‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 42 sur 69 · INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE CULTURE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE CULTURE

durée, et l'amour de la propriété, dont l’excès peut parfois les propager, ne saurait perpétuer des formes de production dont l’imperfection croissante ne permettrait pas aux cultivateurs propriétaires de soutenir la concurrence des autres producteurs.

‘ Il est en France un certain nombre de communes où , la terre a passé presque tout entière aux mains des la-

f boureurs. Eh bien î avec la propriété ne se sont pas

V éteintes, chez le paysan, les qualités industrielles qui l’en ont rendu maître ; l’intelligence de ses intérêts n’a pas disparu parce qu’il a des champs à lui : loin de là, il n’en a déployé que plus d’énergie et d’activité ; et s’il est vrai que le morcellement de ses biens soit une gêne, et qu’il aurait à gagner souvent à leur concentration sur un même point du territoire, du moins est-il certain que l’inconvénient est amplement compensé par l’ardeur et I l’habileté des soins qu’il leur prodigue (1).

Supposez qu’il n'en soit pas ainsi ; supposez que la mauvaise répartition ou l’exiguïté des possessions de chacun vienne à réduire, à affaiblir la quantité et la valeur des récoltes : ce qui arriverait est fort simple. La population s’appauvrirait graduellement, et des biens dont elle n’aurait pas pu se servir assez habilement finiraient

par lui échapper.

Un tel résultat serait inévitable.

(1) Au nombre des causes qui empêchent beaucoup de petits cultivateurs d’opérer, soit par voie d’échange, soit par tout autre moyen, la réunion des morceaux de terre qu’ils possèdent et cultivent, il en est une fort simple et dont on n’apprécie pas suffisamment la juste k influence. Les petits cultivateurs demandent au sol des produits fort divers, afin d’avoir de l’occupation dans toutes les saisons propres au travail ; or, il est bien peu de communes, si peu étendues qu’elles soient, dont le sol n’ait des parties plus favorables à tel genre de production qu’à tel autre, et de là l’avantage attaché à la séparation des lots dont se compose le faire-valoir de chacun. Tous veulent avoir c leur quartier de vigne, leur quartier de pré, leur terrain à céréales,

f leur terrain à légumes, et ne peuvent les avoir contigus ou renfermés

' dans la môme pièce. (Note H. Passy.)

f Baudiullart. 12

cm

Vainement des propriétaires cultivateurs voudraient-ils conserver des champs trop disséminés ou trop amoindris pour rétnbuer suffisamment leur labeur; vainement redoubleraient-ils d’assiduité, d’elforts et de patience ; ils succomberaient à la longue, comme succombent tous les industriels dont les usines ou les procédés de fabrication ne peuvent plus soutenir la concurrence ; et leurs terres écrasées de charges auxquelles il leur deviendrait impossible de faire face, iraient à de nouveau.x maîtres qui ne manqueraient pas d’en changer et d’en améliorer l’usage.

On voit parfois des populations en possession des champs qu’elles cultivent courbées sous le poids d’une détresse contre laquelle tous leurs efforts demeurent impuissants. On en accuse l’excès du morcellement territorial, comme si, dans la presque totalité des cas, le mal ne venait pas principalement de la fragilité même’du genre d’industrie que la plupart de ces populations exercent. Ce qui leur a donné à la fois la petite propriété et la petite culture, c’est la nature des travaux dont elles s occupent. Elles ne travaillent que peu pour la grosse consommation ; les denrées qu’elles s’attachent à obtenir sont surtout celles qui, appelant beaucoup de main-d’œuvre sur peu de terrain, se vendent le plus cher, mais qui par cela même, ont les débouchés les moins assurés ei sont le plus sujettes aux accidents. Une gelée qui détruit les arbres à fruit, une concurrence inattendue qui vient faire baisser les prix, un changement dans les demandes en voilà assez pour frapper de ruine des hommes dont toute la fortune consiste en quelques pièces de terre dont le produit a perdu une partie de sa valeur. Des fermiers s en vont quand leurs capitaux cessent de rapporter les profits accoutumés ; des propriétaires n’en peuvent faire autant. Cloués au sol qui leur appartient, ils persistent à lui demander leur subsistance ; leurs ressources s’épuisent peu à peu; avec leur détresse s’accroît la désorgani-

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