‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 13 sur 302 · XXII NOTICE SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUR LA VIE ET L ŒUVRE

toujours ', ni pénétré des sérieuses vertus du chrétien : elle n'a été qu'une émotion passagère, plus vive que profonde, plus sentimentale que religieuse. Aussi le Génie a souffert de cette faiblesse de conviction : parce que l'auteur a manqué de foi, le livre est resté peu solide, plus capable de charmer que de persuader les incroyants ou de confirmer les indécis.

Le 8 mai 1800, caché sous le nom du suisse Lassagne, Chateaubriand débarquait à Calais : il portait avec lui les feuilles déjà tirées du Génie et deux esquisses détachées des Nalchez, Atala et Rejié. A Paris ^, il retrouvait M. de Fontanes : par M. de Fontanes il connaissait Joubert, par Joubert il était présenté à M"*^ de Beaumont.

C'était, comparé aux salons de la princesse de Poix ou de M""^ d'Houdetot, de M^^^ de Staël ou de M'"« Récamier, un salon bien discret et bien peu en vue que celui de la comtesse de Beaumont. En revanche, ons'ymontraitjeune d'humeur et large d'idées: ons'y piquait de simplicité noble et de sérieux aimable, on y causait sans prétention. A peine introduit dans ce cercle , Chateaubriand connut l'orgueilleuse joie des triomphes virils : par sa beauté grave, toute dans l'orgueil de la tête, l'au-delà du regard, le charme du sourire, il subjugua M"" de Beaumont. A elle, comme à toutes celles qui l'aimèrent ensuite, il s'imposa plus qu'il ne se donna, gardant l'indépendance de son rêve, l'intégrité de son cœur, plus capable de se laisser adorer comme un être d'ordre supérieur que d'aimer de lui-même sans recherche d'égoïsme, sans souci d'analyse.

Même en la douceur de ce premier amour, il ne s'oubliait pas non plus que le soin de sa renommée et la fortune de son livre. Pour se faire connaître et prendre position, il saisit l'occasion que lui offrait le livre publié par M'i'* de Staël : De la Littérature consid&rée dans ses rapports

• n La bise souffla de nouveau. » — «Cette alternative de doute et de foi a fait longtemps de ma vie un mélange de désespoir et d'inelTables délice.~. »

2 Ses deux sœurs, M"» de Caud (Lucile), M™" de Marigny (Mai'ie-Anne), sa femme, M™" de CLateaubriand vivaient retirées à Fougères.

Page 1