances de la propriété territoriale. Posséder des terres, c’est pour elles une satisfaction dont la vivacité ne leur permet pas toujours de calculer sagement ce qu’elle coûte. Ce n’est pas seulement comme au gage, à la source de leur fortune, comme aux lieux que fécondent leurs propres labeurs, que des paysans propriétaires s’attachent aux champs qu’ils possèdent ; c’est aussi comme à un titre à la considération de leurs égaux, et rien ne leur est plus pénible que d’en abandonner la moindre portion. Moins ils sont éclairés, plus ce sentiment a d’empire, et rarement des enfants qui ont aidé leur père dans ses travaux, qui ont concouru aux améliorations qu’il a réalisées, se décident à vendre l’héritage qui leur advient. Chacun d’eux veut en avoir sa part, et de là des fractionnements qui séparent et divisent les diverses portions des exploitations. D’un autre côté, parmi ceux dont les possessions ne suffisent pas à l’emploi de toutes les journées, il en est qui croiraient déchoir en travaillant au compte d’autrui ; il y a du temps et des forces perdus ; il y a des éléments de bien-être délaissés, et conséquemment des souffrances qui devraient ne pas exister. Ces inconvénients assurément ont leur gravité, et il serait à souhaiter qu’ils ne se produisissent pas; mais quoi qu’on en ait dit, s’ils sont assez communs, ils ne sauraient être de longue
(1) L auteur ne nous paraît pas tenir assez compte ici encore des dil licultés que nos lois et les exigences fiscales opposent à ceux qui veu lent remédier à ces excès de morcellement. (H. B.)