XLII NOTICE SUR LA VIE ET L ŒUVRE
dissimula point dans sa Monarchie selon la Charte (août 18.i6) l'irritation que lui causait celte atteinte aux droits^ du corps électoral. A ces attaques directes le ministèrf.- répondit brutalement : le livre fut saisi, Chaleautiriafid dépouillé de son tilre et de ses fonctions de ministre d'État.
Ces rigueurs le jetèrent dans Topposition. 11 se fit rallié de MM. de Villèle et de Corbière; avec MM. de Lamennais, de Castelbajac, de Bonald, il fonda le Consercateur, organe ultra-royaliste, adversaire de toute concessio^/aux partis mtidynastiques et aux doctrines libérales.
Pour mettre fin à cette polémique, il /fie fallut rien moins que l'assassinat du duc de Berry (t^ février 1820). Le danger provoqua une réaction. A ce rapprochement des ministériels et des royalistes de l'opposition un homme fut sacrifié, sur qui semblaient retomber de j^raves responsabilités : M. Decazes, en dépit du roi, dut quitter le ministère. M. de Villèle prit sa place; Chateaubriand reçut, prix médiocre de la victoire, l'ambassade de Berlin. L'année suivante, c'était tout le ministère qui se retirait. Mais M. de Villèle ayant accepté la présidence du conseil, Chateaubriand était choisi pour remplacer M. Decazes à l'ambassade de Londres (avril 1822).
A ce moment se réunissait à Vérone le congrès qui devait ré'i.lev, sous le contrôle de l'empereur .\lexandre et sous la présidence du prince de Melternich, les questions où se trouvaient intéressés l'équilibre des puissances occidentales et la défense des intérêts conservateurs. Chateaubriand s'y fit envoyer comme ministre assistant le ministre des Affaires étrangères ; il y resta, après le départ de M. de Montmorency, comme ministre plénipotentiaire et y fit décider, en dépit de l'Angleterre, l'intervention armée de la France contre les Cortès révolutionnaires d'Espagne. De retour à Paris, il acceptait le portefeuille des A flaires étrangères (déc. 1822) : et sans se laisser convaincre par les représentations de Canning, sans être troublé par les souvenirs de la guerre d'Espagne, il dirigeait de près les négociations et la marche des opérations militaires. Un étrange bonheur couronna sa fermeté. L'armée française traversa, presque sans tirer un coup de fusil. l'Espagne jusqu'à Cadix, et, après l'affaire du Trocadéro,
^■>C F.-n. DE CHATEAUBRIAND tcUU
délivra Ferdinand Vil, prisonnier des Certes. Alors, Chateaubriand vécut an plein ciel : il dirigeait la politique de la France ; lieureux dans une expédition où Napoléon avait compromis sa fortune, il voyait l'opinion conquise par son succès, la révolution vaincue,- le prestij^e des Bourbons relevé; il ne rêvait rien moins que de redonner à la France le haut rang qu'elle avait perdu et les frontières que lui avaient enlevées les traités de 1815. Mais le rêve était trop beau, et d'esprit trop étroit ceux qui répondaient avec lui des destinées de la France. Louis XVIII ne Taimait pas : MM. de Corbière et de Villèle, à qui peut-être il ne sut pas montrer son dédain de l'intrigue et des questions de personnes, ne cherchaient que l'occasion de s^^ séparer de lui.
Le 6 juin 1824, lorsqu'il venait faire sa cour aux Tuileries, notification lui fut remise du décret qui le relevait de ses fonctions de ministre : sans même user des formes ordinaires, « on le chassait comme un valet '. »
Ce fut alors entre M. de Villèle et lui une de ces haines farouches qu'aggravent, encore plus que la conscience des torts réciproques, les souvenirs d'une amitié défunte. Chateaubriand était passé au parti libéral : dans le Journal des Débals, à la Chambre des Pairs, il poursuivit le ministère de ses attaques passionnées. Il était alors en pleine possession de sa popularité : il n''^fait point agréable qu'aux ennemis personnels de M. de Villèle ou aux adversaires de la légitimité, c'était la jeunesse tout entière qu'il charmait par son éloquence, par son ardeur à soutenir les grandes causes de la liberté de la presse, de l'indépendance des Grecs.
En même temps, comme s'il eiit déjà le souci d'élever le monument durable desagloire littéraire, il publiait (1826) l'édition complète de ses œuvres» ^ : l'édition eut un vifsuc-
' Le prétexte de la rupture fut l'altitude équivoque de Chateaubriand dans les deux questions, chères à M. de Villèle, de la septennalilé et de la conversion de la rente.
2 L'édilioii de 1826 ce npiend, en plu; (le< premières œuvres qu'accompagnent de nouvelles préfaces et avertissements, quelques ouvrages inédits, les Aventures du dernier Abenceruge, les Natchez, la tragédie de Moïse, quelques poésies détachées.