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devait relever ceux qui avaient perdu la foi dans la vertu de la foi, affermir ceux qui ne s'étaient point détachés des anciennes croyances et aux âmes meurtries par tant de souffrances offrir des consolations demeurées efficaces.
De prouver la vérité du Christianisme, il n'était nul besoin. Ce quil fallait, c'était, en réponse aux philosophes qui avaient moins discuté que raillé, moins jugé que condamné sans preuves, « appeler tous les enchantements de lïmaginatiou et tous les intérêts du cœur au secours de cette même religion contre laquelle on les avait armés. »
Aussi Ginguené a-t-il beau jeu dans la plupart des repro'^hes* qu'il adresse à tout ce qui est d'apologie dans le Génie xhi Christianisme (I" partie : Des dogmes et de ladoctrine^].
Assurément, il est d'une logique peu rigoureuse de ne prouver l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme qu'après avoir cru démontrer la vraisemblance des mystères, la bonté des sacrements, l'authenticité et la véracité des Écritures. Il est hasardeux de rejeter les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu^ pour s'en tenir aux preuves tirées de la finalité et du spectacle des beautés de la nature : il n'est peut-être pas sans valeur, à coup sûr, après la Profession de foi du Vicaire savoyard, il n'est guère original de faire reposer sur la nécessité d'une loi morale la nécessité d'une seconde vie. Enfin il est puéril de justifier la Trinité par les propriétés merveilleuses du nombre 3 ; d'alléguer, à l'appui de la légende biblique du péché originel, l'aptitude du serpent à se dépouiller de sa robe, à changer de couleurs et l'espèce d'horreur sacrée qui de tout temps chez certains peuples lui est demeurée attachée ; de prétendre, pour excuser le célibat des prêtres, que " dans les trois règnes, la virginité est la source des
1 Voy. ; Décade philosophique et littéraire. An X, n"' 27. 28, 29.
2 Le Génie comprend quatre parties : 1. — Dogmes et doctrine; II. — Poétique du Chrisiianisme; III. — Beaux-Arts et Littérature; IV. — Culte.
3 o Nous écarterons des preuves de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme les idées abstraites p lur n'employer que les raisons poétiques elle- raisons de sentiment. »
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grâces et la perfection de la nature'. » De même, des lieux communs sur la beauté, la douceur, lu iirandeur des choses mystérieuses ne suffisent pas à prouver la vérité des Mystères ; de ce que « la communion présente une pompe charmante et enseigne la morale », de ce qu' « elle est l'offrande des dons de la terre au Créateur et rappelle la sublime et touchante histoire du fils de Dieu », il ne suit pas qu'au pain et au vin consacrés sont présents le corps et le sanpdu Christ.
Vraiment c'est trahir une cause que de la défendre ainsi avec des arguments qui semblent solliciter des circonstances atténuantes ; c'est méconnaître la vraie beauté' et le sens grave du christianisme que de le présenter sous d'aussi riantes et fausses couleurs-. Nous sommes trop loin de la « folie de la croix », très près de regretter la logique brûlante de Pascal et cette hautaine ironie qui accable l'homme du sentiment de son néant et le jette aux pieds de Dieu tout meurtri d'angoisse.
Aussi, pour n'être pas une apologie, le Génie s'est réduit à n'être qu'une suite de tableaux faiblement rattachés l'un à l'autre et formant un ensemble un peu lâche : tel est en particulier le caractère de la l'^ partie : Dogmes et doctrine et de la IV" : Culte.
Dans la 11^ et la III" partie, celles où l'auteur, k pour parler son langage, après avoir jeté des fleurs sur les choses grandes et profondes, approfondit les choses agréables 3 », Chateaubriand s'est montré plus original et plus
1 Autre argument sinijuliei' — à fu^ase de.- moralistes... et des malthusiens : — Le législateur des chrétiens naquit d'une vierge, et mourut vierge. N'a-t-il pas voulu nous enseigner par là, sous les rapports politiques et naturels, que la terre était arrivée à son coni|jlémeiil (l'habitants, et que, loin de multiplier les géaéraiions, il faudrait désormais les restreindre ? ».
2 Cf. Guinfînené : « Si le Génie est un livre dogmatique, la panio poétique est de trop ou n'est pas ce qu'elle devrait être. Elle es' remplie d'images profanes que la religion du Christ, et encore plus la religion des papes (?) proscrit. La poésie des prophètes, du psalinislc et des hymnographesest la seule qu'elle approuve; à ses yeux austèrPb, l<>ui le reste est vanité. »
* De Uuiiald, Article sur le Gcnia du Christianisme.
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sérieux. Il avait à prouver qu'en renouvelant Tâme humaine, le christianisme avait transformé les caractères, les passions et les sentiments et avec eux les repre'sentations qu'en avaient données jusque là les diverses formes d'art : cette cause, il Ta soutenue en avocat brillant et, tout au moins dans les questions d'ordre littéraire, en homme qui sait ce dont il parle. Des beaux-arts, lui-même le reconnaît, tout ce qu'il a dit dans le Génie^ « est étriqué et souvent faux ; à cette époque, il n'avait vu ni l'Italie, ni la Grèce, ni l'Egypte » : peut-être, sans cela, n'eût-il point osé soutenir la supériorité de l'art chrétien comparé à l'art antique
Sur les autres matières, il est vraiment bien renseigné. Il sait l'antiquité et reconnaît w à leur sang » les œuvres des Anciens. Il a lu et pratiqué la Bible, il goûte Homère, Théocrite, Virgile, il est familier avec nos grands écrivains, il les juite sans recherche d'indépendance comme sans excès de docilité. Même, ce qui est rare à cette date, il peut parler des œuvres étrangères : il n'ignore ni la I}ivine comédie, ni la Jérusalem délivrée, ni le Paradis perdu.
Son mérite en ces payes est vraiment singulier :
i° Il a su se garder de la critique mesquine des défauts pour ne s'attacher qu'à la critique large des beautés; il n'a point étudié les œu\Tes impersonnelles et mortes, mais vivantes, replacées dans leur vrai milieu, inséparables de leur auteur.
2" A la superstition de l'antiaulté, à l'imitation mal comprise des modèles classiques, il a substitué l'admiration féconde de toute œuvre originale et forte : ainsi, en même temps qu'il replaçait à sa vraie hauteur l'œuvre des modernes, il aidait à retrouver le sens de ia beauté antique.
1 Voy. en particulier ce qu'il dit de la Musique : n Le musicien qui veut suivre la religion dans tous ses rapports est obligé d'apprendre rimilation des harmonies de la solilude. Il faut qu'il connaisse ces notes mélancolinues que rendent bs eaux et les arbres; il faut qui! ail étudié le bruit des vents dans les cloîtres, el ce» murmure» qui régnent dan» l'herbe des cimetières, dans les souterrains des morts et dans les temples gothiques. »
DE F.-fl. IjE chateaubriand XX1\
3° Pour toujours-, il a débarrassé la poésie de cette mytholqfîie vieillotte, parasite vivace, dont elle mouraif étouffée : à ses efTr>rts, puisqu'il n'a point am^né la cause du mei'veWeux chrétien, la poésie a obtenu do se sentir libre de toute entrave, dégagée de tout faux nmeraent. Un art nouveau a pu naître, indépendant dp toute forme fixe, capable de rendre en leur absolue vérité Ips sentiments et les passions que l'on pouvait croire épuisô>?.
Aussi haute est la valeur d'ensemble de ops deux parties. Dans le détail, sur les lois des genres : épopée *, tragédie ^, histoire 3, essais de morale ou de politique, re sont des idée? ingénieuses et fines; sur la nature des finx^ions, sur leui transformation par l'influence chrétienne * , ce sont de neuves et profondes remarques; sur h's œuvres et les écrivains : Homère et la Bible qu'il a juji^s pn p'^ète, Virgile et Racine, dont il a tracé un admirable puailèle, le Tasse, dont il goûtait l'élégance noble et le charme romanesque
» « Dana toute épopée les hommes et leur* passions sont faits pour occuper la première et la plus grande plare. Ainsi tout poème où une relieion fst employée comvae sujet et non i^nm ne accessoire, où le merveilleux est le fond et non Vaccideyit du tableau pèche essentiellement par la base. — Ce t ce qu'on ppot reprocher au Paradis perdu de Milton, ainsi qu'à YEnfer dp Dante; le merveilleux est le su]et et non la machine de l'ouvr-icrp. «
- « Le poète est oMigé de pr^^ndre les acteurs '\p la iraeédie dans une condil on élevée. Mais si le personnage doii Atie éloiarné du tpcctateui par ^on rang, il doit être près de lui far son malheur. »
* a La grande vue à saisir pour l'histoiif-ii moderne, c'est le changement que le christianisme a opéré dgns l'ordre social. »
* o Le Christianisme a changé les rapports des i>as.«ions en changeant les bases du vice et de la vertu; sans ctv e occupé de mettre un frein aux passions des hommes, il a u menié nécessairement le jeu des passions dans le drame -l dans l'épopée. — Ce que nous appelons proprement amour parmi irons pst un sentiment dont lanliqnité a ignoré jusqu'au non; le Christianisme ajf^té de sa spiritualité jusque dans le penchant ipii en paraissait le moins susceptible. — On aura beau prendra |ioui' héroïne une vestal'- grecque ou romaine, jamais on n'étiblira r.e combat entre la chair et l'esprit, qui appartient au dogme et à la morale du Christianisme. »
XXX NOTiCE SLR LA VIE ET L O&UVRE
Pascal, qu'il a été lo vv<^niier à comprendre, La Bruyère, Bernardin de Saint-Pierre, d'intéressants jugenients, des vues hardies et personnelles.
Reiié, dans la première édition du Génie, faisait suite au chapitre (11* partie, 1. III. ch. IX), intitulé Du vague des Passions. Il était là, s'il faut en croire l'auteur, afin de prouver que « la religion est la seule ressource dans les grands malheurs de la vie »; il vaut, au fond, non par ce qu'il prétend prouver, mais par le portrait idéal qu'y a de luimême tracé Chateaubriand, par la création du type de René, le plus éloquent, le plus passionné de ceux en qui s'est incarné l'ennui de vivre.
Ce René, si nous voulons le connaître en la vérité de sa nature, ce n'est pas seulement dans René, c'est aussi dans les Natchez qu'il faut l'étudier. Épopée en sa première partie, roman en la seconde, singulière de fond et de forme, l'œuvre des Natchez a vraiment de rares mérites. Si, un moment, elle se pare d'oripeaux épiques, si elle pèche par l'abus du style noble et des périphrases, elle se présente avec d'éclatants et gracieux paysages, avec, dans la foule plus remuante que vivante de ses acteurs, quelques personnages vigoureusement ou délicatement dessiné?, l'indomptable Adario, le généreux d'Artaguette, le noble Outougamiz, Céluta, réponse mélancolique de René, la piquante Mila. Quant aux caractères de premier plan, Chnctas et René, ce sont vraiment d'originales créations. Encore, Chactas a-t-il quelques traits qui rappellent le déjà vu : il a des accents qui sont de René', il rappelle par moments les personnages sans vie des Lettres Siamoises ou Persanes (comme IJsbek et Rica, il voyage, il. juge nos institutions et nos mœurs avec une impartialité et des sauvageries de
' « Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos amouis : superbes forêts qui agitiez vus lianes et vos dômes comme les rideaux et le ciel de notre couche, Pins embrasés qui formiez les flai. beaux de notre hymen, Fleuve déliordé, Montagnes mugir-saules, allreuse et sublime nature, u'éiiez-vous donc qu'un appareil préparé pour nous tromper, et ne pùtes-vous cacher un moment dans vos mystérieuses horreurs la félicité d'un homme! » Atala.