‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 207 sur 302 · MADAME LA DUCUESSE DE LEVIS · texte numérisé non relu

MADAME LA DUCUESSE DE LEVIS

M"* la duchesse de Lévis' était une personne très-belle, très-bonne, aussi calme que M"" la duchesse de Duras était agitée. Elle ne quittait point M"* de Chateaubriand; elle fut à Gand notre compagne assidue. Personne n'a répandu dansma vie plus de quiétude, chose dont j'ai grand besoin. Les momenls les moins troublés de mon existence sont ceux que j'ai passés à Noisiel, chez celte femme dont les paroles et les sentiments n'entraient dans votre âme que pour y ramener la sérénité. Je les rappelle avec regret, ces moments écoulés sous les grands marronniers de Noisiel! L'esprit apaisé, le cœur convalescent, je regardais les ruines de l'abbaye de Chelles, les petites lumières des barques arrêtées parmi les saules de la Marne.

Le souvenir de M""* de Lévis est pour moi celui d'une silencieuse soirée d'automne. Elle a passé en peu d'heures ; elle s'est mêlée à la mort comme à la source de tout repos. Je l'ai vue descendre sans bruit dans son tombeau au cimetière du Pére-Lachaise ; elle

' Son- innri, le duc de Lévis, élail rentré de l'émigralion après le \S BiLiinaire; i! fui sous Louis XV] Il uiembre du Conseil privé, pair de France, académicien.

est placée au-dessus de M. de Fontanes, et celui-ci dort auprès de son fils Marcellin', tué en duel. C'est ainsi qu'en m'inclinant au moniiment de M""' de Lévis, je suis venu me heurter à deux autres sépulcres : rhomme ne peut éveiller une douleur sans en réveiller une autre : pendant la nuit, les diverses tleurs qui ne s'ouvrent qu"à l'ombre s'épanouissent.

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