L ŒUVRE ORATOIRE ET POLITIQUE
chie? Qu'as-tii fait pour nous? Que devons-nous ;i ton règne? Qui est-ce qui a assassiné le duc d'Hlngliien, torturé Pichegru, banni Morcau, chargé de cliaines le souverain Pontife, enlevé les princes d'Espagne, commencé une guerre impie? C'est toi. Qui est-ce qui a perdu nos colonies', anéanti notre commerce, ouvert l'Amérique aux Anglais, corrompu nos mœurs, enlevé les enfants aux pères-, désolé les familles, ravagé le monde, brûlé plus de mille lieues de pays, inspiré l'horreur du nom français à toute la terre ? C'est toi. Qui est-ce qui a exposé la France à la peste, à l'invasion, au démembrement, à la conquête ? C'est encore toi. Voilà ce que tu n'as pu demander au Directoire, et ce que nous te demandons aujourd'hui. Combien es-tu plus coupable que ces hommes que tu ne trouvais pas dignes de régner! -Un roi légitime e' héréditaire qui aurait accablé son peuple de la moindre partie des maux que tu nous as faits eût mis son Irùne en péril; et loi, usurpateur et étranger, tu non? deviendrais sacré en raison des calamités que tu as répandues sur nous ! tu régnerais encore au milieu de nos tombeaux ! Nous rentrons enfin dans nos droits par le malheur; nous ne voulons plus adorer Moloch'; tu ne dévoreras plus nos enfants : nous ne voulons
' Bonapnrle .s'étnit un moment préoccupé de reconstituer l'empire colonial de la l^'rance. Mais bientôt détourné de ces soins pai les nécessités de sa politique en Europe, il se désintéressa entièrement do 110? possessions d'oulre-mer. En 180.?, il vendit la Louisiane aux Elats-Unis pour 80 millions; après l'échec de l'expédilion du général Lecl«M"c, il ne fit rien pour reprendre Haïti aux noirs soulevés. — A la chute de l'Empereur, les Anglais occupaient toutes nos colonies.
» En isj:^, l'empereur leva la classe de ! SU», dont les jeunes gens n'avaient que dix-huit ans, et fit revenir sous les drapeaux les anciens soldais de la classe de 1803. Même les bons numéros, même ceux qui avaient payé un remplaçant furent obligés de partir.
3 Diviiiiié phénicienne et carlhaginoiïe : en son honneur, on faisait des holocaustes d'enfants.
5G0 CUATEAUBRIAND
plus de ta conscription, de ta police, de ta censure, de tes fusillades nocturnes, de ta tyrannie. Ce n'est pas seulement nous, c'est le genre humain qui t'accuse. 11 nous demande vengeance au nom de la religion, de la morale et de la liberté. Où n'as-tu pas répandu la désolation ? dans quel coin du monde une famille obscure a-t-elle échappé à tes ravages ? L'Espagnol dans ses montagnes, l'Illyrien dans ses vallées, l'Italien sous son beau soleil, l'Allemand, le Russe, le Prussien dans ses villes en cendres, te redemandent leurs fils que tu as égorgés, la tente, la cabane, le château, le temple oîi tu as porté la flamme. Tu les as forcés de venir chercher parmi nous ce que tu leur as ravi, et reconnaître dans tes palais leur dépouille ensanglantée. La voix du monde te déclare le plus grand coupable qui ait jamais paru sur la terre; car ce n'est pas sur des peuples barbares et sur des nations dégénérées que tu as versé tant de maux; c'est au milieu de la civilisation, dans un siècle de lumières, que tu as voulu régner par le glaive d'Attila et les maximes de Néron. Quitte enfin ton sceptre de fer; descends de ce monceau de ruines dont tu avais fait un trône ! Nous te chassons comme •tuas chassé le Directoire. Va! puisses-tu, pour seul chcâtiment, être témoin de la joie que ta chute cause à la France, et contempler en versant des larmes de rage le spectacle de la félicité publique 1
[De Buonaparte et des Bourbons. 1814).