PRIX DU BLÉ ET SECOURS DONNÉS AUX PAUVRES
I — Mais, je vous le demande, pourquoi unp taxe
\ partielle? Pourquoi ne pèse-t-elle que sur nous autres
f fermiers seulement? Si c’est une bonne chose, de grâce,
' Messieurs du public, prenez-en votre part, en nous in-
demnisant un peu sur votre trésor public. A faire une f bonne chose, il y a tout à la fois honneur et plaisir; nous
i ne vous marchandons pas votre part.
[ Pour moi, je ne suis pas convaincu de la bonté de celte : chose. Faire du bien aux pauvres, j’en suis; mais sur les
'< moyens à employer, je ne partage pas votre avis. Le
I meilleur moyen de faire du bien aux pauvres, ce n est pas
de les mettre à l’aise dans leur pauvreté, c’est de les tirer ; ou de les pousser ho?'s de leur misère. Dans ma jeunesse,
î j’ai beaucoup voyagé, et j’ai remarqué en différents pays
I que plus on organise des secours publics pour prendre
I soin des pauvres, moins ils prennent soin d eux-mêmes,
et naturellement ils deviennent encore plus misérables. Et, au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d affaire. Il n y a pas de pays au monde où il y ait autant d établissements i charitables que chez nous : tant d’hôpitaux fondés ou I maintenus par la charité privée pour les pauvres malades I ou estropiés, tant d’hospices pour les vieillards des deux I sexes, sans parler d’une loi solennelle et générale que les riches ont faite pour soumettre leurs domaines à une lourde taxe au profit des pauvres. Sous le poids de toutes ces obligations, le pauvre est-il chez nous modeste,
1 humble, reconnaissant? Fait-il tous ses efforts pour se
i suffire à lui-même et décharger de ce fardeau nos épau-
les? Au contraire; j’affirme qu’il n’y a pas de pays au monde où le pauvre soit plus lainéant, plus dissolu, plus ivrogne, plus insolent. Le jour où vous avez voté la loi des pauvres, vous leur avez ôté de devant les yeux le plus grand de tous les encouragements au travail, à la frugalité, à la sobriété; car, pour le soutien de l’âge ou
LECTURES CHOISIES D’ÉCONOMIE POLIT de la maladie, tous leur avez appris à comp
chosequesur l’économie durant la jeunesse e
ün deux mots, vous avez donné un prix c ment à la paresse; ne vous étonnez donc
prime a eu pour effet d-augmenter la misèr
votre loi, vous verrez bientôt un changeme mœurs du pauvre. Saint lundi et saint mar plus des jours fériés. Tu travailleras durant si anlique commandement, depuis longtemr comme une vieillerie, sera de nouveau regard pr ceple respectable. Le travail augmentera, viendra 1 abondance chez les pauvres gens; t.on s améliorera. En leur apprenant à song et à prendre soin d’eux-mêmes, on aura fai leur bonheur que si demain on leur narfa».»: