‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 57 sur 69 · SUR I.E LUXE, LA PARESSE ET LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

SUR I.E LUXE, LA PARESSE ET LE TRAVAIL

s’opposent à ces dépenses; et si, en les exécutant, le peuple en serait plus heureux, ou même plus riche. L’espoir de devenir un jour en état de se procurer les jouissances du luxe n’est-il p:is un puissant aiguillon pour le travail et pour l’industrie? Le luxe ne peut-il pas, par conséquent, produire plus qu’il ne consomme, s’il est vrai que, sans cet aiguillon, les hommes seraient naturellement portés à vivre dans l’indolence et la paresse? Ceci me rappelle un trait que je vais vous citer.

Le patron d’une chaloupe, qui naviguait entre le cap May et Philadelphie, nous avait rendu quelque petit service, pour lequel il refusa toute espèce de payement. Ma femme apprenant que cet homme avait une fille, lui envoya en présent un bonnet à la mode. Trois ans après, le patron se trouvant chez moi avec un vieux fermier des environs du cap May, qui avait passé dans sa chaloupe, il parla du bonnet envoyé par ma femme, et raconta combien sa fille en avait été flattée. « Mais, ajouta-t-il, ce bonnet a coûté bien cher à notre congrégation. — Comment cela? lui dis-je. — Oh! me répondit-il, quand ma fille parut à l’assemblée (1), le bonnet fut tellement admiré, que toutes les jeunes filles résolurent d’en faire venir de pareils de Philadelphie; et nous avons calculé, ma femme et moi, que le tout n’a pas dû coûter moins de cent livres sterling. — Cela est vrai, dit le fermier. Mais vous ne racontez pas toute l’histoire. Je pense que, malgré tout, le bonnet nous a été de quelque avantage. C’est la première chose qui a donné à nos filles l’idée de tricoter des mitaines afin de les vendre à Philadelphie, et de s’en acheter des bonnets et des rubans; et vous savez que cette industrie s’est maintenue, qu’elle est destinée à devenir considérable, et à servir à quelque chose de mieux. »

(1) C’est-à-dire au temple.

Cette histoire me réconcilia avec ce petit échantillon de luxe, puisque non seulement les filles du cap May devenaient plus heureuses en achetant de jolis bonnets,

mais parce que cela procurait aux Philadelphiens une provision de chaudes mitaines.

Dans nos villes commerçantes de la côte, on fait fortune assez aisément. Quelques-uns de ceux qui s’enrichissent seront prudents, vivront avec économie, et conserveront ce qu’ils ont gagné pour le laisser à leurs enfants. Mais d autres, flattés de faire parade de leur richesse, feront des extravagances et se ruineront. Les lois n’y peuvent rien; peut-être même n’est-ce pas toujours un mal pour le public. Un shilling gaspillé par un fou est ramassé par un sage, qui sait mieux ce qu’il faut en faire; il n’est donc point perdu.

Un homme vain et sot bâtit une belle maison^ la meuble avec élégance, y vit de façon coûteuse, et se ruine en peu d années, mais les maçons, les charpentiers, les serruriers et d’autres honnêtes ouvriers qu’il a fait travailler, ont pu, par ce moyen, entretenir et élever leur famille. Le fermier a été payé de sa peine et encouragé, la maison a passé en de meilleures mains.

Il est, à la vérité, certains genres de luxe qui peuvent devenir un mal public, ils sont déjà un mal particulier. Par exemple, si un pays exporte son bœuf et sa toile pour importer du vin de Bordeaux et du porter, tandis qu une partie de ses habitants ne vit que de pommes de terre et n’a point de chemises, en quoi cela ditfère-t-il de ce que fait un fou qui laisse sa famille souffrir de la faim et qui vend ses vêlements pour acheter de quoi s’enivrer? Notre commerce américain est, je l’avoue, un peu sur ce chemin. Nous vendons nos vivres aux Antilles, pour nous procurer du rhum et du sucre; c’est-à-dire, nous donnons le nécessaire pour le superflu. Gomme nous avons abondance de produits naturels, ce commerce ne

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