Bienfaits ae la Révolution
Pourquoi ne pas le dire avec franchise? Certes, nous avons beaucoup perdu par la Révolution; mais aussi n'avons-nous rien gagné 1 N'est-ce rien que vingt années de vicf-^ires? N'est-ce rien que tant d'ac-
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lions héroïques, tant de dévouements généreux? Il y a encore parmi nous des yeux qui pleurent au récit d'une noble action de? cœurs qui palpitent au nom de la patrie.
Si la foule s'est corrompue, comme il arrive toujours dans les discordes civiles, il est vrai de dire aussi que dans la haute société les mœurs sont plus pures, les vertus domestiques plus communes; que le caractère français a gagné en force et en gravité. 11 est certain que nous sommes moins frivoles, plus naturels, plus simples ; que chacun est pins soi, moins ressemblant à nos voisins. Nos jeunes gens, nourris dans les camps ou dans la solitude, ont quelque chose de mâle ou d'original qu'ils n'avaient point autrefois. La religion, dans ceux qui la pratiquent, n'est plus une affaire dhabitude, mais le résultat d'une conviction forte ; la morale, quand elle a survécu dans les cœurs, n'est plus le fruit d'une instruction domestique, mais l'enseignement d'une raison éclairée. Les grands intérêts ont occupé les esprits ; le monde entier a passé devant nous, .\utre chose est de défendre sa vie, de voir tomber et s'élever les trônes, ou d'avoir pour unique entretien une intrigue de cour, une promenade au bois de Boulogne, une nouvelle littéraire. Nous ne voulons peutêtre pas nous l'avouer, mais au fond ne sentons-nous pas que les Français sont plus hommes qu'ils ne l'étaient il y a trente ou quarante ans? Sous d'autres rapports, pourquoi se dissimuler que les sciences exactes, que l'agriculture et les manufactures ont fait d'immenses progrés? Ne méconnaissons pas les changements qui peuvent être k notre avantage ; nous les avons payés assez cher.
(lié flexions politiques, XXIll. Décembre 1814).
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