Lit Presse sous le régime de la Censure
Un étranger a quilté la France depuis une vingtaine de jours; par un hasard quelconque, il a ignoré l'imposition de la censure, et il est revenu hier à Paris.
A son départ pour cette capitale, il avait lu dans les feuilles indépendantes des articles politiques et littéraires sur les sujets les plus dignes d'occuper l'esprit numain. Accoutumé à ce mouvement de la pensée qui annonce les progrès d'un peuple dans la carrière de la raison et de la liberté, il demande les journaux du matin, il les ouvre avec empressement; il court à ce que les Anglais appellent leading article, l'article principal. Il voit écrit en grosses lettres, dans une feuille, ce titre : LA GIRAFE ; une autre feuille contient une annonce de chien perdu; une troisième parle d'une scène de Bobèche ou d'une danse de singes; une quatrième raconte la pêche d'un énorme esturgeon.
Notre voyageur cherche en vain dans les matières littéraires les noms qu'il avait coutume d'y trouver, les ouvrages importants dont on lui donnait l'analyse; tout a disparu. Il se frotte les yeux, il ne sait s'il rêve; il se demande si la France n'a pas été frappée tout à coup d'une paralysie à la suite de laquelle elle serait tombée en enfance. Il ne peut se figurer que ce soit là la nation qu'il avait laissée si saine, si grande, si spirituelle, et qu'il retrouve si cacochyme, si petite, gi idiote.
Telle est pourtant dans l'exacte vérité la dégradation subite où nous a plongés la censure. Un peuple peutil consentir longtemps à cet amoindrissement forcé, à cet abandon de toutes ses facultés morales et intellectuelles? S'iniagin( -t-on que Ton peut passer sans transition des mâles travaux de l'homme aux occupations puériles de l'enfant, des jouissances de la liberté
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aux plaisirs de l'esclavage et du spectacle de la gloire aux gambades de Fagotin?
C'est tenter l'impossible ; il serait plus aisé de nous ramener au mode de la Régence que de réduire nos esprits à la mesure des censeur,s.
Aussi les effets de la censure ne sont pas moins effrayants qu'ils ne sont inévitables; le dégoût, le mépris, la haine, s'augmentent au fond de tous les cœurs pour un système d'administration qui exploite au ppofit de quelques hommes quarante années de révolutions, de victoires et de malheurs. On se demande si c'est pour arriver à l'ovation de tels ou tels ministres que la République a brisé le trône et élevé l'échafaud de Louis XVI, que la Vendée a versé son gang , que Buonaparte a vaincu l'Europe , que Louis XVIÎI a donné la Charte? Sommes-nous punis par où nous avons péché? Devons-nous expier l'extrême grandeur par l'extrême petitesse?
Des nains ministériels, montés sur les débris de nos libertés, ont osé attacher un bandeau sur les yeux de la France, imitant la gloire, qui seul était de taille à atteindre le front de la fille aînée de l'Europe. Prétendent-ils tuer cette France quand elle ne les verra plus ? Mais ne pourrait-elle pas étendre son bras dans l'ombre? Malheur à ceux sur qui s'abaisserait sa tnain*.
[Marche et effets de la Censure.)
Juin 1827.
i € Aucun homme n'a plus souvent et plus constamment que moi réclamé la liberté sur laquelle repose le gouvernement constitutionnel J'ai quelque droit à m'en regarder comme un des fondateurs parmi nous, car je ne l'ai trahie dans aucun temps. Je l';ii demandée dans les premiers joure de la Restauration, je l'ai voulu^ à Gand comme à Paris; prêchée par un royaliste, «He ce?«ail d'Otre suspecte à des yeux qui s'en efTrayaient, à des esprits qui n'en voulaient pas, è un parti qui ne l'aimait guère. La liberté de la