XXXVI NOTICE SUR LA VIE ET L CEUVRE
à côté de Cymodocée, toute grâce dans le charme de son imagination païenne et la pudeur de ses sentiments chrétiens, les vieillards Lasthénès et Cyrille, graves et souriants, les jeunes hommes Constantin, Augustin, Jérôme, tout aux séductions trompeuses du plaisir, Velléda enfin. Tune des plus originales créations du poète, celle en qui vit le plus brûlante, l'impérieuse et fatale violence de la passion; seuls prêtent à la critique les portraits poussés au noir du tyran Galérius, du sophiste Hiéroclès et, « cette charge de Nestor » (Sainte-Beuve), le bon vieillard Uémodocus aux doctes et sentencieux propos? Non moins riches d'intérêt et de vie sont les épisodes des Martyrs : la visite de Démodocus et de Cymodocée à Lasthénès; les aventures d'Eudore : erreurs et fautes à Rome, combats aux frontières de la Gaule, faiblesse dernière entre les bras de Velléda ; les suprêmes épreuves , le martyre d'Eudore et de Cymodocée : c'est avec quelque chose de plus arrêté et de plus fini, la même science du récit, le même art que dans Atala ou dans René. Fort belles aussi sont les descriptions : elles ont les qualités qu'exige le genre et un charme de plus tout moderne, tout personnel; elles sont d'un maître qui a su régler son imagination sans l'appauvrir ou la rendre banale. Quant au style des Martyrs, il est, à part quelques défauts de détail, préciosités, abus de l'antithèse, légères incohérences de ton, presque parfait ; c'est proprement un grand style, un style qui drape à larges plis sévères ou gracieux, merveilleusement adapté aux exigences du récit ou de la description, classique d'ailleurs par la propriété des termes et le respect de la langue ', unique par la scence du nombre, le rythme presque poétique de la phrase *. Ces qualités se retrouvent en partie dans les Aventures
» C'est M. de l<'ontanes qui « mapprit à dissimuler la difformité •les objets par la m.mière de les éclairer ; à mettre, autant qu'il était en moi. la langue classique dans la bouche de mes personnages romantiques. » — C
' « Chateaubriand est le seul écrivain en prose qui donne la senjation du vers : d'autres ont eu un sentiment exquis de l'harmonie, mais c'est une harmonie oratoire; lui seul a une harmonie de poésie. » Chênedollé.