II. — Les Quatre Stuarts
L'idée était heureuse de choisir dans l'histoire d'Angleterre la période qui va de 1603 à 1G88, de l'avènement de Jacques I*'' à la chute de Jacques II. Jamais ne fut histoire plus i.rngique, plus riche en événements considérables, décisifs pour la fortune de l'Aneleterre et l'orientation de sa politique européenne. Chateaubriand était assez poète pour sentir la beauté de ce drame, assez doué de sens historique pour apprécier la haute valeur des révolutions de 1647 et de 1688. D'ailleurs, c'était moins nne histoire des Stuarts qu'il voulait écrire qu' <> une sorte de traité où les faits ne fussent placés que pour en tirer des conséquences politiques. » Il se proposait de « faire sentir les principales ressemblances et différences des deux révolutions, de la révolution de 1640 et de 1688 et de la révolution de 1780 et de 1814 » et « de signaler les écueils afin d'en rendre l'évitée plus facile. » De là dans l'ensemble de l'œuvre, certains graves défauts de composition : les narrations sont d'inégale étendue, les portraits, les récits de caractère dramatique prennent trop de place, les réflexions et considérations, un peu ambitieuses, manquent quelquefois de profondeur. En somme, l'exécution est un peu inférieure au sujet.
La Révolution de 1688.
Les historiens de la (irande-Brel;ignc appellent la
' Les Quatre Sluavls ont é;é publiés avniit k-s h'iu les llUlortijuin. .MhIs la date de composilion des dcu.\ œuvres est à peu prés la mémo.
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révolution de 1688 la glorieuse révolution ; ils se devraient contenter de l'appeler la révolution utile : les faits en laissent le profit, mais en refusent la gloire à TAngleterre. Le plus léger degré de fermeté dans le roi Jacques aurait suffi pour arrêter le prince Guillaume ; presque personne dans le premier moment ne se déclara en sa faveur.
Au surplus, cette révolution, qui aurait pu être retardée, n'en était pas moins inévitable, parce qu'elle était opérée dans l'esprit de la nation. Si Jacques pa- ^\lt frappé de vertige au moment décisif; si pendant son règne on ne le vit occupé qu'à se créer une place de sûreté en Angleterre ou un moyen de fuite en France; s'il se laissa trahir de toutes parts ; s'il ne profita ni des avis ni des offres de Louis XIV, c'est qu'il avb.it la conscience que ses destins étaient accomplis. La liberté méconnue sous Jacques I", ensanglètutée sous Charles I", déshonorée sous Charles II, attaquée sous Jacques II, avait pourtant été conservée dans les formes constitutionnelles , et ces formes la transmirent à la nation, qui continua de féconder le sol natal après l'expulsion des Stuarts.
Ces princes ne purent jamais pardonner au peuple anglais les maux qu'il leur avait fait endurer; le peuple anglais ne put jamais oublier que ces princes avaient essayé de lui ravir ses droits : il y avait de part et d'autre trop de justes ressentiments et trop d'ofTenses. Toute confiance réciproque étant détruite, on se regarda en silence pendant quelques années. Les générations qui avaient souffert ensemble, également fatiguées, consentirentà achever leurs jours ensemble; mais les générations nouvelles, qui ne sentaient pas cette lassitude, qui, ne nourrissant plus d'inimitiés, n'avaient pas besoin d'entrer dans les compromis du malheur, ces générations revendiquèrent les fruits du sang et des larmes de leurs pères:
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il fallut dire adieu aux choses du passé. Il ne restait dans les deux partis à la révolution de 1688 que quelques fémoins de la catastrophe de 1649 : Jacques luiuiêiiie, qui allait mourir dans l'exil, et le vieux régicide Ludlow, qui revint de Texil pour jouir du plaisir de voir chasser un roi dont il avait condamné le père. Ludlow se trouva d'ailleurs tout aussi étranger dans Londres avec ses principes républicains que Jacques avec ses maximes de pouvoir absolu '.
* Kien que par cette courte page il est aisé de se rendre compta des intentions de Chàteauliriand. On voit quel rapprochement il essaie d'établir entre les révolutions d'Angleterre et celles de France, la mort de Louis XVI et celle de Charlo:; I", la restauration de Charte.- II et celle de Loui- XVIII. Ce rapprochement, si le livre avait été écrit après 1830, l'auteur eût pu le pousser plus loin : la chute de Charles X n'est pas sans rappeler la chute d« Jacques II détrôné par Guillaume d'Orange.
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