‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 286 sur 302 · Jeunesse de Rance · texte numérisé non relu

Jeunesse de Rance

Au sortir de la Fronde, l'abbé Le Bouthillier résidait tantôt à Paris, tantôt à Veretz, terre de son patrimoine et l'une des plus agréables des environs de Tours. Il embellissait chaque année sa châtellenie ; il y perdait ses jours à la manière de saint Jérôme et de saint Augustin, comme quand dans les oisivetés de

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laa jeunesse je les conduisis sur les flots du golfe de Xaples. Rancé inventait des plaisirs : ses fêtes étaient ijrillanles, ses festins somptueux; il rêvait de délices, it il ne pouvait arriver à ce qu"il cherclKiit. Un jour, avec trois gentilshommes de son âge, il résolut d'en- I reprendre un voyage à l'imitation des chevali(M's de la Table Ronde; ils firent une bourse en commun et se préparèrent à courir les aventures : le projet s'en alla en fumée. Il n"y avait pas loin de ces rêves de la jeunesse aux réalités de La Trappe.

Ainsi que Catherine de Médicis, dont on voit encore la tour des sortilèges accolée à la rotond-ï du Marché au blé, Rancé donna dans l'astrologie. Le fonds de religion qu'il avait reçu de son éducation chrétienne combattait ses superstitions; les avertissemonls qu'il croyait recevoir des astres tournaient au prolit de sa conversion future. De même que les anciens observateurs des révolutions sidérales, il connaissait les montagnes de la lune avant que les montagnes de la terre lui fussent connues. Un jour, derrière Notre- Dame, à la pointe de l'île, il abattait des oiseaux : d'autres chasseurs tirèrent sur lui du bord opposé de la rivière ; il fut frappé ; il ne dut la vie qu'à la chaîne d'acier de sa gibecière : « Que serais-je devenu, dil-iî, si Dieu m'avait appelé dans ce moment? » Réveil surprenant de la conscience! ^

Une autre fois, à Veretz, il entend des chasseurs dans les avenues de son château : il court, tombe au milieu d'une troupe d'officiers, à la tête desquels était un gentilhomme renommé par ses duels. Rancé s'élance sur le délinquant et le désarme. « Il faut, disait après le braconnier noble, que le ciel ait protégé Rancé, car je no puis comprendre ce qui m'a

* En. quoi surprenant? C'est, uaus un ca:4 ^v.-tijblaljle, la [t .-ee qui doit la première venir à toul cliréUen.

empêché de le tuer. » On trouve une autre version de cette aventure : Rancé à cheval fut couché enjoué par des chasseurs; il n'était accompagné que d'un jockey, qu'on appelait alors un petit laquais : il se jette dans la bande, la fait reculer et la force à lui demander des excuses.

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