‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 25 sur 302 · IL NOTICE SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

IL NOTICE SUR LA VIE ET L ŒUVRE

petitesses dont ils sourient sans les renier, gardait-il le regret de n'être pas le plus grand des hommes de guerre ? Mais à ces ambitions un régime s'opposait, celui de l'Empire : un homme, de la hauteur de son génie, dominait son époque et par ses actes dépassait jusqu'au rêve, Bonaparte. C'est là ce qui fit de Chateaubriand un irréconciliable : dans son opposition, il y eut autre chose que l'horreur du despotisme et l'amour de la liberté, il y eut de la jalousie, de l'envie âpre, de la hainepour cet homme qui était tout dans le monde et qui ne laissait aux autres que les secondes places.

A peine de retour à Paris, il se posait plus en ennemi qu'en indépendant, et, dans un article sur le Voyage en Espagne, de M. de Laborde, hasardait quelques allusions menaiantes* : il fut frappé, il se vit retirer le privilège du Mercure. Quatre ans après, élu à l'Académie, avec l'assentiment de l'empereur, pour succédera M. J. Chénier, il écrivit un discours plein de fiel, injurieux, avec de feintes douceurs, pour la mémoire de M.-J. Chénier, mêlé d'attaques à peine voilées au régime impérial, et d'éloges emphatiques de la liberté*. L'empereur s'irrita : il exigea des correclions qui ne furent point faites, il ne permit point que l'auteur fût admis à prononcer son discours.

' a Lorsque, dans le silence de l'abjeclion, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur; lorsque tout tremble devant le tyran et qu'il est aus;i dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'histoire paraît chargée de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère. Tacite est déjà né dans TEmpire; il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. »

2 « La liberté n'est elle pas le plus grand des biens et le premier des besoins de l'homme? Elle enflamme le génie, elle élève le cœur, elle est nécessaire à l'ami des Muses comme l'air qu'il respire. Les Arts peuvent jusqu'à un certain point vivre dans la dépendance...; mais le- Lettres languissent et meurent dans les fers. Comment tracera-t-on des pages dignes de l'avenir, s'il faut s'interdire, en écrivant, tout sentiment magnanime, tiute pensée forte et. «rrande? La liberté est si naturellement l'amie des Sciences et des Lettres, qu'elle se réfugie auprès d'elles, lorsqu'elle est bannie du milieu des peuples. »

DE F.-R. DE CUATEAUBRIAND XLl

Invité à s'éloifïner de Paris, Chateaubriand se retira à Dieppe, puis à sa campa*;ne de la Vallée-aux-Loups^; là, patient comme la haine, tandis qu'il écrivait les premières pages de ses Mémoires, il attendit l'écroulement de son ennemi.

Napolérin était à peine à terre, que de Paris où il était rentré de|mis 1813, Chateaubriand lança : De Buonaparte et des Bonrbona.

Lepam[ililet,selrin le mot de Louis XVIII, valut aux Bourbons une armée. Napoléon, qui lelutà Fonlainebleau, sentit toute la force du coup :il nes'indipna point de cette fureur qui le poursuivait jusque dans sa défaite ; plus tard, à Sainte- Hélène, lorsqu'il lit la revue de ses souvenirs, il parla de Chateaubriand sans ressentiment, en beau joueur qui sait apprécier la valeur d'uie maDoeuvre et reconnaître le génie d'un adversaire. Louis XVIII fut moins équitable. Sans les pressantes démarches de Mme de Duras, Cbaieaubriand, dans le partage des dépouilles, n'obtenait même pas la légation de Suède; et après Waterloo, bien qu'il eût suivi le roi à Cand, bien qu'il eût étéun momentministred'État, chargé par intérim du département de l'intérieur, bien qu'il eût en cette qualité écrit le Rapfiort aurniaur VHat de la Frawe {Monifrur de Cand, 12 mai 181. H), pour toute récompense, il reçut la pairie. Louis XVIIÎ n'aimait guère les romaiiti(]ncs et les passionnés : il s'accommodait mal des dévouements à principes, incapables de servilité, il se trouvait mieux de ces favoris « qui se dnnnent corps et âme, devant lesquels on ne cache rien, qui puisent leur force dans leur tuipitude et dans les faiblesses de leur maître. »

D'ailleurs, Chateaubriand ne pouvait accepter de se rallier au minisiète de MM. de Talleyrand et Fnuché : n'avaitil pas dit au roi, alors que celui-ci s'excusait de son choix : « Sire, la nionarcliie est finie »? L'arrivée aux affaires de MM. de Riclnlieu el Decazesne le satisfit guère [ilus. Il avait blâmé la dissolution de la Chambre intruuvaiile {iSlQ) : il ne

1 Chateaul)rian(t l'avait achetée en 1S07; il se vil, en 1810, après la di.-gi <àr-e .|ui le pi iva de sa pension de ministre dÉlat, réduit à Ja vendre aux enolières.

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