‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 211 sur 302 · Mort du duc de Berry · texte numérisé non relu

Mort du duc de Berry

Je venais de me coucher, le 13 février au soir, lorsque le marquis de Vibraye entra chez moi pour m'apprendre l'assassinat du duc de Berry. Danssaprécipita-

« De MM. de Villèle et de Corbière, il sera parlé plus loin et longuement. — M de Vitrolles avait, en 1815, servi efficacement la cause de la Restauration : il avait fait partie de la Chambre introuvable et, ainsi que M. de Castelbajac, il s'était jeté avec ardeur dans la lui te contre les ministres.

2 Le caidiiial de La Luzerne avait été député aux Etals-Généraux de 17(59 et avait émigré dès 1791. La Restauration le fit pair de France et lui donna, en 1817, le chapeau de cardinal.

tion, il ne me dit pas le lieu où s'était passé l'événement. Je me levai à la hâte et je montai dans la voiture de M. de Vibraye. Je fus surpris de voir le cocher prendre la rue de Richelieu, et plus étonné encore (juand il nous arrêta à TOpéra : la foule aux abords était immense. Nous montâmes, au milieu de deux haies de soldats, par la porte latérale à gauche, et, tjomme nous étions en habits de pairs, on nous laissa passer. Nous arrivâmes à une sorte de petite antichambre : cet espace était encombré de toutes les jiersonnes du château. Je me faufdai jusqu'à la porte d'une loge et je me trouvai face à face de M. le duc d'Orléans. Je fus frappé d'une expression mal déguisée, jubilante, dans ses yeux, à travers la contenance contrite qu'il s'imposait; il voyait de plus près le trône. Mes regards l'embarrassèrent; il quitta la place et me tourna le dos. On racontait autour de moi les détails du forfait, le nom de l'homme, les conjectures des divers participants à l'arrestation ; on était agité, affairé : les hommes aiment ce qui est spectacle, surtout la mort, quand cette mort est celle d'un grand. A chaque personne qui sortait du laboratoire ensanglanté, on demandait des nouvelles. On entendait le général A. de Girardin* raconter qu'ayant été laissé pour mort sur le champ de bataille, il n'en était pas moins revenu de ses blessures : tel espérait et se consolait, tel s'affligeait. Bientôt le recueillement gagna la foule ; le silence se fit ; de l'intérieur de la loge sortit un bruit sourd : je tenais l'oreille appliquée contre la porte : je distinguai un râlement : ce bruit cessa ; la famille royale venait de recevoir le dernier soupir d'un petit-fils de Louis XIV.

i A. de Girardin (1776-1855), s'était di.-tingué dans les guene* de TEvipire et en particulier dans la campagne de France. Il était à ce m«i»enl grand-veneur du roi Louis XVIII.

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