SUR LES PAUVRES OUVRIERS
nous n’importons, nous n’aurions pas d’argent. J accordé enfin qu’il y a des intermédiaires qui font des profits et même qui font fortune en achetant le travail du pauvre et en le vendant au riche avec bénéfice; mais ces entrepreneurs ne peuvent jouir de leur fortune qu’en la dépensant, qu’en achetant sous une forme ou sous une autre le travail du pauvre. Les mendiants, les invalides, les pensionnaires des hôpitaux, tous ceux enfin qui sont soutenus par la charité dépensent leur revenu de la même façon. Il est donc clair, comme je l’ai dit en commençant, que nos pauvres ouvriers reçoivent annuellement tout le revenu de la nation, et de nous ils ne peuvent rien tirer de
plus.
On dit que les salaires sont trop bas et que les ouvriers devraient être mieux payés pour leur travail ; je souhaite de tout cœur qu’on puisse trouver quelque moyen de le faire, qui s’accorde avec leur intérêt et leur bonheur; mais de même que le bon marché des choses tient à leur abondance, de même le bon marché du travail tient à la foule des ouvriers, et à ce que chacun offre de travailler à plus bas prix que son concurrent, afin d’être employé. Comment remédier à cela ? On pourrait faire une loi pour élever les salaires ; mais si notre production est trop chère, nos produits ne se vendront pas au dehors, et toute cette fabrication s’anéantira, à moins que nous ne combattions pour forcer les autres nations à acheter nos articles, bon gré, mal gré, ce que certaines gens ont eu quelquefois la
folie de proposer.
Chez nous, à moins de donner moins d’occupation à nos ouvriers, comment pourrions-nous leur donner un salaire plus élevé? Sur quel fonds prendrons-nous cette augmentation du prix du travail, puisque tous nos revenus leur sont en quelque façon hypothéqués ? S’ils avaient un salaire plus fort, seraient-ils moins pauvres, lorsqu’en conséquence de cette augmentation ils ne pourraient
plus travailler qu’un nombre moindre de jours (ians la semaine? J’ai dit qu’une loi pourrait élever les salaires, mais je doute fort qu’on pût l’exécuter, à moins qu’on ne fît revivre une loi depuis longtemps tombée en désuétude, une loi qu’on cite souvent, mais que peu de gens ont étudiée de près ; Ta travailleras six jours. C’est un commandement aussi positif que la seconde partie de la loi : et tu te reposeras le septième. Nous savons très bien comment observer cette disposition agréable, mais nous ne pensons jamais à l’autre. Saint lundi est aussi souvent fêté que dimanche par nos ouvriers; la seule différence c est qu’au lieu d’employer économiquement leur temps à 1 église, ils le gaspillent chèrement au cabaret.
Je suis, Monsieur, votre, etc.