‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 21 sur 302 · XXXIV NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE

de la religion chre'tienne assuré par le sacrifice de deux victimes de choix.

Dès 1805, le plan du poème était conçu, les cinq premiers chants écrits : le 13 juillet 1806, en artiste sincère qui ne veut décrire que ce qu'il a vu, il partait pour rOrient. A loisir, il visita la Morée et TAttique, ne fit que passer en Vnatolie et s'arrêter à Constantinople, traversa lentement toute une partie de la Syrie et lit séjour à Jérusalem, puis au retour brûla lÉgypte, Tunis, l'Espagne : le premier de nos écrivains, il faisait ce voyage au pays des ruines et des antiques souvenirs qui est devenu le circulaire classique des plus humbles lettrés. Il était à Paris le 5 juin 1807; bientôt, installé dans sa petite maison de la Vallée aux Loups, il se remettait a.ux Martyrs : deux ans lui furent nécessaires pour mettre au point les descriptions et le style de sa nouvelle œuvre.

A tant de conscience, le succès ne répondit point. Lorsque parurent les Martyrs, la critique se montra dure *, le public assez froid : seul Fontanes, en des Stances qui rappellent i'Èpître à Racine sur l'utilité des ennemis, essaya de relever l'auteur, abattu par cette disgrâce. Plus simple, plus varié de ton, Vltinéraire de Paris à Jérusalem, vrai « livre de poste des ruines », devait être accueilli avec grande faveur et charmer les goûts les plus rebelles.

C'est dans les Natchez, « cette reprise d'Homère en irequois » (Sainte-Beuve), que Chateaubriand s'était fait la main au travail de l'épopée : il y avait prodigué, et avec plus de richesse que de sûreté de goût, dans un mélange de « charmant et de grotesque », les procédés épiques de toute nature : figures, similitudes ingénieuses ou bizarres, ornements empruntés au merveilleux chrétien.

Les Martyrs n'ont plus rien de cette extravagance. Ils représentent, comparés aux Natchez et au Dernier A bencerage « le moment le plus parfait et le plus juste, celui dans lequel le talent se montre encore très développé, et où il n'e&t pourtant plus aussi extraordinaire et aussi étrange. » (Sainte-Beuve.)

1 En particulier HoiTnaann, dans ses arliclas du Journal de l'Empire.

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