‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 228 sur 302 · LES RÉPUBLICAINS AU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

LES RÉPUBLICAINS AU PALAIS-ROYAL

Philippe n'était pas au bout de ses épreuves; il avait encore bien des mains à serrer, bien des accolades à recevoir ; il lui fallait encore envoyer bien des baisers, saluer bien bas les passants, venir bien des fois, au caprice de la foule, chanter la Marseillaise sur le balcon des Tuileries.

Un certain nombre de républicains s'étaient réunis le matin du 31 au bureau du National : lorsqu'ils surent qu'on avait nommé le duc d'Orléans lieutenantgénéral du royaume, ils voulurent connaître les opinions de rhomme destiné à devenir leur roi malgré eux. Us furent conduits au Palais-Royal par M. Thiers': c'étaient MM. Bastide, Thomas, Joubert, Cavaignac',

* C'est Thiers. le fondateur, avec Armand Carrel et Mignet du journal le National qui avait rédigé et signé le premier la protestation dps journalistes contre les ordoimanci-'s de inillet. 11 fut avec I-aTfiitP un de ceux qui servirent le pluo eniciicemenl la cause de l.nuis-Pliilippe.

i De ces républicains, le plus connu est Cavaignnc, le fils du conventionnel, le frère aîné du général Cavaignac. 11 ne se rallia

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Marchais, Degousée, Guinard. Le prince dit d'abord de fort belles choses sur la liberté : « Vous n'êtes pas en- « core roi, répliqua Bastide, écoutez la vérité ; bientôt vous ne manquerez pas de flatteurs. » « Votre père, ajouta Cavaignac, est régicide comme le mien; cela vous sépare un peu des autres. » Congratulations mutuelles sur le régicide, néanmoins avec cette remarque judicieuse de Philippe, qu'il y a des choses dont il faut garder le souvenir pour ne pas les imiter.

Des républicains qui n'étaient pas de la réunion du National entrèrent. Al. Trélat dit à Philippe : « Le peuple est le maitre ; vos fonctions sont provisoires ; il faut que le peuple exprime sa volonté : le consultez-vous, oui ou non? »

M. Thiers, frappant sur l'épaule de M. Thomas et interrompant ces discours dangereux : « Monseigneur, n'est-ce pas que voilà un beau colonel? — C'est vrai, répond Louis-Philippe. — Qu'est-ce qu'il dit donc? s'écrie-t-on. Nous prend-il pour un troupeau qui vient se vendre ? » et l'on entend de toutes parts ces mots contradictoires : « C'est la tour de Babel ! Et Ton appelle cela un roi citoyen! la République? Gouvernez donc avec des républicains! » Et M.ïhiers de s'écrier : « J'ai fait là une belle ambassade ! »

Puis M. de La Fayette descendit au Palais-Royal : le citoyen faillit d'être étouffé sous lesembrassements de son roi. Toute la maison était pâmée.

Les vestes étaient aux postes d'honneur; les casquettes dans les salons, les blouses à table avec les princes et les princesses; dans le conseil, des chaises, point de fauteuils; la parole à qui la voulait; Louis- Philippe, assis entre M. de La Fayette et M. Lafdtte, les bras passés sur l'épaule de l'un et de l'autre, s'épanouissait d'égalité et de bonheur.

point, prit part à l'insurrection d'avril 1834 et vécnt en exil jjisqn'en JS41.

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