La faction* poursuit les royalistes
Le dévouement est l'objet éternel des [jlaisanteries de ces hommes qui ne craindraient pas le s-upplice inventé par les anciens peuples de la Germanie pour les infâmes : on les ensevelirait dans la boue, qu'ils y vivraient comme dans leur élément. Le voyage de Gandest appelé par eux le voyage sentimental. Ce bon mot est sorti du cerveau de quelques commis, qui, toujours fidèles à leur place, ont servi avant, pendant et après les Cent-Jours ; de ces honnêtes employés, bien payés aujourd'hui par le roi, qui ont applaudi de tout leur cœur au voyageur sentimental de l'île d'Elbe, et qui attendent son retour de Sainte-Hélène.
Allez proposer un soldat de l'armée de Condé à ces loyaux admirateurs : « Nous ne voulons, répondentils, que des hommes qui ont envoyé des balles au nez des Alliés. » J'aimerais autant ceux qui ont envoyé des balles au nez des Buonapartistes.
On met sur la même ligne La Rochejaquelein, tombant en criant Vive le roi! dans les mêmes champs arrosés du sang de son illustre frère, et l'officier mort à Waterloo en blasphémant le nom des Bourbons ^ On donne la croix d'honneur au soldat qui combattit à cette journée ; et le volontaire royal qui quitta tout pour suivre son roi n'a pas même le petit ruban qu'on
1 La faction, c'est pour Chateaubriand le parti de- révolutionnaires et des bonapartistes protégé et soutenu par le ministère Richelieu-Decazes.
2 Si nous insérons dans ces Extraits celte diatribe pa-sionnée, c'est qu'elle donne l'idée très e.\acte des fureurs qui animaient, à la date de 1816, les royalistes convaincus. Bien farouche et bien amer est le loyalisme de Chateaubriand : il était fait pour ellVayer le fin et sceptique vieillard qui déjà, au retour de Gand, convenais que la royauté était finie.
l'oeuvre oratoihe et politique oG!
promit à Alost à sa touchante fidélité. Ainsi, tandi«; qu'on exécute les décrets de Buunapartc, datés do? Tuileries au mois de mai 1815, on ne reconnaît point les ordonnances du roi signées à Gand dans le même mois. On paye l'officier à demi-solde^ chevalier de la Légion d'honneur, et l'on fait tort bien ; mais le chevalier de Saint-Louis, courbé par les ans, est à launiûne : trop heureux ce dernier quand on lui achète une méchante redingote pour couvrir sa nudité, ou quand on lui donne un billet avec lequel il pourra du moins faire panser par les Filles de la Charité de vieilles blessures méprisées comme la vieille monarchie. Enfin, c'est une sottise, une faute, un crime, de navoir pas servi Buonaparte. N'allez pas dire, si vous voulez placer ce jeune homme, qu'il s'est racheté de la conscription au prix d'une partie de sa fortune ; qu'il a été errant, persécuté, emprisonné, pour ne pas prêter son bras à l'usurpateur ; qu'il n'a jamais fait un serment, accepté une place ; qu'il s'est conservé pur et sans tache pour son roi ; qu'il l'a accompagné dans sa dernière retraite, au risque de i'exposer avec lui à un exil éternel : ce sont là autant de motifs d'exclusion. « Il n'a pas servi, nous répondra-t-on froidement; il ne sait rien. » Mais il sait l'honneur. Pauvre principe ! Le siècle est plus avancé que cela.
Mais venez : proposez, pour vous dédommager de ce refus, un homme qui aura tout accepté, depuis la iiaute dignité de porte-manteau jusqu'à la place de marmiton impérial : parlez; que voulez-vous? Choisissez dans la magistrature, l'administration, l'armée: cent témoins vont déposer en faveur de votre client; ils attesteront qu'ils l'ont vu veiller dans les antichambres avec un courage extraordinaire. 11 ne veut qu'une décoration ; c'est trop juste. Vile un chevalier pour lui donner l'accolade ; attachez à sa boutonnière
la croix de Sainl-Louis : c'est un homme prudent, il la mettra dans sa poche en temps et lieu.
Celui-là était facile à placer, j'en convions : il était sans tache. Mais vous hésitez à présenter celui-ci. Il a foulé sa croix de Saint-Louis aux pieds pendant les Cent-Jours. Bagatelle, excès d'énergie: ce caractère bouillant est un vin généreux que le temps adoucira.
Un homme pendant les Cent-Jours a été l'écrivain des charniers de la police ; faites-lui une pension : il faut encourager les talents. Un autre est venu à Gand, au péril de sa vie, proposer au roi de l'argent et des soldats ; il sollicite une petite place dans son village : donnez cette place au douanier qui tira sur cet uUra royaliste lorsqu'il passait à la frontière,
Vous n'avez pas obtenu la nomination de ce juge? Mais ne saviez-vous pas qu'elle était promise à un prêtre marié? Un ci-devant préfet avait prévariqué : un rapport était prêt ; on arrête ce rapport, et pourquoi? « Ne voyez-vous pas, répond-on, que le rapport vous empêcherait de placer cet homme ? »
Où sont vos certificais? dit-on au meilleur royaliste qui sollicite humblement la plus petite place. Il y a vingt-cinq ans quil souffre pour le roi ; il a tout perdu, sa famille et sa fortune. Il a des recommandations des princes, de cette princesse, peut-être, dont la moindre parole est un oracle pour quiconque reconnaît la puissance de la vertu, de l'héroïsme et du malheur. Ces titres ne sont pas jugés suffisants. Arrive un Buonapartiste ; les fronts se dérident ; ses papiers étaient à la police; il les a perdus lors du renvoi de M. Fouché. C'est un malheur; on le croit sur sa parole : « Entrez, mon ami, voilà votre brevet. » Dans le système des intérêts révolutionnaires, on ne saurait trop employer un homme des Cent-Jours : qu'il aille encore, tout chaud de sa trahison nouvelle, souiller le palais de nos rois, comme Messaline rapportait dans
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oelui des Césars la honte de ses proslituticiis impériales ••
[De la Monarchie selon la Charte^ II, xii. 1816.)