‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 31 sur 302 · NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE

composition, il ne s'occupe plus que d'écrire de « belles pages» : au métier d'orateur et de journaliste, il a désappris l'art d'élever des œuvres durables, il semble ne plus écrire que pour les besoins ou le plaisir du moment.

Quant au Congrès de Vérone et aux Métuoires, ils ont une haute valeur originale : ils sont plus que les formes diverses d'une même autobiographie, ils attirent et retiennent par l'intérêt que présente le sujet, par la verve ou le charme du récit. Le Congrès de Vérone est à la fois une apologie de la gTierre d'Espagne et du ministère de Chateaubriand, un pamphlet contre MM. de Villèle et de Corbière : l'auteur n'a pas plus oublié ses ennemis qu'il ne s'est oublié luimême. Les Mémoires sont, des années de jeunesse aux environs de 1840, l'histoiîe de sa vie, de son œuvre, de son rôle politique : celui de nos écrivains dont on a pu dire : « Il n'y a dans l'œuvre de Chateaubriand que Chateaubriand » (Brunetière) a encore éprouvé le besoin de se raconter tout entier. Sincères, on ne peut dire que ces Mémoires le soient absolument : c'est de la vérité qu'on y troute, mais de la vé; ité arrangée et romancée. Trop créatrice était l'imagination du poète pour qu'il revît le passé tel qu'il avait été : à distance, les actes, les attitudes, les sentiments lui apparaissent transformés et embellis. Les retouches aussi se trahissent : telle page écrite en 18H, a été revue vers 1832: telles impressions que l'auteur prête à sa jeunesse sont d'un vieillard ou du jeune homme que le vieillard rêve qu'il a été. A ces pratiques, ni la composition du livre, ni le style n'ont gacné. Il y a des lacunes, des parties traitées hâtivement, d'infinies longueurs (tel le volume consacré au procès de Bonaparte), des digressions qui ne sont que des hors-d'œuvre, des dissertations, ce poète se piquait d'être un érudit! alourdies de science et de citations. Toujours puissant, riche d'images et fort en couleur, le style a perdu de sa pureté : il est surtout vers la fln, et un peu comme dans la Vie de Rancé, sec, heurté, pénible, contourné à l'excès. Mais ce ne sont là que défauts de maître. L'œuvre demeure imposante par sa masse, chnrmante dans le détail; cllen, surtout dans les premiers volumes, d'admirables pages; elle est tour à lour grave

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