NOTICE SUR LA VIE ET L OEUVRE
Si pour la formation du génie de Chateaubriand tut décisif ce séjour à Combourg, c'est qu'il était en sa seizième année, lâge où s'éveillent les sens, où les rêves prennent un corps, où l'homme commence à se dégager de l.enfant; o'est aussi que la tristesse de cette retraite convenait à son tempérament, et s'accordait avec les premières impressions qu'avait faites en lui l'éducation de la famille et du collège.
Il était né Breton, il tenait de la race à laquelle il appartenait, du père qui l'avait eu, des qualités originales et fortes. Et d'abord un orgueil sans jactance, mais sûr de lui-même, un sentiment, rare aux années d'enfance, de ce qu'impose l'honneur, de ce qu'on doit à sa propre dignité. De nature, il était doux et conciliant : sitôt que se trouvaient menacés ceux qu'il aimait et qu'il sentait plus faibles que lui, sitôt que son courage paraissait mis en doute ou sa fierté en péril d'outrage, il bravait tout et devenait indomptable. Tout enfant, il griffait les sœurs (Jouppart, « deux vieilles bossues qui montraient à lire aux enfants » et grondaient sa chère Lucile : àSaint-Malo, quand quelque polisson lui parlait et que Gesril lui disait : » Tu le souffres? », « il croyait son honneur compromis et sautait aux yeux du téméraire : la taille et làge n'y faisaient rien. » A Dol, puni du fouet, il déclare au préfet " que ni lui, ni personne ne lèvera la main sur lui » et, (( premier combat que lui fait rendre cet honneur devenu l'idole de sa vie », il provoque d'un coup de pied les coups de férule du maître : mais il obtient d'être soustrait à ce châtiment odieux. Au collège de Rennes, il <■ a une affaire avec Saint-Riveiil, tombe sous son adversaire, refuse de se rendre et paye cher sa superbe. » •
Triste, il l'est déjà, d'une tristesse sans cause qu'exagèrent les duretés de son père, les froide irs de sa mère, qu'entretiennent les « accès de pensées noires » de sa sœur Lucile.
Au collège se révèlent du premier coup les qualités na-