DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND XXIII
avec les Imlitutions sociales. Dans une lettre à son ami Fontanes, qui déjà escarraouchait dans le Mercure, il se posa en adversaire irréconciliable de la perfectibilité et des doctrines philosophiques'; il ne se souvint pas que M™" de Staël était femme : comme si en elle il eût deviné une rivale, il se laissa aller à de presque blessantes insinuations-. M™° de Staël fut bonne et spirituelle : elle usa de son crédit pour faire rayer Chateaubriand de la liste des émigrés. Chateaubriand fut remercier M'"^ de Staël, lui ut réparation dans la préface d'Atala : dès lors, ils se respectèrent l'un l'autre, ils furent presque amis.
Au printemps de 1801 parut Atala ou les Amours de deux Sauvages dans le désert, épisode détaché des ISatchez et destiné, dans la pensée de l'auteur, à servir de couronnement au livre (111, v) du Génie : Harmonies de la Religion chrétienne avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain.
Le succès fut prodigieux, si spontané, si enthousiaste qu'on ne saurait guère lui comparer que le succès de Paul et Virginie ou celui des Méditations de Lamartine. Pourtant le sujet était très simple : « il n'y avait point d'aventures dans Atala. » « La scène, écrivait Fontanes dans le Mercure de France (16 germinal an IX), est dans ces déserts du Nouveau-Monde, au pied des Apalaches, entre les rives de l'Ohio et du Meschacebé. Les acteurs sont un jeune homme et une jeune fille sauvages avec un missionnaire chrétien. Deux amants et un prêtre soutiennent seuls l'intérêt, sans autre événement que l'amour, sans autre? spectacles que ceux de la religion et de la solitude "^ )' . Mais tout, le titre, le cadre, les personnai-'es, les sentiments et les couleurs, s'y révélait original. Même l'œuvre était plus qu'un roman : c'était une sorte de poème, moitié
' La lettre était signée : L'auteur du Génie du Christianisme. Il y disait : « Vous n'ignorez pas que ma folie à moi est de voir Jécus-Christ partout, ooinme M™^ de Staël la perfectibilité... »
2 a En amour M^k^ de Staël a commenté Plièdre; ses observations sont fines et l'on voit par la leçon du scoliaste qu'il a parTaitement entendu son texte. »
2 Cf. Chateaubriand, Préface à'' Atala : « Tout consiste dans la