‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 158 sur 302 · CHANT DE CYMODOCÉE · texte numérisé non relu

CHANT DE CYMODOCÉE

Le souvenir du premier bonheur et du doux pays de la Grèce inspira la fille d'Homère. Elle s'assit devant la fenêtre de la prison, et reposant sur sa main sa tête, embellie du voile des martyrs, elle soupira ces paroles harmonieuses :

« Légers vaisseaux de l'Ausonie, fendez la mer calme et brillante ! Esclaves de Neptune, abandonnez la voile au souffie amoureux des vents ! Courbez-vous sur la rame agile. Reportez-moi, sous la garde de mon époux et de mon père, aux rives fortunées du Pamysus.

a "Volez, oiseaux de Libye, dont le cou flexible se courbe avec grâce, volez au sommet de l'Ithome, et dites que la fille d'Homère va revoir les lauriers de la Messénie !

<i Quand retrouverai-je mon lit d'ivoire, la lumière du jour, si chère aux mortels, les prairies émaillées de fleurs qu'une eau pure arrose, que la pudeur embellit de son souffle^!

« J'étais semblable à la tondre génisse sortie du fond d'une grotte, errante sur les montagnes et nour-

* Ce sont réunies en une ilrophe, toutes les légendes de la naissance et de l'enfance de Dionyso,-, le dieu grec. ' Imité d'Euripide, tJipï)"lute : prière d'Hippoly'e à Artémis.

rie au son des inslrumenf^ rhampétres. Aujourd'hui, dans une prison solitaire, sur la couche indigente de Cérès ! . . .

« Mais d'où vient qu'<^n voulant chanter comme la fauvette je soupire comme la flûte consacrée aux morts? Je suis pourtant revêtue de la robe nuptiale ; mon cœur sentira les joies et les inquiétudes maternelles; je verrai mon fils s'attacher à ma robe, comme l'oiseau timide qui se réfugie sous l'aile de sa mère. Eh ! ne suis-je pas moi-même un jeune oiseau ravi au sein paternel !

« Que mon père et mon époux tardent à paraître I Ah ! s'il m'était permis d'implorer encore les Grâces et les Muses ! Si je pouvais interroger le ciel dans les entrailles de la victime ! Mais j'offense un Dieu que je connais à peine : reposons-nous sur la croix'. »

' • Ce cliant esl peut-être le morceau que j'ai le plus soigné de louvrage. 11 ne s'y Irouve qu'un seul hiatus, encore glisse-t-il assez facilement sur l'oreille. » N. de C.

VItméraire est le récit du voyage que fit Chateaubriand en 1806 et dont Sparte, Athènes, Constantinople, Jérusalem, Alexandrie, Carthage, Grenade furent les principales étapes. Ce voyage, ce ne fut pas dans un simple but de curiosité que l'auteur Fentreprit. Son dessein e'tait autre. Il était désireux de visiter les pays où il avait placé l'action des Martyrs, il allait en Orient pour y « chercher des images. »

Mais comment « voir Sparte, Athènes, Jérusalem, sans faire quelques réflexions?» Et où placer ces réflexions, qui ne trouvaient point leur place dans une . épopée, sinon dans un journal de voyage?

A son apparition, Vltinà'aire fut accueilli avec grande faveur. Plus encore que les considérations de l'auteur, ce furent ses récits, ses portraits et ses descriptions qui lui valurent ce succès. Le livre révéla au public un monde iiblié ou mal connu, des paysages d'une couleur originale, lies mœurs pittoresques et neuves. Il détermina le mouvement d'opinion qui prépara et rendit facile l'émnncipalion de la Grèce. Il fut, en dépit de certaines inexactitudes et de certains arrangements qu'exigeait la présentation au public, pour les voyageurs qui reprirent la même route, « le vrai livre de poste des ruines. »

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