‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 43 sur 69 · INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE GULTUHE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE GULTUHE

salion du travail, et la misère s’appesantit par degrés sur des familles dignes d’un meilleur sort (1).

Tels sont les périls qui menacent et atteignent parfois la plupart des cultures que leur délicatesse même confine sur d’étroites surfaces. Tout ce qui resserre le marché ou y amène de nouvelles offres suffit pour en modifier douloureusement les conditions d’existence. Elles sont dans l’ordre agricole ce que sont, dans l’ordre manufacturier, les petites industries qui pourvoient aux besoins d’une consommation raffinée; elles succombent devant des méventes et des accidents auxquels échappe le travail consacré aux productions communes, et la population résiste d’autant moins au choc, qu’elle n’a pour se soutenir que de petits capitaux engagés dans le sol, et dont elle ne peut retirer la moindre partie sans réduire le champ même où se déploie son activité.

Comme tous les sentiments à l’énergie desquels est confié le développement de l’ordre et de la puissance sociale, l’amour de la propriété suscite des passions qui ont leurs excès et leurs mécomptes. Mais, pour quelques abus et quelques méprises qu'il enfante, combien d’avantages en sont le résultat! Voyez quelle industrieuse activité il entretient dans toutes les campagnes dont les cultures mixtes approvisionnent Paris de fruits, de légumes, de denrées délicates et chères. Là, des hommes qui dans l’origine n’étaient que de pauvres journaliers, ont conquis pied à pied le terrain qu’ils occupent; et à peine en sont-ils devenus les maîtres, que de toutes parts s’y sont réalisées des améliorations dont leurs prédécesseurs propriétaires et fermiers ne soupçonnaient pas même

(1) En définitive, et tout en reconnaissant que certains excès de morcellement ont plus survécu que M. H. Passy ne le croyait, la petite propriété reste la plus prospère comme elle est la plus étendue, et l’économie des frais de main-d’œuvre ainsi que la parcimonie du cultivateur lui ont permis de mieux tenir tête aux crises agricoles.

ufluiMKS D’ECONOMIE POLITIQUE.

la possibilité. Plantations, amendements, fumures, iiivel- ^ments et défoncements du sol, irrigations et dessèchements, rien de ce qui promettait des bénéfices n’a coûté à des cultivateurs libres de compter avec l’avenir et sûrs de recueillir eux-mêmes les fruits de leurs œuvres. Nulle part tant d épargnes lentement amassées n’ont été con-

ingénieux et plus assidus, et nulle part non plus'^les

Dlus^Lné"'’?*'' ‘'^Pa'><ient une aisance

plus générale et mieux méritée.

seulement dans le voisinage de grandes Villes, dont les consommations facilitent et rétribuent rgement des genres particuliers de travail, qu’on voit

pul^rp propriété et de la

Iture SI féconde en excellents résultats. D autres points

de la France, la plupart des cantons de la Suisse, l’Ey-

ersted et quelques parties du Wurtemberg offrent de

"t J ^ vrai que l’attachement

im h/uT" cultivateurs pour les champs dont ils ont hérité puisse, dans certains cas, réduire les cultures à des dimensions trop étroites pour assurer le bien-être e ceux qui 1 exercent, n’est-il pas avéré que le même lait se reproduit dans des pays où la classe rurale ne jouit pas des avantages de la propriété? Ne voit-on pas les

la Ma^rch Labour, de plusieurs points de

Marche d Ancône et des autres États de l'Italie, dans

une indigence dont leur infatigable activité aurait dû les

préserver. Et les plus vastes domaines de l’Irlande ne

sont-ils pas couverts de multitudes de pauvres cottagers

témé^*-*°“* ® ‘■“"IC® énormes qu’ils consentent

témérairement à payer pour des parcelles dont l’étendue

SÎÜmê?" “ ^ raisére la plus

Il y a plus . nulle part au monde les crises agricoles ne sont plus rudes et plus fréquentes uue dans las

INFLUENCE DES LOIS SUR LES MODES DE CULTUREc 209

de l’Angleterre. La concurrence y tient constamment les baux au plus haut point d’élévation, et il suffit d’une baisse quelque peu durable dans le prix des denrées qu’ils produisent, pour mettre un grand nombre de fermiers hors d’état de remplir leurs engagements (1).

C’est donc à tort qu’on imagine que les petits propriétaires cultivateurs sont seuls exposés à des maux qui se retrouvent les mêmes, ou plus graves encore, dans beaucoup de contrées où le sol, cultivé par des fermiers de divers ordres, n’appartient qu’à des possesseurs riches et étrangers aux soins de l’exploitation.

Il ne résulte pas toutefois de ceci que nous contestions aux régimes adoptés en matière d’héritage et d’aliénation territoriale toute espèce d’action sur l’état des campagnes. Ici, il n’est question que des dimensions de la culture, et si nous maintenons que ces dimensions ne dépendent que dans peu de cas des formes de la propriété, là s’arrêtent le sens et la portée de nos assertions. Les lois civiles, nous le savons, affectent toutes les parties de l’économie sociale, et l’agriculture n’échappe pas à leur influence. S’il ne leur est pas donné de la confiner dans tel ou tel cadre, de lui tracer des modes d’application invariables, du moins ont-elles prise sur son développement et peuvent-elles, en facilitant ou en entravant l’essor des richesses et de l’industrie, hâter ou retarder les transformations qui en accroissent la prospérité.

(l) Il est à présumer au surplus que la réforme de la législation en matière de produits agricoles, au nombre des bons effets qu’elle ne peut manquer de produire, aura celui d’assurer des bases plus fermes, moins sujettes à varier, au.x spéculations et aux combinaisons des fermiers de l’Angleterre. Les prix seront plus fixes et plus réguliers, et chacun calculera plus sûrement avec les chances de l’avenir. C’est l’opinion de la partie la plus éclairée des fermiers, et déjà beaucoup d’entre eux ont opéré dans leurs modes d’exploitation, ainsi que dans leurs genres de production, des changements d’un bénéfice certain. (Note de l’auteur.) — Ce résultat a été en effet obtenu en grande partie depuis la réforme de la législation des céréales. (H. B.)

A cet égard, des lois qui ne mettent aucun obstacle à la circulation et à la diffusion de la propriété, et des lois qui la réservent au petit nombre ou tendent à lui fixer des proportions artificielles, n’ont pas les mêmes effets. Les unes, en laissant la terre accessible à tous, placent la société tout entière sous l’impulsion des mobiles les plus essentiels à ses progrès; les autres, suivant la mesure des restrictions qu’elles imposent, nuisent à la formation des habitudes d’ordre, d’économie et d’activité dont les classes laborieuses ont besoin pour déployer toute leur capacité productive; mais, nous le répétons, ce n’est pas sur les formes de la culture, c’est sur sa fécondité que de telles lois influent. Que ceux des États de l’Allemagne qui frappent d’indivisibilité les parcelles territoriales dont ils jugent l’amoindrissement incompatible avec l’intérêt agricole, y réfléchissent; ils reconnaîtront combien leurs prescriptions vont peu au but : car ces mêmes champs dont elles n’autorisent la vente qu’à un seul acquéreur, elles ne sauraient empêcher les propriétaires, s’ils y trouvaient quelque avantage, de les diviser entre plusieurs locataires. Quand on prétend en régler les procédés d’exploitalion, c’est à la culture même, et non à la propriété, qu’il faudrait s’adresser; mais alors que d’entraves et de gênes pèseraient sur une industrie qui ne fleurit qu’à la condition de suivre la consommation dans ses variations

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(David Ricardo)

David Ricardo, né à Londres, en 1772, mort à Gatcom-Park, dans le comté de Gloucester, en 1823, est un des plus célèbres économistes depuis Adam Smith dont il est un des continuateurs les plus originaux. Ses écrits, pleins de force et d’une nature sévère, roulent presque tous sur les Principes de 1 économie politique en général, auxquels il consacre un livre, mais on remarque surtout ses écrits sur les banques, la monnaie, l’impôt. 11 touche aux questions pratiques, notamment en ce qui concerne la banque d’Angleterre, et la liberté commerciale dont il fut un des promoteurs. Il professe avec la plupart des théoriciens de la même école, que les salaires ne haussent pas, tandis que le prix des denrées s’élève : vue heureusement très contestable et même, selon nous, tout à fait erronée que d’autres économistes ont combattue avec succès. Cette vue de Ricardo n’est pas sans lien avec le système de son compatriote et contemporain Malthus, qui cherche à établir que la population tend à dépasser le niveau des subsistances. La théorie la plus célèbre de Ricardo est celle qu on a appelée la théorie de la rente du sol. Il entend par renie, ce qui excède les avances du capital dans le prix des produits agricoles. Bien que certains côtés de cette théorie, et notamment l’ordre de culture qui commencerait toujours par les terres les meilleures, aient pu être critiqués, le fond de la théorie si controversée reste vrai selon nous. Ce morceau méritait d’être reproduit dans un recueil comme celui-ci.

La rente est cette portion du produit de la terre que l’on paye au propriétaire pour avoir le droit d’exploiter les facultés productives impérissables du sol (1). Gepen-

(1) Cette définition est très contestable, et la théorie de Ricardo, qui a le mérite de bien établir ce fait de la rente, a prêté à de fortes

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i^üi^lUKhS CHOISIES D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

dant on confond souvent la rente avec l’intérêt et le

nom de're'^nf * J*') '“"gage vulgaire on donne le

au propr?é?aL " annuellement

Supposons deux fermes contiguës, ayant une même endue, et un sol d’une égale fertilité, mais dont l’une pourvue de tous les bâtiments et instruments utiles à agriculture, est de plus bien entretenue, bien fumée et convenablement entourée de baies, de clôtures et de lurs, tandis que tout cela manque à l’autre. 11 est clair que l une s affermera plus cher que l’autre; mais, dans les deux cas, on appellera rente la rémunération payée U propriétaire. 11 est cependant évident qu'une porüon seulement de l’argent serait payée pour exploUeTles propriétés naturelles et indestructibles du sol le reste

tTarirf ^

terrain et à ériger les constructions nécessaires pour assurer et conserver le produit. Adam Smith donne par-

à le resî” dans lequel je cherche

e restremdre, mais le plus souvent il l’emploie dans le

.ie ne'défr^^”'”*

au propriéuire pour le droit d’exploiter les facultés prl mitives et indestructibles du sol. ^

danm“l‘7 établissement

dans une contrée riche et fertile, dont il suffit de cultiver

dant *r* ^if P“"'’ population, ou

ont a culture n exige pas plus de capital que n’en possèdent les colons, il n’y a point de rente; car quison^era U à acheter le droit de cultiver le terrain, alors^rtant de

disposition de quiconque voudrait les cultiver?

Par les principes ordinaires de l’offre et de la de-

tancrconsidé^^^^ morceau étant d’une impor-

, nous croyons devoir le reproduire en entier. (H. B.)

mande, il ne pourrait être payé de rente pour la terre, pour la même raison que l’on n’achète point le droit de jouir de l’air, de l’eau, ou de tous les autres biens qui existent dans la nature en quantités illimitées. Moyennant quelques matériaux et à l’aide de la pression de l’atmosphère et de l’élasticité delà vapeur, on peut mettre en mouvement des machines qui abrègent considérablement le travail de l’homme; mais personne n’achète le droit de jouir de ces agents naturels, qui sont inépuisables, et que tout le monde peut employer. De même le brasseur, le distillateur, le teinturier, emploient continuellement l’air et l’eau dans la fabrication de leurs produits; mais, comme la source de ces agents est inépuisable, ils n’ont point de prix. Si la terre jouissait partout des mêmes propriétés, si son étendue était sans bornes et sa qualité uniforme, on ne pourrait rien exiger pour le droit de la cultiver, à moins que ce ne fût là où elle devrait à sa situation quelques avantages particuliers. C’est donc uniquement parce que la terre varie dans sa force productive, et parce que, dans le progrès de la population, les terrains d’une qualité inférieure ou moins bien situés sont défrichés, qu’on en vient à payer une rente pour avoir la faculté de les exploiter. Dès que, par suite des progrès de la société, on se livre à la culture des terrains de fertilité secondaire, la rente commence par ceux des premiers, et le taux de cette rente dépend de la différence dans la qualité respective des deux espèces de terre.

Dès que l’on commence à cultiver des terrains de troisième qualité, la rente s’établit aussitôt pour ceux de la seconde, et est. réglée de même par la différence dans leurs facultés productives. La rente des terrains de première qualité hausse en même temps, car elle doit se maintenir toujours au-dessus de celle de la seconde qualité, et cela en raison de la différence de produits que rendent ces terrains avec une quantité donnée de travail

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et de capital. A chaque accroissement de population qui lorce un peuple à cultiver des terrains d’une qualité inférieure pour en tirer des subsistances, le loyer des terrains supérieurs haussera.

Supposons que les terrains n°* 1, 2, 3, rendent

de 100, 90 et 80 quarters de blé. Dans un pays neuf où il y a quantité de terrains fertiles, par rapport à la population, et ou, par conséquent, il suffit de cultiver le n* 1 tout le produit net restera au cultivateur, et sera le profit du capital qu’il a avancé. Aussitôt que l’augmentation sera devenue telle qu’on soit obligé de cultiver le n» 2 qui ne rend que 90 quarters, les salaires des laboureurs eduits, la renie commencera pour les terres n“ 1 • car il faut, ou qu’il y ait deux taux de profits du capital agri- CO e ou que 1 on enlève 10 quarters de blé ou leur équivalent, du produit n» t pour les consacrer à un autre emploi Que ce soit le propriétaire ou une autre personne qui cultive le terrain nM. ces 10 quarters en constitueront toujours lyente, puisque le cultivateur du n" 2 obtiendrait e même résultat avec son capital, soit qu’il cultivât le n» 1 en payant 10 quarters de blé de rente, soit qu’il continuât ultiver le n» 2 sans payer de loyer. De même, il est clair que lorsqu on aura commencé à défricher les terrains n 3, la rente du n“ 2 devra être de 10 quarters de blé ou e leur valeur, tandis que la rente du n» I devra atteindre 20 quar ers le cultivateur du n» 3 ayant le même profit, soit qu 11 cultive le terrain m 1 en payant 20 quartL de

mi’il ;.oT- T O O ^ ‘0- ""fl"

qu il cultive le n» 3 sans payer de rente.

11 arrive assez souvent qu’avant de défricher les n" 2

3, 4, ou les terrains de qualité inférieure, on peut em-

poyer les capitaux d’une manière plus productive dans

es terres déjà cultivées. Il peut arriver qu’en doublant le

capital primitif employé dans le n« 1 , le produit, quoiqu’il

ne soit pas doublé ou augmenté de 100 quarters, augmente cependant de 85 quarters, quantité qui surpasse ce que pourrait rendre ce capital additionnel, si on le consacrait à la culture du terrain n° 3.

Dans ce cas, le capital sera employé de préférence sur le vieux terrain, et constituera également une rente : la rente étant toujours la différence entre les produits obtenus par l’emploi de deux quantités égales de capital et de travail. Si avec un capital de 1,000 liv. sterl. un fermier retirait de sa terre 100 quarters de blé, et que, par l’emploi d’un second capital de 1,000 liv. sterl., il eût un surcroît de produits de 85 quarters, son propriétaire serait en droit, à l’expiration du bail, d’exiger de lui 13 quarters ou une valeur équivalente, à titre d’augmentation de rente; car il ne peut y avoir deux taux différents pour les profits. Si le fermier consent à payer 15 quarters de blé en raison de l’augmentation de produits obtenue par l’addition de 1,0U0 liv. sterl. de capital, c’est parce qu’il ne saurait en faire un emploi plus profitable. Ce serait là le taux courant proportionnel des profits ; et si l’ancien fermier n’acceptait pas la condition, un autre se présentait bientôt, prêt à payer au propriétaire un excédent de rente proportionné au profit additionnel qu’il pourrait retirer de sa terre.

Dans ce cas, comme dans le précédent, le dernier capital employé ne donne pas de rente. Le fermier paye, à la vérité, 15 quarters de rente, eu égard à l’augmentation du pouvoir productif des premières 1,000 liv. sterl.; mais pour l’emploi des secondes 1,000 liv. sterl., il ne paye pas de rente. S’il venait à employer sur la même terre un troisième capital de 1,000 liv. sterl., produisant en retour 75 quarters de plus, il payerait alors pour le second capital de 1,000 liv. sterl. une rente qui serait égale à la différence entre le produit des deux capitaux, c’est-à-dire à 10 quarters ; larente des premières 1,000 liv. sterl. haus-

serait de 15 à 25 quarters, et les dernières 1,000 liv. sterl. ne payeraient point de rente.

S il y avait donc beaucoup plus de terres fertiles qu’il

n’en faut pour fournir les substances nécessaires à une

population croissante, ou s’il était possible d’augmenter

le capital employé à la culture des vieux terrains sans qu’il

y eût aucune diminution de produits, la hausse des rentes

deviendrait impossible, la rente étant l’effet constant de

l’emploi d’une plus grande quantité de travail donnant moins de produits.

Les terres les plus fertiles et les mieux situées seraient

les premières cultivées, et la valeur échangeable de leurs produits serait réglée, comme celle des autres denrées, par la somme de travail nécessaire à leur production et à leur transport jusqu’au lieu de la vente.

La valeur échangeable d’une denrée quelconque, qu elle soit le produit d’une manufacture, d’une usine ou de la terre, n’est jamais réglée par la plus petite somme de travail nécessaire pour sa production dans des circonstances extrêmement favorables, et qui constituent une sorte de privilège. Cette valeur dépend, au contraire, de la plus grande quantité de travail industriel que sont forcés d’employer ceux qui n’ont point de pareilles facilités, et ceux qui, pour produire, ont à lutter contre les circonstances les plus défavorables, celles sous l’influence desquelles il est plus difficile d’obtenir la quantité nécessaire de produits.

C’est ainsi que, dans un établissement de bienfaisance où l’on fait travailler les pauvres au moyen de dotations le prix des objets qui y sont fabriqués sera, en général,’ réglé, non d après les avantages particuliers accordés à cette sorte d’ouvriers, mais d’après les difficultés ordinaires et naturelles que tout autre ouvrier aura à surmonter. Le fabricant, qui ne jouirait d’aucun de ces avantages, pourrait, à la vérité, n’étre plus en état de

soutenir la concurrence si ces ouvriers favorisés pouvaient suppléer à tous les besoins de la société ; mais s’il se décidait à continuer son industrie, ce ne serait qu’autant qu’il retirerait toujours de son capital les profits ordinaires, ce qui ne pourrait arriver s’il ne vendait ses articles à un prix proportionné à la quantité de travail industriel consacré à leur production.

Ce qui fait donc hausser la valeur comparative des

produits naturels, c’est l’excédent de travail consacré aux dernières cultures, et non la rente qu’on paye au propriétaire. La valeur du blé se règle d’après la quantité de travail employée à le produire sur les dernières qualités de terrains ou d’après cette portion de capital qui ne paye pas de rente. Le blé ne renchérit pas parce qu’on paye une rente; et l’on a remarqué, avec raison, que le blé ne baisserait pas, lors même que les propriétaires feraient l’entier abandon de leurs rentes. Cela n’aurait d’autre effet que de mettre quelques fermiers dans le cas de vivre en seigneurs, mais ne diminuerait nullement la quantité de travail nécessaire pour faire venir des produits bruts sur les terrains cultivés les moins productifs.

Rien n’est plus commun que d’entendre parler des avantages que possède la terre sur toute autre source de production utile, et cela, en raison du surplus qu’on en retire sous la forme de rente. Et cependant, à l’époque où les terrains sont le plus fertiles, le plus abondants, le plus productifs, ils ne donnent point de rente ; et ce n’est qu’au moment où ils s’appauvrissent — le travail donnant moins de profit — qu’on détache une partie du produit primitif des terrains de premier ordre pour le payement de la rente. Il est assez singulier que cette qualité de la terre, qui aurait dû être regardée comme un désavantage, si on la compare aux agents naturels qui secondent le manufacturier, ait été considérée, au contraire, comme ce qui lui donnait une prééminence marquée. Si l’air, l’eau, l’é-

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