Panorama d'Athènes
Nous employâmes la matinée entière à visiter la citadelle. Les Turcs avaient autrefois accolé le minaret d'une mosquée au portique du Parlhénon. Nous montâmes par l'escalier à moitié détruit de ce minaret; nous nous assîmes sur une partie brisée de la frise du temple, et nous promenâmes nos regards autour de nous. Nous avions le mont Hymette à l'est, le Pentélique au nord, le Parnès au nord-ouest, les monts Icare, Cordyalus ou OEgalée à l'ouest, et par-dessus le premier on apercevait la cime du Cithéron; au sudouest et au midi on voyait la mer, le Pirée, les côtes de Salamine, d'Égine, d'Épidaure, et la citadelle de Corinihe.
Au-dessous de nous, dans le bassin dont je viens de décrire la circonférence, on dislinguait les collines et
1 11 y avait à Athènes deux Céramiques : l'un, dans l'intérieur de la ville, servait de lieu de promenade et de réunion ; l'auire formait un fnubourg el renfermait les jardins d'.\cadémos.
^ Les Moraïtes, habitants de la Morée.
ITINÉRAIRE DE PAriS A JÉRUSALEM 363
la plupart des monuments d'Athènes; au sud-ouest, la colline du Musée avec le tombeau de Philopappus; à l'ouest, les rochers de l'Aréopage, du Pnyx ' et du Lycabettus; au nord, le petit mont Anchesme, et à l'est les hauteurs qui dominent le Stade*. Au pied même de la citadelle, on voyait les débris du théâtre de Bacchus et d'Hérode Atticus. A la gauche de ces débris venaient les grandes colonnes isolées du temple de Jupiter Olympien; plus loin encore, en tirant vers le nord-est, on apercevait l'enceinte du Lycée ^ le cours de rilissus, le Stade et un temple de Diane ou de Cérès. Dans la partie de l'ouest et du nord-ouest, vers le grand bois d'oliviers, M. Fauvel * me montrait la place du Céramique extérieur, de l'Académie ^ et de son chemin bordé de tombeaux. Enfin, dans la vallée formée par l'Anchesme et la citadelle, on découvrait la ville moderne.
Il faut maintenant se figurer tout cet espace tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oliviers, par des carrés d'orge, par des sillons de vignes; il faut se représenter des fûts de colonnes et des bouts de ruines anciennes et modernes sortant du milieu de ces cultures; des murs blanchis et des clôtures de jardin traversant les champs : il faut
' Le tribunal de l'Aréopage siétreail sur la colline d'Ares, àl'O. de l'Acrop le. — La situation du Pnyx, où se réunissaient les assemblées «lu peuple, n'est pas encore exactement déterminée : au temps de Chateauin'iand, on le plaçait sur une esplanade d'environ cinquaute nù^lrcs de diamètre à l'ouest de l'Acropole.
' On donnait le nom de Slade à une enceinte oij se disputaient les prix de la course.
3 Le Lycée était un portique qui se continuait par une promenade sur le^ bords de l'Ilissus C'est là qu'Aristote enseignait.
* Consul de Fronce à Athènes.
5 L'Académie ciait une place située aux environs d'AthèJies, sur lesboidâ du r.éphise, planée d"oliviers et de platanes, ornée d'un temple d'.\tli'iia cl iraulcls dédiés aux Muses, à Promélhée, à Hercule. Platon y enseigna.
répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l'eau ou qui lavent à des puits les robes des Turcs; des paysans qui vont et viennent, conduisant des ânes ou portant sur leurs dos des provisions à la ville; il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si célèbres, toutes ces lies, toutes ces mers non moins fameuses éclairées d'une lumière éclatante. J'ai vu, du haut de l'Acropolis, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette; les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre le long des flancs de l'Hymette et annonçaient les parcs ou les chalet^ des abeilles; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher; les sculptures de Phidias', frappées horizontalement d'un rayon d'or s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant comme un rocher de pourpre et de feu.