Débarquement de Napoléon
Une nuit, entre le 25 et le 26 février, au sortir d'un bal dont la princesse Borghèse * faisait les honneurs, ii s'évade avec la victoire, longtemps sa complice et sa camarade ; il franchit une mer couverte de nos flottes, rencontre deux frégates , un vaisseau de 74 et le brick de guerre le Zéphyr qui l'accoste et l'interroge ; il répond lui-même aux questions du capitaine ; la mer et les Ilots le saluent, et il poursuit sa course. Le tillac de rinconslant, son petit navire, lui sert de promenoir et Je cabinet; il dicte au milieu des vents, et fait copier sur cette table agitée, trois proclamations à l'armée et
i Pauline Bonaparte (1781-1825), sœur de Napoléon I". Elle a\ jit été mariée au général Leclerc (1797). Après la mort de celui-ci, elle épousa (1S03) le prince Camille Borehèse, dont elle tarda peu à se séparer. Elle était fort dévouée à l'Empereur : clic vint le rejoindre à l'île d'Elbe et, après le débarquement, lui envoya ses diamants à Paris. C'était une très bdlft et très aimable l'oMime. Elle protégea les artistes et posa, dit-on, devant Canova.
MÉMOIRES d'outre-tombe 435
à la France; quelques felouques chargées de ses compagnons d'aventures portent, autour de sa barque amirale, pavillon blanc semé détoiles. Le 1" mars, à trois heures du matin, il aborde la côte de Franco ontre Cannes et Antibes, dans le golfe Juan : il descend, parcourt la rive, cueille des violettes et bivouaque dans une plantation d'oliviers. La population stupéfaite se retire. 11 manque Antibes et se jette dans les montagnes de Grasse, traverse Séranon, Barrème. Digne et Gap. A Sisteron, vingt hommes le peuvent arrêter, et il ne trouve personne. 11 s'avance sans obstacle parmi ces habitants qui. quelques mois auparavant, avaient voulu l'égorger . Dans le vide qui se forme autour de son ombre gigantesque, s"il entre quelques soldats, ils sont invinciblement entraînés par lattraction de ses aigles. Ses ennemis fascinés le cherchent et ne le voient pas; il se cache dans sa gloire, comme le lion du Sahara se cache dans les rayons du soleil pour se di'roberaux regards des chasseurs éblouis. Enveloppés ijans une trombe ardente, les fantômes sanglants dArcole, de Marengo, d'Austerlitz, d'Iéna, de Friedland, d'Eylau, de la Moskowa, de Lutzen, de Bautzen, lui font un cortège avec un million de morts. Du sein 'le cette colonne de feu et de nuée, sortent à l'entrée. lies villes quelques coups de trompette mêlés aux signaux du labarum tricolore : et les portes des villes t'imbent. Lorsque Napoléon passa le Niémen ii la tête 'le quatre cent mille fantassins et de cent mille chevaux pour faire sauter le palais des czars à Moscou, il fut moins étonnant que lorsque, rompant son ban, jetantses fers au visase des rois, il vint seul, de Cannes ù Paris, coucher paisiblement aux Tuileries.
436 CUATEAUBWA.ND
6 — A Gand.