‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 29 sur 302 · DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND XLVII · texte numérisé non relu

DE F.-R. DE CHATEAUBRIAND XLVII

non plus qu'à se camper dans cette intransigeance incapable de concession, on perd le droit de changer d'attitude et de s'unir au parti qu'on a combattu. Or, une fois qu'il est tombé du ministère, que veut dire cette nlliance avec les libéraux et la campagne furieuse des Débats? Ressentiment des injures, haine et désir de vengeance. Evidemment. Mais les principes ? l'accord des convictions et de la conduite? où sont-ils, et quel lien établir entre le journaliste du Conservateur et le journaliste des Débats?

C'est en vain que Chateaubriand prétendait justifier son royalisme par son attachement à la monarchie et à la personne du roi, l'unité de sa vie, par ses éloquents plaidoyers en faveur de la liberté de la presse. Il fut de ceux qui aidèrent inconsciemment à la ruine de la Rest uration ; dès avant 1830, alors même que le régime gardait encore les apparences de la solidité, il avait perdu toute foi dans l'avenir et la valeur de la royauté légitime.

Ce qui vaut de lui, c'est l'œuvre qu'il fit en ses diverses ambassades, et même, puisqu'il est vrai que l'aventure de la guerre d'Espagne a relevé le prestige de notre armée et imposé respect à l'Europe, son passage aux Affaires étrangères. C'est aussi tout ce qu'aux années de combat il a dit et écrit : discours, opinions, brochures ou traités politiques.

Orateur, il l'a été à la Chambre des Pairs, et des plus écoutés en un moment où se faisaient entendre tant de voix éloquentes : il a prêté son talent aux plus nobles causes et a su s'élever à une hauteur d'accent digne de la parole antique. Journaliste, il l'a été, dans une forme assez dilTérente de la nôtre, plus oratoire que légère et alerte, mais avec une science du métier qui étonne chez un tel génie : publiciste, en toutes les questions qu'il traitait, il a fait preuve d'autant de sérieux que de vigueur, il a été quelquefois profond. Enfin, et un peu dans toutes ces œuvres, il a été un pamphlétaire puissant : il a soutenu comme sans effort, tellement la passion lui était naturelle, le ton de sa première brochure : De Buonaparte et des Bourbons. Ses qualités d'écrivain ne l'ont point abandonné : imagination souveraine, toute force, ironie ou grâce, don des « moti puissants», vigueur de passion et d'éloqueuce; mjo^ ufys

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