‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 10 sur 302 · XVIII NOTICE SLR LA VIE ET L OEUVRE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE SLR LA VIE ET L OEUVRE

et politique : la royauté est morte, la République est impossible, aucun régime, sinon peut-être le despotisme militaire, n'a chance de s'établir.

C'est ce que prouve, à qui sait retrouver dans les révolutions d'autrefois les traits singuliers de la Révolution française, l'étude des cinq moments principaux de l'histoire ancienne : 1° l'établissement des républiques en Grèce; 2° la sujétion de ces républiques sous Philippe de Macédoine et Alexandre; 3° la chute des rois a Rome; 4° la subversion du gouvernement populaire au profit des Césars; 0" le renversement de l'Empire par les Barbares*.

On sent tout l'aventureux de ces théories. De quel poids pouvaient être en un si formidable sujet les conclusions d'un homme jeune et malheureux « qui n'avait d'opinions arrêtées sur rien, qui ne savait que penser en littérature, en philosophie, en morale, en religion »? « C'est un vrai chaos que ce livre, nous dit lui-même Chateaubriand, un chaos où chaque mot contredit le mot qui le suit. » Est-ce d'abord un livre d'histoire, est-ce une œuvre philosophique? ÎN'i l'un ni,l 'autre et tous les deux à la fois. VEssai fait quelquefois penser à VEspril des Lois ou à VEssai sur les mœurs, plus souvent à VHif'loire philosophique des deux Indes, de l'abbé Raynal. Ce sont de larges tableaux d'histoire, de vastes généralisations où se trouvent rapprochés les hommes et les faits de tout temps. En ces rapprochements, aucun souci ne paraît de la justice et de la vraisemblance. On sourit dePlutarque comparant dans les Vies parallèles à Périclès Fabius Maximus, à Timon Lucullus, à Agésilas Pompée. Que dire de ces parallèles : rionie — le Brabant; la Perse — l'Allemairne ; Darius — Joseph II et Léopold ; Agis — Charles I" ou Louis XVI,

qui temblenl tenir au jeu de la fortune, se reproduisent incessamment dans ce qu'ils onl d'essentiel. »

0 Vùulez-vous prédire l'avenir, considérez le passé; c'est une donnée sùie qui ne vous trompera jamais, si vous partez du principe, le- m ■ uis. »

1 La partie publiée de VEssai ne traite que des révolutions grecques ; \. — HévoIuLions grec(|ues avant Philippe; 11. — Philippe et Alexandre; elle devait être suivie de deux autres volumes qui ne furent jamais écrits.

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au choix; Mardonius — le prince de Cobouri.'; Milliade — Dumouiiez; PausaJiias — Pichei;ru; Thf'iamcMie — Siëyès; Heraclite — J.-J. Rousseau; Tyrtée — Lebrun; Simonide de Céos — Fontanes (!)... Nous en passons et des meilleurs'.

Est-ce à dire que l'œuvre soit d"un ignorant ou d'un homme dénué de sens historique? Nullement. L'érudition du livre, hâtive sans doute et quelquefois peu sûre, est vraiment surprenante : elle accuse dimmenses lectureset une faculté vraiment distinguée d'assimilation. Les jugements eux-mêmes, si hasardeux qu'ils soient, ne manquent pas toujours de sens ou de raison ; les considérations généialcs ont de l'originalité et quelquefois de la profondeur "^ ; il est tel chapitre, sur l'Egypte, sur la Macédoine, sui Carthage dont Chateaubriand pouvait dire lui-même en 182G qu' « à quelques anglicismes près, il les écrirait tels qu'ils sont. ■

Ce qu'il dut renier plus tard et avec d'autant plus de vigueur qu'un moment on s'en fit une arme contre lui, ce sont les idées philosophiques et morales dont sinspire et s'anime VEsmi. Sans doute, il s'y montre déiste à la façon de Jean-Jacques; il croit en un Dieu bon, créateur et protecteur éclairé des hommes : il semble admettre la liberté, bien que l'humanité, comme sous l'action d'une force invisible, lui paraisse condamnée à tourner dans le même cercle. Mais là s'arrêtent ses croyances, si même,

» Lui-mèine dira plus tard ^note del'Ed. 1826;: « Tout est faux danï les parallèles que j'ai prétendu établir. 11 ne leste de ces rapprochementé quedes vérilés de délai! indépendantes du fond e^ de la lornie. » Dpo moins élrang-'s la plupart sont banals: les Athériiens — les Kran;;ais, les Caithnginois ou les Romains— les Anglais ; quelque^-u^s plus ingénieux que justes: la Macédoine — la Pru-sc, Tyr — la lloliandc, la Scyihic — la Suisse.

- 11 y avait quelque; mérite à faire appel dans Texplication des tails hislonqnes non plus seulement à des principes el à des lois abslrailes mai:s à Télude des mœurs; à noter que les publicistes français, en célébrant la constitution populaire, avaient hâté l'avènemcnl de la réj>ublique comme les publicistes grecs, en vantant Ifc gouvernemMit royal, avaient préparé l'avènoment de la monarchie ; à nier que la République, qui ne peut se soutenir que par l'innotence des mœurs, eût en France quelque cliance d'avenir.

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