SUR LES PAUVRES OUVRIERS
d’exemples de bonté méritent bien quelque reconnaissance. '
Ajoutez à cela toutes les lois faites pour décourager les
manufactures étrangères, lois qui imposent des droits très lourds sur les produits étrangers, on même qui les prohibent de façon absolue, ce qui oblige le riche à payer ce qu’il porte ou ce qu’il consomme beaucoup plus cher que si le commerce était libre. Ce sont autant de lois pour secourir les pauvres, qui ont été faites par le riche et qui sont maintenues à ses frais. Toute la différence de prix qui existe entre nos articles et ceux de l’étranger, est autant de donné au pauvre par le riche (1). Grâce à cet avantage, les pauvres pourraient s’élever peu à peu audessus de la pauvreté, s ils n avaient pas en général la mauvaise habitude de considérer tout accroissement de salaire comme un moyeu de boire plus et de travailler moins, si bien que leur misère, en cas de maladie, de vieillesse ou de disette, est tout aussi grande que si on n’avait jamais fait de lois en leur faveur.
Des écrivains blâment de la façon la plus amère le luxe du riche, et ce faste coûteux auquel il s’abandonne tandis que le pauvre meurt de fain, etc., ils ne voient pas que le pauvre reçoit en payement de son travail tout ce que le riche dépense. On criera au paradoxe, si j’affirme que nos pauvres ouvriers touchent chaque année tout le revenu de IcL nation^ et j’entends par là non seulement le levenu public, mais le revenu, ou clair produit, de toutes les
(1) ■« Économiquement parlant, cela est contestable. En forçant le travail à se jeter de préférence dans certains canaux, il n’est pas prouvé qu’on relève la main-d’œuvre. L’étranger se défend chez lui par des prohibitions semblables à celles qui l’excluent de l’Angleterre, et le résultat le plus net des prohibitions est une réduction du travail en tous pays. Laissez pleine liberté, les échanges se multiplieront, la multiplication des échanges encouragera en chaque pays le travail, et y accroîtra le prix de la main-d œuvre. G est ce que l'ranklin luimême a démontré ailleurs. » (Note de M. Édouard I.aboulaye.)
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fortunes privées. Qu’on me permette de justifier cette assertion.
Les riches ne travaillent pas les uns pour les autres. Leurs maisons, leurs meubles, leurs habits, leurs voitures, eur nourriture, leurs bijoux, en un mot tout ce qu’eux ou leurs familles consomment, est produit par le travail du pauvre, travail payé au fur et à mesure de sa production. Ce payement absorbe le revenu des fortunes particulières, car la plupart des gens dépensent tout ce qu’ils touchent. Une grande partie du revenu public est employée à habiller et nourrir les troupes, à payer des armes, des munitions, des vaisseaux, des tentes, des équipages, etc., etc., toutes choses qui sont le produit du travail. La paye des fonctionnaires publics, celle des officiers, des soldats et des marins, absorbe le reste du revenu public;
et cet argent sert également à payer ce que produit l’ouvrier.
J accorde que certaines fortunes s’accroissent parce que le propriétaire dépense moins que son revenu; mais combien de gens dépensent-ils plus qu’ils ne reçoivent ! Si ceux qui s’enrichissent veulent acheter de la terre pour s arrondir, ceux qui s’appauvrissent sont tout prêts à vendre, par nécessité; il y a ainsi parfaite compensation. J’accorde également que le riche fait une certaine dépense pour acheter des articles importés, produits par le travail d ouvriers étrangers, mais comment obtient-on ces articles ? Par l’échange de nos propres articles, ou avec de 1 argent. Si c’est par l’échange, nous payons nos ouvriers pour la production que nous donnons en retour de celle que nous recevons ; si c’est avec de l’argent, l’argent n’est P'^s le produit naturel de notre pays; il faut l’acheter au dehors, et comment 1 acheter, sinon en envoyant au loin des produits de nos manufactures pour une somme équivalente, et en ce cas nous avons payé nos ouvriers qui ont fabriqué ces produits. Si nous n’exportions pas plus que