‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 22 sur 302 · DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND XXXV · texte numérisé non relu

DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND XXXV

Les défauts, il y en a, tiennent, les uns au senre, les autres aux intentions de l'auteur ou aux erreurs passagères de son goût. Le genre de l'épopée en prose, en dépit d'illuslies exemples, a le tort d'être un genre bâtard, ni franchemcMit poème, ni franchement roman : l'œuvre elle-même, celui d'avoir pris la pire forme de l'épopée, la forme systématique : elle est une épopée à thèse, et, ce qui est grave, une épopée à thèse qui ne prouve pas toujours. Il y a du sophisme dans le portrait du sophiste Hiéroclès et un peu de mauvaise foi à toutes les pages où l'auteur essaie de démontrer que le Christianisme a renouvelé l'âme humaine et transformé les caractères. Il y a dans les fictions qui doivent mettre en lumière la supériorité du merveilleux chrétien, de la puérilité, de l'effort en pure perte, un abus fâcheux des abstractions, trop de souvenirs de Dante et surtout de Milton : toutes ces machines sont froides, sans grâce ou sans grandeur ; plus riantes demeurent encore les légendes qu'évoquent les récits de Démodocus ou les chants de Cymodocée. Enfin les anachronismes, quelque soin que l'auteur ait pris de s'en excuser, demeurent un peu étranges pour les esprits exacts, il est choquant de voir mêlées des couleurs aussi disparates qufî celles du merveilleux homérique et de la fiction alexandrine, de l'allégorie chère au moyen âge et du catholicisme moderne, de trouver rapprochés et réunis les événements les plus éloignés, les personnages les plus éirangers l'un à l'autre.

En revanche, la composition est forte et simple : simple, comme celle des belles œuvres classiques, forte et serrée plus qu'en aucun livre de l'auteur :une fois au moins, Chateauhriand s'est plu à construire une œuvre solide. L'action y est attachante par la grandeur des intérêts en cause, par la vérité des caractères et des passions : c'est la suprême épreuve et la victoire définitive du Christianisme, c'est Eudore, revenu des égarements de la jeunesse, purifié par le repentir, faisant à sa foi le don de sa vie, le sacrifice plus difficile encore de son amour, entraînant celle qui l'aime, Cymodocée, dans son triomphe; ce sont, dans le chœur des personnages, à côté d'Eudore en qui a vécu l'âme de Hené, en qui l'emporte enfin l'homme nouveau,

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