‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 174 sur 302 · Scène des Mille et une Nuits · texte numérisé non relu

Scène des Mille et une Nuits

11 était minuit quand nous arrivâmes au kan de Ménémen'. J'aperçus de loin une multitude de lumières éparses : c'était le repos d'une caravane. En approchant je distinguai les chameaux, les uns couchés, les autres debout ; ceux-ci chargés de leurs fardeaux, ceux-là débarrassés de leur bagages. Des chevaux et des ânes débridés mangeaient l'orge dans des seaux de cuir : quelques cavaliers se tenaient encore à cheval, et les femmes voilées n'étaient point descendues de leurs dromadaires. Assis les jambes croisées sur des tapis, des marchands turcs étaient groupés autour des feux qui servaient aux esclaves à préparer le pilau ; d'autres voyageurs fumaient la pipe à la porte du kan, mâchaient de l'opium, écoutaient des histoires. On brûlait le café dans les poêlons ; des vivandières allaient de feu en feu, proposant des gâteaux de blé grue, des fruits et de la volaille: des chanteurs amusaient la foule ; des imans faisaient des ablutions, se prosternaient se relevaient, invoquaient le Prophète ; des chameliers dormaient étendus sur la terre. Le sol était jonché de ballots, de sacs de coton, de couffes^ de riz. Tous ces objets, tantôt distincts el

' Ménémen-Ebkélessi, petit port d'Analolie. * Couffe, ballot fait de jonc ou de sparlene

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vivement éclairés, tantôt confus et plongés dans une demi- ombre, selon la couleur et le mouvement des feux, offraient une véritable scène des Mille et une Nuits. Il n'y manquait que le calife Aroun-al-Raschid\ le visir Giaffar et Mesrour^, chef des eunuques.

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