‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 7 sur 69 · ÉDIT SUR LA LIBERTÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ÉDIT SUR LA LIBERTÉ DU TRAVAIL

statuts, et, sous différents prétextes du bien pub ic, les firent autoriser par la police. La base de ces statuts est d’abord d’exclure du droit d’exercer le métier quiconque n’est pas membre de la communauté ; leur esprit général est de restreindre, le plus qu’il est possible, \e nombre des maîtres, de rendre l'acquisition de la maîtrise d une difficulté presque insurmontable pour tout autre que pour les enfants des maîtres actuels. C’est à ce but que sont dirigées la multiplicité des frais et des formalités de réception, les difficultés du chef-d’œuvre, toujours jugé arbitrairement, surtout la cberté et la longueur mutile des apprentissages, et la servitude prolongée du compagnonnage ; institutions qui ont encore 1 objet de faire jouir les maîtres gratuitement, pendant plusieurs années, du travail des aspirants.

« Les communautés s’occupèrent surtout d écarter de leur territoire les marchandises et les ouvrages des forains; elles s’appuyèrent sur le prétendu avantage de bannir du commerce des marchandises qu elles supposaient être mal fabriquées. Ce motif les conduisit à demander pour elles-mêmes des règlements d’un nouveau genre, tendant à prescrire la qualité des matières premières, leur emploi et leur fabrication. Ces règlements, dont l’exécution fut confiée aux officiers des communautés, donnèrent à ceux-ci une autorité qui devint un moyen non seulement d’écarter encore plus sûrement les forains, sous prétexte de contravention, mais encore d assujettir les maîtres mêmes de la communauté à l’empire des chefs, et de les forcer, par la crainte d’être poursuivis pour des contraventions supposées, à ne jamais séparer leurs intérêts de l’association, et par conséquent à se rendre complices de toutes les manœuvres inspirées par l’esprit de monopole aux principaux membres de la communauté.

« Parmi les dispositions déraisonnables et diversifiées

à l’infini de ces statuts, mais toujours dictées par le plus grand intérêt des maîtres de chaque communauté, il en est qui excluent entièrement tous autres que les fils de maîtres, ou ceux qui épousent des veuves de maîtres; d’autres rejettent tous ceux qu’ils appellent étrangers, c’est-à-dire ceux qui sont nés dans une autre ville. Dans un grand nombre de communautés, il suffit d’être marié pour être exclu de l’apprentissage et par conséquent de la maîtrise. L’esprit de monopole qui a présidé à la confection de ces statuts a été poussé jusqu’à exclure les femmes des métiers les plus convenables à leur sexe, tels que la broderie, qu’elles ne peuvent exercer pour leur propre

compte.

« Nous ne suivrons pas plus loin l’énumération des dispositions bizarres, tyranniques, contraires à l humanité et aux bonnes mœurs, dont sont remplis ces espèces de codes obscurs rédigés par l’avidité, adoptés sans examen, dans des temps d’ignorance, et auxquels il n’a manqué, pour être l’objet de l’indignation publique, que d être

connus.

« C’est sans doute l’appât des moyens de finance qui a prolongé l’illusion sur le préjudice immense que l’existence des communautés cause à l’industrie et sur l’atteinte qu’elle porte au droit de travail. Cette illusion a été portée chez quelques [personnes jusqu’au point d’avancer que le droit de travailler était un droit royal que le prince pouvait vendre, et que les sujets devaient acheter.

« Nous nous hâtons de rejeter une pareille maxime.

« Dieu, en donnant à l’homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme, et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible

de toutes.

« Nous regardons comme un des premiers devoirs de notre justice et comme un des actes les plus dignes de

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