‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 58 sur 69 · SUR LE LUXE, LA PARESSE ET LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

SUR LE LUXE, LA PARESSE ET LE TRAVAIL

nous empêche pas de bien vivre; mais si nous étions plus sobres, nous pourrions être plus riches, j L’immense quantité de forêts que nous avons encore ! à défricher rendra longtemps notre nation laborieuse et frugale. Si l’on jugeait du caractère et des mœurs des Américains, par ce qu’on voit dans les ports, on se tromperait beaucoup. Les habitants des villes commerçantes peuvent être riches et adonnés au luxe, tandis que la campagne possède toutes les vertus qui contribuent au bonheur et à la prospérité publique. Les villes ne sont pas très considérées par les campagnards. Us les regardent à peine comme une partie essentielle de l’Etat; et l’expérience de la dernière guerre a prouvé que, quand elles étaient au pouvoir de l’ennemi, elles n’entraînaient pas nécessairement la sujétion des campagnes, qui continuaient vaillamment à défendre leur liberté et leur indépendance.

Quelques arithméticiens politiques ont compté que, si chaque homme et chaque femme voulait travailler quatre heures par jour à quelque chose d’utile, ce travail suffirait pour procurer à chacun toutes les nécessités et les agréments de la vie; le besoin et la misère seraient bannis du monde, et le reste des vingt-quatre heures pourrait être donné au repos et au plaisir.

Qu’est-ce qui occasionne donc tant de besoins et tant de misère? C’est qu’on emploie beaucoup d’hommes et de femmes à des travaux qui ne produisent ni ce qui est nécessaire ni ce qui est commode pour vivre: ces personnes-là, ainsi que celles qui ne font rien, consomment les objets de première nécessité, produits par les gens laborieux. Je m’explique.

Le travail arrache du sein de la terre et des eaux les premiers éléments de la richesse. J’ai de la terre, et je produis du blé. Si avec ce blé je nourris une famille qui ne fasse rien, mon grain sera consommé, et à la Un

de l’année je ne serai pas plus riche que. je ne l’étais au commencement. Mais si, en nourrissant ma famille, j’en occupe une partie à filer, l’autre à faire des briques et d’autres matériaux pour bâtir, le prix de mon blé me restera, et au bout de l’an nous serons tous mieux vêtus et mieux logés. Que si, au lieu de nourrir un homme à faire des briques, je le fais jouer du violon pour m’amuser, le blé qu'il consomme s’en va; rien de son travail ne reste pour augmenter la richesse et l’aisance de la famille. Je serai donc appauvri par mon joueur de violon, à moins que le reste de ma famille n’ait travaillé davantage ou mangé moins, pour combler ce déficit.

Considérez le monde, voyez ces millions d’hommes, employés à ne rien faire, ou du moins à faire des choses qui ne produisent rien, tandis qu’on est embarrassé pour se procurer les commodités de la vie, et même le nécessaire. Qu est-ce, en général, que ce commerce pour lequel nous nous battons et nous nous égorgeons les uns les autres ? Des millions d’hommes se fatiguent pour des superfluités, et perdent souvent la vie, en s’exposant aux dangers de la mer ? Que de travail ne perd-on pas, en construisant et en équipant de grands vaisseaux, pour aller chercher du thé en Chine, du café en Arabie, du sucre aux Antilles, et du tabac dans l’Amérique. On ne peut pas dire que ce soient là des choses nécessaires à la vie ; nos pères vivaient fort bien sans cela.

On peut faire une question. Tout ce peuple qui est maintenant employé à recueillir, à produire ou à charrier ces superfluités, pourrait-il subsister en cultivant des denrées de première nécessité ? Je crois que oui. La terre est vaste, une grande partie est encore sans culture. En Asie, en Afrique, en Amérique, il y a des centaines de millions d’acres qui sont encore en forêts ; il y en a même beaucoup en Europe. Un homme deviendrait un fermier d importance en défrichant cent acres de ces forêts ; et

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