‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 45 sur 69 · PRIX DU BLÉ ET SECOURS DONNÉS AUX PAUVRES · texte numérisé non relu

PRIX DU BLÉ ET SECOURS DONNÉS AUX PAUVRES

faut les favoriser, il leur faut du pain à bon marché î

Écoutez un peu, monsieur Lourdaud. Vous dites que les fermiers vivent splendidement. Aimeriez-vous mieux les voir entasser l’argent qu’ils gagnent? Leurs beaux habits, leurs beaux meubles, les font-ils eux-mêmes pour eux ou leurs confrères, de façon à garder chez eux leur argent? Ou, au contraire, emploient-ils vos chers manufacturiers, et par là répandent-ils leur argent dans tout le pays?

La laine me produirait un meilleur prix, si on lui permettait d’aller sur les marchés étrangers ; mais cela, Messieurs du public, vos lois ne le souffrent pas. 11 faut que notre laine reste au pays pour que vos chers manufacturiers l’aient au plus bas prix possible. Et puis, après nous avoir ainsi découragés d’élever des troupeaux, vous nous maudissez parce que le mouton est rare (1)!

J’ai entendu dire à mon grand-père que les fermiers s’étaient résignés à la défense d’exporter la laine, parce qu’on leur fait espérer et croire que, lorsque le manufacturier achèterait la laine meilleur marché, le drap serait moins cher. Mais, du diable s’il en est ainsi ! Le drap est devenu de plus cher en plus cher. Pourquoi? C’est tout simple : le drap est exporté ; cela maintient les prix.

Maintenant, si c’est un bon principe qu’il faut empêcher l’exportation d'un article afin qu’à l’intérieur on l’ait à meilleur marché, tenez-vous à ce principe, et marchez droit devant vous. Défendez l’exportation de vos draps, de vos cuirs, de votre quincaillerie, en un mot, de vos fabrications de toute espèce, afin qu’au pays elles soient meilleur marché. Et je vous réponds qu’elles seront si bon marché, qu’on finira par n’en plus fabriquer du tout.

11 y a des gens qui ont l’air de s’imaginer qu’ils ne

(1) On se reportera utilement aux traités d’économie politique pour voir, plus complètement motivés, les inconvénients des entraves à l’exportation, indiqués ici d’une manière si judicieuse.

seront jamais à leur aise tant que l’Angleterre ne sera pas devenue un autre pays de Cocagne, beau pays où, dit-on, les pavés des rues sont de brioches, les tuiles de

galettes, et où les poulets, tout rôtis, vous crient : « Venez me manger. »

Moi, je dis : Quand vous êtes sûrs que vous tenez un bon principe, attachez-vous- y et poussez-le jusqu’au bout. On dit que pour le ministère, c’était chose nécessaire et juste de faire prohiber l’exportation des blés, quoique ce lût contraire à la loi; on ajoute que pour l’émeute c’était chose contraire à la loi que d’arrêter les voitures de grains, quoique ce fut uéccssüive Gt juste. C'est la même chose point pour point. Maintenant on me dit qu’il faut voter un bill d'indemnité en faveur du ministère, afin qu’on ne puisse l’inquiéter pour un acte illégal. S’il en est ainsi, amnistiez 1 émeute. D’autres personnes prétendent qu il faut pendre quelques émeutiers, pour l’exemple. S il en est ainsi... mais je n’en dirai pas plus que je n’en

ai dit . Quand vous etes su?' que vous tenez un bon principe^ allez jusqu'au bout.

Vous dites que les pauvres ouvriers ne peuvent payer le pain à un prix élevé, à moins qu’on n’augmente leur salaire. G est possible. Mais, nous autres fermiers, comment ferons-nous pour payer plus cher nos ouvriers, si

vous ne nous permettez pas de vendre notre grain plus cher, q uand la chose est possible ?

D’après tout ce que j’apprends, si l’exportation avait été permise, nous aurions eu une guinée de plus par

quarter. Et cet argent, l’Angleterre l’aurait gagné sur l’étranger.

Mais il semble que nous autres fermiers, nous devons pei dre sur le prix du pain, pour que le pauvre l’ait d’autant meilleur marché.

La prohibition d’exporter équivaut donc à une taxe pour l’entretien des pauvres. — Très bonne chose, direz-

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