Comment on voyageait en Grèce
A notre tête paraissait notre guide ou le postillon grec à cheval, tenant un autre cheval en laisse: ce second cheval devait servir de remonte en cas qu'il arrivai quelque accident aux chevaux des voyageurs. Venait ensuite le janissaire*, le turban en tête, deux pistolets et un poignard à la ceinture, un sabre au côté, et un fouet à la main pour faire avancer les chevaux des guides. Je suivais, à peu près armé comme le janissaire, portant de plus un fusil de chasse ; Joseph fermait la marche. Ce Milanais était un petit homme blond à gros ventre, le teint fleuri, l'air affable; il était tout habillé de velours bleu; deux longs pistolets d'arçon, passés dans une étroite ceinture, relevaient sa veste d'une manière si grotesque, que le janissaire ne pouvait jamais le regarder sans rire. Mon équipage consistait en un tapis pour m'asseoir, une pipe, un poêlon à café et quelques schalls ' pour m'envelopper la tête pendant la nuit. Nous parlions au signal donné par le guide ; nous grimpions au grand trot les montagnes, et nous les descendions au galop à travers les précipices : il faut prendre son parti ; les Turcs militaires ne connaissent pas d'autre
1 La division que nous avons adoptée ne correspond pas exaclemenl aux divisions mêmes de l'œuvre de r,linleaul)riand.
2 Dans les pnysdOricnl, les voyageurs de di^linclion obtenaient des autnriiés. pour les accompagner el au besoin le» proléger, un ou plusieurs jani-snircs.
3 Le mut était à ce moment d'importation ré<:enle el avait gardé ga physionomie étrangère.
ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM 'A^'h\
manière d'aller, et le moindre signe de frayeur, ou même de prudence, vous exposerait à leur mépris. Vous êtes assis, d'ailleurs, sur des selles de mameluck, dont les élriors, larges et courts, vous plient les jambes, vous rompent les pieds et déchirent les flancs de votre cheval. Au moindre faux mouvement, le pommeau élevé de la selle vous crève la poitrine, et si vous vous renversez en arrière, le haut rebord de la selle vous brise les reins. On finit pourtant par trouver ces selles utiles, à cause de la solidité qu'elles donnent à cheval, surtout dans des courses aussi hasardeuses.
Les courses sont de huit à dix lieues avec les mêmes chevaux : on leur laisse prendre haleine sans manger à peu près à moitié chemin; on remonte ensuite, et l'on continue sa route. Le soir, on arrive quelquefois à un kan\ masure abandonnée où l'on dort parmi toutes sortes d'insectes et de reptiles sur un plr.ncher vermoulu. On ne vous doit rien dans ce kan lorsque vous n'avez pas de firman- de poste : c'est à vous de vous procurer des vivres comme vous pouvez. Mon janissaire allait à la chasse dans les villages: il rapportait quelquefois des poulets que je m'obstinais à payer ; nous les faisions rôtir sur des branches vertes d"oliviers, ou bouillir avec du riz pour en faire un pilau'. Assis à terre autour de ce festin, nous le déchirions avec nos doigts ; le repas fini, nous allions nons laver la barbe et les mains au premier ruisseau. Voilà comment on voyage aujourd'hui dans le pays d'.Vlcibiade et d'Aspasie.
« Knn ou Kban, abri pour 'es caravanes.
2 Firman, permis ou pas*» porta l'u::age des voyageurs et de» étrangers.
3 PUau iju Pilaw, riz cuit à l'eau avec des viandes et fortement é})icé
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