‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 173 sur 302 · La Grèce en · texte numérisé non relu

La Grèce en

Les voyageurs qui se contentent de parcourir l'Europe civilisée sont bien heureux ; ils ne s'enfoncent point dans ces pays jadis célèbres, où le cœur est

1 M. Pengali était attaqué ae la jnerre.

2 « Ariïtée, dont Virgile a clianté les abeille:^ ou un autre Aristée, roi d'Aifailie, ?e relira à Céo?. Co fut lui qui obtint de Jupiter les vents étésiens pour modérer l'ardeur de la canicule. Simonide et Bacchylide étaient de la ville dloulis. » G.

ITINÉRAIRE DE l'AUIS A JÉRUSALEM 379

flétri à chaque pas, où des ruines vivantes détournent à chaque instant votre attention des ruines de marbre et de pierre. En vain dans la Grèce on veut se livrer aux illusions : la triste vérité vous poursuit. Des loges de boue desséchée, plus propres à servir de retraite à des animaux qu'à des hommes ; des femmes et des enfants en haillons, fuyant à l'approche de l'étranger et du janissaire; les chèvres mêmes effrayées se dispersant dans la montagne, et les chiens restant seuls pour vous recevoir avec des hurlements : voilà le spectacle qui vous arrache au charme des souvenirs. Le Péloponèse est désert : depuis la guerre des Russes, le joug des Turcs s'est appesanti sur les Moraïtes' ; les Albanais ont massacré une partie de la population. On ne voit que des villages détruits par le fer et par le feu : dans les villes, comme à Misiira, des faubourgs entiers sont abandonnés; j'ai fait souvent quinze lieues dans les campagnes sans rencontrer une seule habitation. De criantes avanies, des outrages de toutes les espèces, achèvent de détruire de toutes parts l'agriculture et la vie; chasser un paysan grec de sa cabane, s'emparer de sa femme et de ses enfants, le tuer sous le plus léger prétexte, est un jeu pour le moindre aga du plus petit village. Parvenu au dernier degré du malheur, le Moraïte s'arrache de son pays et va chercher en Asie un sort moins rigoureux. Vain espoir! il ne peut fuir sa destinée : il retrouve des cadis et des pachas^ jusque dans les sables du lourdain et dans les déserts de PalmyreM

1 La dernière guerre avec la Russie s'était terminée en 1792 par te traité d'la»sy, qui fixait au Dniestr la limite des deux empires. Cette paix donna aux Turcs la liberté d'étoulTer les derniers restes de l'insurrection des Maïnoles.

2 L'aga est un chef militaire, chargé parfois de l'administration civile d'un territoire; le cadi rend la justice; le pacha gouverne une province.

' Palmyre, qui porta au temps de Salomon le nona de Tadmor

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LAttique, avec un peu moins de misère, n'offre pas moins de servitude. Athènes est sous la protection im- Aiédiate du chef des eunuques noirs du sérail. Un disrlar, ou commandant, représente le monstre protecteur auprès du peuple de Solon. Ce disdar habite la citadelle remplie des chefs-d'œuvre de Phidias et d'Ictinus, sans demander quel peuple a laissé ces débris, sans daigner sortir de la masure qu'il s'est bâtie sous les ruines des monuments de Périclès : quelquefois seulement le tyran automate se traîne à la porte de sa tanière ; assis les jambes croisées sur un sale tapis, tandis que la fumée de sa pipe monte à travers les colonnes du temple de Minerve, il promène stupidement ses regards sur les rives de Salamine et sur la mer d'Épidaure.

On dirait que la Grèce elle-même a voulu annoncer par son deuil le malheur de ses enfants. En général, le pays est inculte, le sol nu, monotone, sauvage, et d'une couleur jaune et flétrie. 11 n'y a point de fleuves proprement dits, mais do petites rivières, et des torrents qui sont à sec pendant l'été. On n'aperçoit point ou presque point de fermes dans les champs, on ne voit point de laboureurs, on ne rencontre point de charrettes et d'attelages de bœufs. Rien n'est triste comme de ne pouvoir jamais découvrir la marque d'une roue moderne là où vous apercevez encore, dans le rocher, la trace des roues antiques. Quelques paysans en tunique, la tête couverte d'une calotte rouge, comme les galériens de Marseille, vous donnent en passant un triste kali spera (bonsoir). Ils chassent devant eux des ânes et des petits chevaux, les crins échevelés, qui leur suffisent pour porter leur mince équipage champêtre, ou le produit de leur vigne.

et dont il nous reste des ruines magnifiques, fe trouvait en Syrie, à 00 lieues au N.-E. de Damas, à 3j lieufs de rEuphi-ate : elle fut, au temps d'Odénat et de Zénobie, la capitale d'un puissant empire.

ITINERAIRE DE PAUIS A jriKL'SALF.M îSl

Bordez cette terre dévastée d'une mer presque uussi solitaire; placez sur la pente d'un rocher une vedette délabrée, un couvent abandonné; qu'un minaret s'élève du sein de la solitude pour annoncer l'fsclavage, qu'un troupeau de chèvres et de moutons paisse sur un cap parmi des colonnes en ruines, que le turban d'un voyageur turc mette en fuite les chevriors et rende le chemin plus désert, et vous aurez une idée assez juste du tableau que présente la Grèce.

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